‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églises, selon les règles canoniques et les traditions romaines, avec un appendice sur le costume ecclésiastiqueChapitre 9 sur 244 · DEUXIÈME STATION. — JÉSUS CHARGÉ DE LA CROIX · texte numérisé non relu

DEUXIÈME STATION. — JÉSUS CHARGÉ DE LA CROIX

Tel est le titre adopté par la Congrégation des Indulgences pour la deuxième station du chemin de la croix. Quelque formel qu’il soit, j’essaierai néanmoins d’en bien préciser le sens, afin de lever toute équivoque relativement à son interprétation graphique. Il ne s’agit pas ici de montrer Jésus portant sa croix et marchant au Calvaire, mais recevant sur ses épaules le lourd instrument de son supplice , en sorte que je nommerais cette station le « Chargement de la croix sur les épaules de Jésus », et non le « Portement de croix ». Les franciscains ont parfaitement saisi cette autre nuance, lorsque, dans l’exercice du chemin de la croix imprimé par leurs soins à l’usage des fidèles, ils ont ainsi exprimé l’objet de la station :

« Deuxième Station. — Jésus reçoit la croix sur les épaules. — Cette deuxième station nous représente le lieu où le très-doux Jésus reçut le lourd fardeau de la croix. — Considère, ô mon âme! avec quelle résignation le bon Jésus reçoit la lourde charge du bois sacré de la croix » .

La deuxième station n’existe pas, à proprement parler, dans l’Évangile, qui nous fournira toutefois quelques détails relativement à sa mise en scène.

Jésus doit-il être couronné d’épines? Il y a de fortes présomptions en faveur de ce sentiment, qui peut s’autoriser du silence de saint Marc et des révélations de Marie Villani. Saint Marc, en effet, dit bien qu’on lui ôte son sceptre de roseau pour le frapper et qu’on lui remet ses vêtements ordinaires ; mais il n’a pas un mot pour la couronne d’épines, que l’on peut en conséquence supposer restée à son front. D’autre part, la dominicaine Villani rapporte, dans le récit de ses visions de la Passion, que le Christ lui apparut « dans cet état misérable où il était quand, sur ses épaules meurtries, il

LE CHEMIN DE LA CROIX

porta jusqu’au Calvaire, comme le noble trophée de son règne, le bois sacré sur lequel, triomphant du péché et de la mort, il mérita de recevoir le glorieux titre de Roi. Il se présenta le chef couronné d’épines très-aiguës dont les pointes, pénétrant ses tempes divines et son front, faisaient couler son sang comme par des canaux sur son visage affligé ’» .

A ces deux arguments, l’un négatif, l’autre d’une valeur historique douteuse, j’opposerai un argument positif. La sainte Face de Notre-Seigneur, que conserve à Rome le chapitre de la basilique de Saint-Pierre, est sans couronne, tandis que l’on remarque sur le front les plaies ensanglantées occasionnées par la couronne ou, pour mieux dire, les piqûres des plaies élargies par un mouvement brusque d’avulsion et d’où découlent des gouttelettes de sang épais.

Avec le bel ivoire du Louvre et celui plus ancien de Milan % j’inclinerais donc pour la suppression de la couronne, qu’admettent les stations de Nuremberg, attribuées à Adam Kraft, et celles qu’a gravées l’allemand Führich3. Je ferais d’ailleurs bon marché de ce dernier que je surprends encore, dans cette même station, en flagrant délit d’opposition aux idées romaines. Pour mouvementer et varier davantage sa composition, ne s’est-il pas avisé de poser Jésus devant sa croix et l’adorant, ainsi qu’on le raconte de saint André, avant de se la laisser imposer sur le dos par ses bourreaux ? L’imagina-

1 Vit a délia serva di Dio, suor Maria Villani, dell' ordine de'predicatori , fondatrice del monastero di Santa-Maria del dioi noamore di Napoli. Napoli, 1674, p. 504*

2 Voir la gravure de l’ivoire du Louvre dans les Annales Archéologiques , vol. xx, p. 316, et celle du diptyque de Milan, vol. xxr, p. 18.

