‹ Traité pratique de la détermination des drogues simples d'origine végétale [electronic resource]Chapitre 158 sur 580 · FEUILLES DE SÉNÉ · texte numérisé non relu

FEUILLES DE SÉNÉ

Folia Semiœ.

On donne le nom de Sénés iSenna) à un certain nombre d’espèces de Cassia, qui forment une section bien tranchée dans le genre et que quelques auteurs ont même élevées au rang de genre distinct sous le nom de Senna.

Ces diverses espèces fournissent d’une part les folioles de leurs feuilles composées, et d’autre part leurs légumes comprimés, aplatis et membraneux qu’on désigne improprement sous le nom de follicules. Ces derniers sont facilement reconnaissables au milieu de tous les fruits que la famille des Légumineuses fournit h la pharmacie. Nous les décrirons plus loin en détail.

Quant aux folioles, elles sont dans nos droguiers complètement séparées du rachis commun qui les réunissait en une feuille pinnée. On reconnaît cependant que ce sont des folioles et non des feuilles complètes à l’inégalité plus ou moins marquée des deux côtés de la base. Leur forme est variable suivant les espèces : leurs dimensions oscillent entre 1 et 4 centimètres. Elles sont généralement fragiles, quelquefois légèrement coriaces, glabres ou pubescentes. Toutes ont une nervure médiane, d’où se détachent un certain nombre de nervures secondaires assez rapprochées, saillantes à la face inférieure, se portant vers l’extérieur et se recourbant en arc tout près des bords, de manière à aller rejoindre chacune la nervure qui lui est immédiatement supérieure. Leur saveur est douceâtre et en même temps assez amère et un peu nauséeuse.

Trois espèces principales fournissent les folioles et les folli-

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Cilles du commerce. Nous les grouperons de la manière suivante en ajoutant l’indication d’une quatrième espèce, beaucoup moins importante, mais qui a cependant quelque intérêt : le Cassia pubescens Rob. Brown.

1° Cassia. oboyata Golladon. {Seiina obovata Balk.). Cette • espèce est caractérisée par ses folioles plus ou moins obovales, obtuses au sommet, et par ses follicules fortement contournés sur eux-mêmes en forme de rein et marqués au-dessus des loges séminifères de sortes d’élévations qui, en se rejoignant entre elles, forment sur les deux faces du fruit une crête médiane parallèle aux bords.

Cette espèce croît dans la haute Égypte, la Nubie, le Kordofan, l’Abyssinie, le Soudan, les Indes orientales, et dans le Sénégal. Elle a été cultivée aux Antilles (Port-Royal), en Italie et en Espagne.

On en a distingué plusieurs formes ou variétés :

a. Le Cassia obovata Collad., genuina Bischoff., à folioles souvent assez fortement inégales à la base, à sommet arrondi et terminé par une petite pointe.

b. Cassia obovata Coll., obtusata Bisch., à folioles cunéiformes à la base, tronquées au sommet en un bord droit ou même légèrement concave, relevé en son milieu par un petit mucro. Les fruits sont fortement arqués dans ces deux formes et marqués d’une crête bien saillante.

c. La troisième forme est plus distincte que les précédentes, qui passent de l’une à l’autre ; c’est celle qui habite le Sénégal ; on l’a nommée Cassia obovata Coll., platycarpa Bisch. Ce qui la caractérise le mieux, c’est la largeur de ses fruits bien moins fortement arqués et î\ crête moins saillante. Quant aux folioles, elles sont intermédiaires entre les deux formes, assez inégales et peu cunéiformes à la base, à sommet le plus souvent tronqué et mucroné, d’autres fois arrondi et terminé par une petite pointe comme dans la forme genuina.

2° Cassia lenitiva Bischoff. {Senna acuti folia Batka. — Cas-

sia acutifolia et C. œlhiopica Guib., Cassia lanceolata Nectoiix.)

Cette espèce est caractérisée par ses folioles ovales-oblongues ou lancéolées, courtement mucronées au sommet, plus ou moins finement pubescentes sur les deux faces, et par ses fruits elliptiques, tronqués à la pointe.

On a distingué deux formes dans le Cassia lenitwa : Tune à folioles aiguës, étroites, s’atténuant peu à peu vers le sommet ; c’est le Cassia lenitwa Bischoff. acutifolia ; l’autre à folioles plus larges, obtuses au sommet : Cassia lenitiva Bischoff. obtusata.

