‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églises, selon les règles canoniques et les traditions romaines, avec un appendice sur le costume ecclésiastiqueChapitre 17 sur 244 · HIC EST JESUS REX JUDÆORUM · texte numérisé non relu

HIC EST JESUS REX JUDÆORUM

Si saint Matthieu a ajouté les deux mots hic est et supprimé le nazarenus, saint Marc, qui écrit plus rapidement et sans s’appesantir sur un détail minime à ses yeux, retranche la moitié de l’inscription et n’en laisse subsister que la fin : « Et erat titulus causæ ejus inscriptus : rex judæorum. ». (S. Marc., xv, 2 8. )

Saint Luc tronque l’inscription en ne conservant que le principal motif d’accusation formulé par les Juifs, et, comme saint Matthieu, ajoute un en-tête inutile. Mais son texte est précieux, parce qu’il affirme un fait capital, à savoir que le titre fut gravé dans les trois langues parlées à Jérusalem, le grec, le latin et l’hébreu : « Erat autem et superscriptio scripta super eum litteris græcis et latinis et hebraicis : hic est rex JUDÆORUM ». (S. Luc., XXIIL, 38.)

Seul, l’évangéliste saint Jean, qui avait assisté à la Passion, suivi ses diverses phases et enfin avait pu voir la croix de près, nous donne l’idée du titre tel qu’il est. Son inscription est la vraie, et il pousse même la fidélité matérielle jusqu’à indiquer l’ordre dans lequel les trois langues sont superposées :

• Au bas de cette gravure sur métal, on lit : « Imago triumphalis Titull vivificæ Crucis D. N. Iesu Christi qualis hodie Romæ, apud Cistercian, iutra basilicam S. Crucis in Ierusalem, seu intra capellam Sum Reliquiarum conspieitur. Cujus Tituli veritatem atque inventionem bulla Alex. VI. dat. Romæ, die 29 Julii 1496, plene testatur. Characteres autem infabre tune temporis sculptos, ut vides, vetustas paulatim læsit, sed hæbraicos magis. »

2 S. Matth.j xxvii, 37.

LE CHEMIN DE LA CROIX

en haut, l'hébreu ; au milieu, le grec ; en bas, le latin#

Les textes des trois autres évangélistes sont vagues et laissent dans l’indécision ; sans se contredire entre eux, au moins ils ne se ressemblent pas, et surtout sont d’une concision qui nous renseigne assez peu.

Saint Jean au contraire est précis, détaillé, et les deux versets qu’il consacre au titre sont si rigoureusement exacts qu’on peut, ce qu’on n’eùt pas fait pour les autres, les confronter hardiment avec l’original. C’est donc en face du facsimilé qu’il fant lire l’acte d’accusation écrit, sinon de la main, du moins sous la dictée de Pilate : « Scripsit autem et titulum Pilatus; et posait super crucem. Erat autem scriptum : jesus nazarenus rex judæorum. — Hune ergo titulum multi Judæorum legerunt : quia prope civitatem erat locus ubi crucifixus est Jesus. Et erat scriptum hebraice, græce et latine. — Dicebant ergo Pilato pontifices Judeæorum : Noliscribere Rex Judæorum, sed quia ipse dixit : Rex sum Judæorum. — Respondit Pilatus: Quod scripsi, scripsi ». (S. Joann., xix, 19-22.)

Trouvé sur le Calvaire par sainte Hélène, puis donné à la basilique Sessorienne, bâtie en l’honneur de la sainte Croix sur l’emplacement de son palais à Rome, le titre demeura plusieurs siècles oublié, méconnu, égaré. Ce ne fut qu’à la fin du xv° siècle, que des restaurations entreprises pour le rajeunissement delà basilique le firent, découvrir dans l’épaisseur d’un mur, altéré par l’humidité ët rongé entièrement sur un de ses côtés. La gravure fait voir dans quel état il se trouve actuellement. L’incurie des siècles l’a réduit à une moitié de ce qu’il était ; cependant il en reste encore assez pour juger de l’ensemble, qui a été rétabli par un savant rabbin, depuis converti au catholicisme, M. Drach. Malheureusement il n’existe qu’une copie de cette restitution et elle est enfermée avec la relique elle-même dans le trésor de Sainte-Croix.

Le titre est une tablette de bois rectangulaire, large et peu haute, gravée de lettres irrégulières, mal alignées et évidemment tracées avec une précipitation qu’expliquent assez les

^circonstances. Ce n’est donc pas, comme l’ont imaginé les artistes des trois derniers siècles, une pancarte de parchemin flottant au vent. C’est un panneau qu’il faudra désormais représenter et attacher à la croix par trois clous, puisque saint Cyprien est sur ce point l’organe de la tradition ecclésiastique, consignée, pour passer à la postérité, dans le Corpus ju ris canonici : « Pontius Pilatus, impulsa mente a Deo, accepit tabulam et titulum scripsit tribus linguis : et in capite ligni clavis tribus tabulam cum nomine Regis Judæorum confixit. » Tout ce que j’ai dit, développé et commenté sur les détails de la onzième station peut se résumer dans le tableau suivant, fidèlement tracé par le père Parvilliers, qui, en quelques mots choisis, trace largement l’iconographie du crucifiement :

« Aussitôt qu’il fut arrivé en haut, on lui fit mettre sa croix à terre sur la place du crucifiement, et tandis qu’une partie des soldats prépare les marteaux, les clous, les cordes et les autres instruments du supplice ; tandis qu’une autre partie perce les trous et attache le titre de la croix et fait la fosse où elle doit être plantée, en voici qui le dépouillent tout nud pour la troisième fois, et, en le dépouillant, renouvellent toutes les playes de sa flagellation. Ce fut un spectacle horrible de voir le corps du Sauveur tout en sang et tout déchiré. Les bourreaux lui disant : « Pauvre homme, il est tems de mettre fin à ta misérable vie ; couche-toi sur ce lit douloureux de la croix ». Quelques-uns des plus cruels le prennent par les cheveux et par la barbe et l’abattent sur ce dur bois. Voici la manière avec laquelle il fut crucifié : on lui prend la main droite, et en la plaçant sur un trou fait exprès en la croix, on la cloüe avec treize grands coups de marteau. Quelle douleur! Une partie si nerveuse, si fournie de muscles et de tendons, de veines et d’artères, être percée avec un gros cloud! Autant de coups de marteau qu’on donnoit sur la main du Sauveur, c’étoit autant de martyres pour sa très-sainte Mère, qui sentoit les contre-coups. Après la main droite cloüée, on vient à la main gauche ; mais, comme tous les nerfs et tous les

LE CHEMIN DE LA CROIX

muscles s’étoient retirés et raccourcis, elle ne pouvoit joindre le trou qui lui étoit préparé. Il fallut donc la tirer et la faire arriver à force de bras. Pensez avec quel sentiment de douleur on perça et cloüa cette seconde main avec treize grands coups de marteau ; combien de sang répandu de ces deux mains, quand il fut question de venir aux pieds. Or qu’il fallut faire de force et de violence pour les faire descendre jusques aux deux trous qui leur étoient destinez ! On les cloüa l’un après l’autre, chacun avec dix-huit grands coups de marteau et avec une rivière de sang... O sainte Yierge ! on pouvoit bien dire alors que votre douleur étoit grande comme la mer ! Voilà donc l’homme de douleur crucifié ; il ne reste plus qu’à élever la croix et à la planter dans la fosse qu’on lui a creusée \ »

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