3 Les épines, que l’on expose dans les églises de Rome, sont au nombre de dix-neuf, sans parler des fragments d’épines que je n’ai pas pris la peine de compter. D’une teinte gris clair, elles sont longues, minces, effilées et aiguës • Quelques-unes, comme à Sainte-Praxède, sont encore à la pointe rougies du sang de Jésus-Christ. Voyez mon « Année liturgique, » 2e édition, p. 286. — Charles le Chauve fit don à l’abbaye de Saint Denis d’une épine de la sainte couronne. (Baron de Guilhermy, « Monographie de l’église de Saint-Denis, »» p. 85.) — La couronne d'épines, à peu près entière, avait été donnée par saint Louis à la Sainte-Chapelle ; elle appartient aujourd’hui à Notre-Dame de Paris, où elle est honorée pendant la Semaine-Sainte.

lion est une qualité précieuse en matière d’art, mais l’artiste me paraît en avoir trop souvent fait usage, soit par fantaisie, soit par esprit d’innovation, et toujours aux dépens de la vérité historique ou traditionnelle qu’il avait à fixer sur la toile.

Saint Mathieu et saint Marc déterminent d’une manière très-exacte le costume du Sauveur, qui, une fois dépouillé de sa pourpre ridicule, reprend son vêtement ordinaire, la tunique sans couture que tissèrent les mains de sa mère et que plus tard les soldats jouèrent aux dés.

L’ivoire du Louvre et l’imagier de Nuremberg sont fidèles à la robe longue que Führich et l’ivoire de Milan recouvrent arbitrairement d’un manteau. Les évangélistes, je le sais, emploient le pluriel ; mais ici, sous le nom « vestimenta», terme générique, il s’agit à la fois de la robe et des vêtements qu’elle recouvrait «Et postquam illuserunt ei, exuerunt eum chlamyde et induerunt eum vestimentis ejus.» (S. Matth. xxvii, 31.) — « Et postquam illuserunt ei, exuerunt ilium purpura et induerunt eum vestimentis suis » (S, Marc., xv, 20.)

Les soldats de la garde de Pilate ont été, à son instigation, transformés en bourreaux ; à eux incombe la mission de charger Jésus de sa croix, rôle parfaitement approprié à la grossièreté dont ils ont déjà fait preuve dans la cour du prétoire. « Tune milites præsidis suscipientes Jesum», (S. Matth., xxvii, 27.) — « Milites autem duxerunt eum ». (S. Marc., xv, 16.)

La condamnation s’est faite au lithostrotos, l’atrium du prétoire a été le lieu où les soldats bafouèrent leur maître. C’est maintenant hors de l’enceinte du palais qu’abandonné, livré à la fureur populaire, il reçoit la croix sur ses épaules sacrées, pour de là gravir péniblement la montagne du Calvaire1 : « Et duxerunt eum ut crucifigerent. »

* « Dicunt aliqui et subdunt jam tunicam quam habuit tunicam inconsuti lem et illam superiorem. » ( Sermones dominicales, serm. xxm in Cena Domini. Lugduni, 1492.)

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(S. Matth., xxvii, 31). — uEt educunt ilium ut crucifigerent eum. » (S. Marc., xv, 20.) — «Tuncergo tradidit (Pilatus) eis ilium ut crucifigeretur. Susceperunt autem Jesum et eduxerunt. » (S. Joann., xix, 16.)

