Ces trois premiers meubles, à la chapelle Sixtine, à
S. Pierre du Vatican et à la cathédrale de Bénévent, prennent, au moins pour les ornements de prix, une disposition bien différente et infiniment supérieure. L’armoire exige moins de profondeur et chaque objet se détache séparément. Il y a pour cela deux' systèmes : on établit à l’intérieur une série de triangles ou d'équerres mobiles auxquels se suspendent les ornements.
L’équerre a la forme de cet instrument : ses deux bras sont
reliés obliquement par une jambe de force, qui empêche l’écartement et la partie verticale adhère à la paroi du fond, à main gauche, au moyen d’anneaux dans lesquels elle tourne. On en ajoute plus ou moins, selon la profondeur de l’armoire. L’ornement, quel qu’il soit, s’étend sur le bras horizontal, à l’extrémité duquel pend un cordon, pour le tirer plus commodément. Cette disposition est surtout avantageuse pour les chapes qui se placent dans le sens de la plus grande hauteur, prise dans le dos.
Le triangle convient encore mieux aux chapes, aux chasubles et aux dalmatiques, parce qu’elles sont étalées comme si elles étaient portées réellement : retombant droit, elles ne font pas de plis, ce qui les maintient dans leur intégrité. Qu’on se figure une tringle de bois verticale, terminée en haut par un anneau qui passe dans un crochet de fer posé dans le sens de la profondeur de l’armoire : du sommet partent deux bras de bois qui s’écartent en triangle et que vers leur extrémité soutiennent deux jambes de force, fixées à peu près au milieu de la tige centrale.
Ces deux systèmes sont aussi simples et faciles à établir que commodes et peu coûteux. De plus, s’il fait beau temps, ouvrez les armoires à deux battants et l’air chaud circulera partout ; je dis l’air et non pas le soleil, car celui-ci fanerait les étoffes. En ne serrant pas trop les uns contre les autres les équerres et les triangles, les ornements ne se toucheront pas et il y aura entr’eux assez d’espace pour la libre circulation de l’air.
Comme la poussière pénètre partout, les ornements précieux en seront préservés si on prend le soin de les couvrir chacun d’une housse de toile ou de lustrine.
Les menus objets, comme linge, voiles, bourses, etc., sont conservés dans des tiroirs spéciaux, au dessous du chasublier à suspension.
J’engage à adopter le genre des meubles romains, quoique nous n’en ayons pas l’habitude : outre la promptitude et la régularité dans le service, les sacristains y verront avec plai?
sir les étoffes se conserver plus longtemps, tandis que la soie se pique facilement quand l’air lui fait défaut.
A Bénévent, où il y a une sacristie et un trésor, on ne laisse en bas que les ornements usuels et sans valeur, tandis que ceux qui ont quelque prix sont installés à l’étage supérieur.
5. J’ai déjà réclamé un meuble tout exprès pour les parements. Sa profondeur se proportionne sur la quantité possédée : la longueur est celle des parements eux-mêmes, mais il faut bien faire attention que, pour les en tirer ou les y introduire, il est nécessaire d’avoir à la suite un espace libre aussi considérable que les parements. Pour cela, qu’on le mette de façon à ce que sa fermeture donne sur une porte ou une embrasure de fenêtre. C’est le seul meuble, qui, en raison de sa forme, soit réellement gênant et encombrant.
6. Il est encore urgent d’avoir de hautes armoires, divisées par des tablettes horizontales, afin de pouvoir y déposer les coussins, les tentures de luxe, les ustensiles, etc., en un mot une partie du menu matériel de l’église.
7. Les vases sacrés exigént une place à part dans une armoire fermant à clef. Si l’église était assez riche en objets précieux, cette armoire se transformerait en trésor, que l’on pourrait faire voir aux étrangers et aux amateurs de belles choses. Les objets se classent par catégories sur des tablettes revêtues, ainsi que le fond, d’une étoffe rouge qui fait encore mieux ressortir l’orfèvrerie et les joyaux. Un trésor, comme celui de S. Pierre de Rome, requiert un gardien intelligent, sachant bien la leçon qu’il doit' répéter et aussi, comme souvenir, un catalogue, concis et substantiel et même des photographies. J’ai constitué de la sorte, à la cathédrale de Moutiers (Savoie), un petit trésor archéologique, qui n’est pas dépourvu d’intérêt et qui attire déjà les amateurs.
8. Les linges se mettent séparément dans une armoire ou compartiment d’armoire qui n’est pas affecté à un autre usage.