Ce dernier trait jette une grande clarté sur le moment
LE CHEMIN DE LA CROIX
précis où commence, à proprement parler, l’institution du chemin de la croix. Jusque-là les faits sont personnels, locaux, sans importance. A partir d’Alvaro,' qui meurt en 1420, l’institution se généralise et est adoptée par les autres couvents.
Mais qui, en ce monde, travaille pour soi ou pour les siens? Les Dominicains ne bénéficièrent pas de la découverte d’Alvaro, ou ils en laissèrent modestement la gloire aux Franciscains. L’origine fut meme si complètement oubliée et l’adoption si peu controversée, que Benoît XIII, par son bref Inter plurima , renouvelant en cela le bref Adeaperquæ d’innocent XII, nomma les Franciscains, sinon les auteurs, au moins les fervents propagateurs d’une dévotion aussi salutaire pour les âmes1.
6. L’Église, qui procède toujours avec sagesse et maturité, s’occupa fort tard du chemin de la croix. Trois siècles s’étaient écoulés depuis la mort d’Alvaro, quand enfin, prêtant l’oreille aux voix saintes qui l’y conviaient, elle rompit le silence et montra, par les indulgences dont elle l’enrichissait, combien ce pieux exercice lui était agréable. Mais comme, grâce à son zèle pour la propager, la dévotion du chemin de la croix paraissait identifiée à l’ordre de saint François, le premier bref d’indulgences, octroyé par le vénérable Innocent XI, le 5 septembre 1686, ne concerna que les églises franciscaines, les religieux et religieuses de l’ordre, ainsi que les personnes affiliées ou agrégées aux confréries canoniquement érigées en ces mêmes églises.
Innocent XII, en 1692, concéda de plus amples faveurs, mais sans atteindre ni d’autres lieux ni d’autres privilégiés.
1 « Fratres ejusdem ordinis pium exercitium Vise Crucis appellatum, quo tota Dominicæ passionis sériés pictis tabulis, ubi commode fieri posset, expressa inque plures stationes distributa, eo modo quo peregrini civitatis S. Hierusalem loca ipsa, ubi Christus passus est, recolentes et fréquentantes, invisunt, contemplanda proponeretur, in varias christianorum provincias magno animarum fructu intulisse. »
Cependant les fidèles faisaient le chemin de la croix, mais sans gagner d’indulgences. À la demande du procureur général des Franciscains de l’Observance, Benoît XIII publia, à la date du 5 mars 1726, la bulle Inter plurima, qui dérogeait aux prescriptions de ses prédécesseurs, et permettait à tous fidèles indistinctement de jouir des indulgences accordées, dans les seules églises toutefois appartenant à l’ordre Séraphique.
Enfin Clément XII, par son bref Exponi no bis, du 16 janvier 1731, déclara que toutes églises, oratoires, monastères, hôpitaux et autres lieux pieux seraient aptes à recevoir le chemin de la croix, pourvu que l’érection en fût faite par un religieux de l’ordre de saint François
Si à cette liberté l’on ajoute la 10e clause insérée par ordre de Benoît XIV, le 10 mai 1742, à la suite des Avertissements , antérieurement publiés par le cardinal Pico, préfet de la sacrée Congrégation des Indulgences, le 3 avril 1731, l’on aura le secret de celte multitude de chemins de croix qui, en tout pays, garnissent les murs des églises aussi bien que des chapelles. Or telle fut la teneur de la recommandation pontificale : « N. S. P. le Pape, heureusement régnant, désirant que ce saint exercice se répande de plus en plus pour l’utilité du monde catholique, exhorte les curés de tous les lieux et de toutes les villes à enrichir leurs paroisses d’un si grand trésor ; quoiqu’il y ait plus d’une paroisse dans une terre, ils doivent introduire cette dévotion dans leurs cures ou dans le district, sans faire attention à la distance plus ou moins grande qu’il y aurait entre un chemin de la croix et un autre. »
1 « Quod prædicta loca Viæ Crucis seu Calvarii in ecclesiis, oratoriis, monasteriis, hospitalibus, et aliis itidem piis locis ipsi mimstro generali non subjectis, nec ab eo dependentibus, per fratres dicti ordinis nunc erecta et in posterum erigenda, indulgentiis ac privilegiis fruantur et gaudeant, quibus îruuntur et gaudent erecta in eoclesiis et in locis ordinis præfati. »
LE CHEMIN DE LA CROIN