La gravure du sarcophage de Latran 2 n'est pas tout à fait exacte, car le Christ a déjà reçu la croix et il la porte résolûment à deux mains. 11 est en marche, tandis que nous le voulons au repos. Néanmoins, ce relief mérite d’être étudié, tant pour la croix que pour le costume du soldat qui presse la marche du Sauveur, trop lente à son gré. Si l’on en juge par la traverse de la croix de saint Dixmas, le bon larron, que l’on vénère à Rome dans la basilique de Sainte-Croixde-Jérusalem, la croix du Sauveur eut l’apparence d’un soliveau équarri. Quelle qu’ait été l’essence de son bois 3, ce dut être un fardeau lourd et accablant pour des épaules déjà fatiguées par la flagellation. Aussi sera-t-il toujours préférable, comme aux stations sculptées par Adam Kraft à Nuremberg, de voir la croix traîner en arrière, plutôt que de la figurer légère et maniable, tenue à la main, ainsi qu’on porterait une canne ou un bâton.

Les symbolistes du moyen-âge ont peint la croix en vert, car, si c’est sur l’arbre qu’a souffert l’bumanité de Jésus, c’est aussi sur cet arbre, mais brillant et éclatant4, que sa divinité s’est manifestée : « Lignum secundum humanitatem, viride autem secundum divinitatem, id est, Deus et homo5 ».

1 « Du Prétoire, au lieu où la croix fut posée sur les épaules de Jésus, il y a 65 pieds, « dit Adrichomius. (L’abbé Lecanu, Histoire de la sainte Vierge,

2 Publié dans les Annales Archéologiques , vol. xxii, p. 251.

3 « E qua materie crux ? ex obvio et prompto aliquo ligno. Et qua nostr Servatoris? censemus e quercu. Primum quia viri fide digni asserunt trusta sacratissimi hujus ligni, quæ hodie exstant, speciem hanc referre; tum, quia crebra et frequens in Judæa olim et nunc quoque ilia arbor. » ( Just . Lips., p. 99-100.) M. Rohault de Fleury a démontré que c’était un bois de conifère, dans son bel ouvrage sur les instruments de la Passion.

4 « Arbor décora et fulgida, » a dit saint Fortunat dans l’hymne « Vexilla Régis. »

6 Berengàudus in Apocalyps., » ms. du ni6 siècle, à la Bibl. de la ville d’Angers, n<> 75.

Faisons comme nos pères, et, tout en restant fidèles aux prescriptions de l’Église romaine, joignons à nos compositions le parfum d’une pieuse tradition.

3, TROISIÈME STATION. — JÉSUS TOMBE SOUS LA CROIX POUR LA PREMIÈRE FOIS.

La méthode franciscaine, pour l’érection du chemin de la croix1, nous offre ce commentaire du titre de la troisième station :

« Cette troisième station nous représente Jésus-Christ tombant sous sa croix u*e première fois. — Considère, ô mon âme! le divin Jésus affligé, épuisé par la perte de son sang précieux et fléchissant pour la première fois sous le fardeau de la croix ; vois comme ses bourreaux le frappent ignominieusement des pieds et des mains, et pourtant aucune plainte ne s’échappe de la bouche divine de cette âme patiente et résignée. Jésus souffre et se tait ».

Cette peinture rapide, mais énergique, saisit par sa vérité et son à-propos : aussi n’en veux-je pas d’autre pour interpréter la station correspondante du chemin de croix de Nuremberg, dont les Annales archéologiques ont donné la gravure d’après la photographie.

Le Christ est étendu à terre, sur de rudes cailloux qui rappellent les larges et incommodes pavés des voies romaines et où lui, qui marchait sans chaussures, a nécessairement meurtri ses pieds. Sa figure s’est maintenue dans le calme de la résignation, mais on y lit l’abattement et l’épuisement qu’occasionne la souffrance.

Trop faible pour s’aider lui-même, il attend que ses bourreaux soulèvent son corps roidi comme par la mort. Avec

1 Méthode pour ériger les stations du Chemin de la Croix dans toutes les églises et chapelles publiques ou privéesy et moyen pratique pour l’exercer , avec le bref de Benoit XIV , confirmant ce pieux exercice. (Rome, 1856, p. 22-23.)

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quelle farouche ardeur tous ces soldats, bardés de fer, s'empressent autour de lui, impatients de ce retard qui allonge leur besogne pénible ! L’un le tire par les manches de sa robe, l’autre prend ses cheveux à poignée. Vains efforts! Un troisième le décharge de la croix qu’il tient momentanément à deux bras, prêt à la replacer sur la victime, aussitôt qu’elle sera sur pied. Mieux avisé, un quatrième bourreau lui a passé une corde aux reins et il l’a entortillée autour de sa main gauche pour doubler sa force. Sa tête, fièrement posée sur de solides épaules, indique un homme énergique, brutal même, comme sa poitrine dénote une constitution robuste. Lui seul au besoin suffirait à la tache, encouragé qu’il est encore par les cris sauvages ou l’approbation dédaigneuse des deux prétoriens de la vile cohorte qui, s’il le faut, stimuleront de la pointe de leurs piques un affaissement dû en partie déjà à leurs coups et à leurs outrages. Enfin, le chef de cette bande de « vauriens», comme les appelle quelque part Bossuet, par un dernier commandement, hâte le dénoùment de ce drame lamentable. J’ai écrit lamentable, et ce n’est pas trop dire, car une telle scène, si habilement rendue par le ciseau d’Adam Kraft, un maître peu connu, surtout en France, arrache des pleurs à nos cœurs attendris et porte à la commisération plus efficacement que la parole la mieux sentie \

1 « En 1843, il y a déjà vingt ans, écrit M. Didron, je parcourais la ville de Nuremberg, en quête des monuments et des œuvres d’art que renferme cette cité intéressante, mais trop vantée, à mon avis, car le gothique de Nuremberg est de la décadence, principalement des xve et xvie siècles, et non pas du beau moyen-âge. Sous le château, hors de la ville, j’avisai une allée qui conduit au cimetière. Cette allée est coupée, de distance en distance, par des bas-reliefs en pierre qui représentent les différentes scènes de la Passion et qui composent à peu près le Chemin de la Croix. Un pèlerin, m’a-t-on dit plus tard, étant revenu de Jérusalem à Nuremberg, sa ville natale, saisit entre la cité sainte et la ville allemande une certaine ressemblance. Il retrouva, sous le ciel germanique, les rues, les enceintes, les collines et les vallées qu’il avait parcourues et visitées à Jérusalem. Il lui sembla qu’en partant d’une certaine maison de Nuremberg, comme à Jérusalem, il était parti de la maison de Pilate ; il pouvait, en sortant de la ville et se dirigeant vers le cimetière, suivre une voie qui lui rappelait assez bien la voie douloureuse de Jérusalem

Ce tableau est le chef-d’œuvre des stations de Nuremberg. Nous n’en citerons aucun autre après lui, car il les distance tous. Le talent s’est élevé, en cette circonstance, à sa plus sublime hauteur.

D’ailleurs, qu’aurais-je à ajouter de plus? L’Évangile est silencieux sur cette première chute, tout aussi bien que sur les deux autres.

que le Sauveur avait parcourue pendant sa passion. Il assimila donc, pieux chrétien servi par une grande imagination, la ville de Nuremberg à la ville de Jérusalem. Il exalta l’esprit et le cœur de ses compatriotes, et tous commandèrent à Adam Kraft, le grand sculpteur d’alors, une série de sujets représentant les plus douloureux épisodes des souffrances et de la mort du Sauveur. Ces bas-reliefs, au nombre de sept, furent donc échelonnés depuis une maison, dite de Saint-Georges, qui représentait pour ces âmes pieuses la maison de Pilate, jusqu'au cimetière qui figurait, bien que fort mal sous le rapport topographique, le Calvaire où fui crucifié le Sauveur. Du reste, il faut le dire, si la configuration du sol se prêtait mal à cette assimilation de Jérusalem et de Nuremberg, l’idée qui faisait précéder de la mort du Sauveur le cimetière où reposent tous les morts de la ville allemande, n’en était pas moins fort belle. On va donc, à travers le portement de la croix, la chute du Christ, la rencontre de la Vierge, l’impression de la sainte face, l’aide du Cyrénéen, jusqu’au crucifiement. Puis, contre la muraille même du cimetière est placé l’ensevelissement du Christ. Dès lors, à partir de cette grande tombe, on entre dans l’enclos où foisonnent, si l’on peut user de cette expression, les tombes des bourgeois de Nuremberg, et le Christ ouvre ainsi par sa mort le champ des morts de la cité allemande. Au centre du cimetière, entre deux saules pleureurs, est étendue la dalle de grès qui recouvre les restes du plus illustre Nurembergeois, Albert Durer, qui fut à la fois peintre, sculpteur et graveur. On y lit cette inscription :

me . al . du .

QUICQUID ÀLBERTI DURERI MORTALE fUIT SUB HOC CONDITUR TUMULO EMIGRA VIT VIII IDUS APRILIS M . D . XXVIII

« Puis, tout autour de cette tombe éclatante rayonnent comme en cercles concentriques les tombes plus ou moins obscures des bourgeois de la ville, qui s’abritent ainsi à l’ombre de leur grand compatriote. Ces deux idées d’avoir ouvert le cimetière par la tombe du Christ et de l’avoir peuplé en partant d’Albert Durer, comme d’un centre souverain, ne manquent certainement pas de poésie. Mais la plus poétique et la plus grande des deux est celle qui a fait des souffrances du Sauveur la route et la porte qui conduisent au champ des morts. A Nuremberg, j’ai suivi avec recueillement cette voie douloureuse de l’art sculptée par Adam Kraft, et, arrivé en face du bas-relief qui paraît

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Cependant je ne veux pas finir sans noter une particularité, d’un effet remarquable, que je trouve dans le troisième tableau de Führich à la cathédrale de Vienne (Autriche). Un chien est là, près de la tête du Christ, le poil hérissé, l’œil ardent, la bouche haletante, la langue sèche et avide ; ses griffes, qui déchirent la terre, n’attendent que le moment où elles sauteront sur cette proie qui sent déjà le cadavre et dont le sang coagulé l’attire.

Ce détail est hideux et il fait songer involontairement à un vers fameux du grand poète Racine. Pour nous, chrétiens et symbolistes, ce chien figure les Juifs dont le prophète David a dit dans un de ses psaumes : « Ils m’ont entouré comme des chiens 1 » . Chiens furieux, qui aboient pour effrayer, qui mordent et enfoncent dans les chairs leurs dents acérées, puis, âpres à la vengeance, de leur bave meurtrière tuent l’objet de leur rage implacable.

aujourd’hui avec cet article, je fus pris d’une émotion telle, que les larmes m’en jaillirent des yeux. J’affirme que l’objet même, précédé et suivi des autres sujets de la Passion, nous émurent, moi et mon compagnon de voyage, au point d’en pleurer. J’aime à faire des comparaisons entre l’art antique et l’art chrétien ; or, je dois déclarer que les tortures de Laocoon et de ses fils, que les souffrances et la mort de Niobé et de ses enfants, que le supplice de Marsyasou tout autre douleur ou souffrance païennes ne m’ont jamais saisi comme cet abattement du Sauveur sous le fardeau de sa croix. Jésus est tellement affaissé, tellement anéanti, que son corps semble entrer dans la terre. La croix elle-même est si pesante, qu’abandonnée par les épaules du Christ, elle s’enfonce en terre, comme un trait pointu, sur l’un de ses croisillons. Si le but de l’art est de donner de fortes émotions, soit de douleur, soit de plaisir, Adam Kraft est ici un plus grand sculpteur que les plus illustres statuaires de l’antiquité. »

1 « Quoniam circumdederunt me canes. » ( Psalm . xxi, 17.) — « Canes.... Judæi, Dominum Christum effrænata rabie persequentes. » (S. Gtegor. Magn ., apud « Spicileg. Solesmen., » t. III, p. 75.) — «Erue a framea, Deus, animam meam, et de manu canis unicam meam. » (Répons de l’office du dimanche des. Rameaux.)

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