De ces deux formes la première paraît répondre plus particulièrement à ce que Guibourt et lespharmacologistes français ont décrit sous le nom de Cassia acutifolia Delil.; la seconde è ce que Guibourt avait désigné sous le nom spécial de Cassia cethiopica et qui ne doit pas évidemment être séparée spécifiquement du Cassia acutifolia, tel que Guibourt lui-même le décrivait (1).

Le Cassia lenitwa habite la haute Égypte, la Nubie, le Sennaar, le Kordofan et le Darfour.

3“ Cassia angustifolia Valil. {Senna angustifolia Batka., Cassia lanceolata Boyl.).

(1) L’examen direct des échantillons du droguier Guibourt ne permet pas une autre conclusion. Les folioles de son Cassia œtliiopica (Séné de Tripoli) sont un pou plus petites, un peu plus largement ovales, et peut-être un peu plus obtuses au sommet que celles du Cassia acutifolia. 11 y a cependant bien des passages de l’une à l’autre, et il serait, je crois, difficile dans un mélange de séparer exactement les folioles appartenant aux deux formes. Los caractères tirés de la pubescence et de la couleur ou de la consistance des folioles ne seraient d’ailleurs d’aucun secours ; on peut se convaincre on effet, en examinant à la loupe les feuilles des deux types, qu’il n’y a pas à cet égard de différence appréciable. J’en dirai autant des légumes. Si un certain nombre, dans les follicules de Tripoli sont plus petits que dans les follicules de la Faite et no contiennent que 3 ou 4 graines, beaucoup d’autres deviennent plus allongé?, contiennent autant de graines que ceux du Séné de la Faite, et ne peuvent ni par les dimensions ni par la coloration se distinguer des follicules du Cassia acutifolia.

Quelques auteurs, sur les indications écrites de l’Histoire naturelle des drogues simples, mais non sur les échantillons, ont rapporté le Cassia œthiopica Guib. au Cassia pubescens RB.; mais, en comparant les caractères que nous venons d’indiquer à ceux du Cassia pubescens que nous décrirons plus bas, on comprendra que c’est h\ une synonymie inadmissible.

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Cette espèce est surtout caractérisée par ses folioles étroitement lancéolées, qui s’atténuent progressivement de la base vers le sommet et par ses fruits linéaires oblongs, non tronqués au point d’attache du style.

Elle croît sur les côtes orientales d’Afrique, depuis la haute Égypte jusqu’au Mozambique, dans les îles de la mer Rouge, en Arabie, dans les Indes orientales. Elle est cultivée dans plusieurs localités de l’Inde, entre autres à Madras et à Bombay.

On en a distingué plusieurs variétés.

Le Cassia angustifoliayah\. a. genuina Bisch., dont les folioles sont courtes, aiguës au sommet, et presque coriaces après la dessiccation.

Le Cassia angusti folia Vahl. p. Boyleana Bisch., à folioles plus grandes, aiguës, minces et membraneuses après la dessiccation.

Le Cassia angustifolia Vahl. y E hrenbergii Bisch., à folioles longues, linéaires-lancéolées, aiguës; à fruits très-allongés.

4® Cassia pubescens Bob. Brown. {Senna ovalifolia Batk.).

Cette espèce, beaucoup moins importante, au point de vue pharmaceutique, que les précédentes, est remarquable par ses folioles elliptiques ou ovales-oblongues, obtuses arrondies, légèrement échancrées, rétuses au sommet, quelquefois munies d’une petite pointe faisant suite à la nervure médiane, pubescentes ou tomenteuses-cendrées sur les deux faces, ciliées sur les bords. Les gousses sont oblongues, un peu réniformes, couvertes d’une pubescence rare.

La plante croît dans l’Yémen et l’Abyssinie.

Les diverses espèces de Séné que fournissent ces Cassia ont été désignées dans le commerce sous les noms indiqués dans le tableau suivant qui donne leurs caractères:

FEUILLES. — LÉGUMliNEUSES.

J Séné d’Alep.

/ obovales (C. obovata) . Séné du Sénégal.

l ( Séné de Port-Royal.

1 I mêlées d’Ai-guel et de

§ Jovales-lancéolées (C. I folioles obovales... Séné de la Faite.

lenitiva) petites, sans mélange

( d’Arguel Séné de Tripoli.

j coriaces et courtes, jau-

allongées- étroites (C. | nâtres Séné Moka.

\ angusiifoliu) i grandes, vertes et

^ ^ membraneuses Séné de l’Inde.

1“ «Séné de la Faite (Séné d’Alexandrie, Senna Alexandrina).

Le Séné de la Pal te, qu’on récolte dans diverses parties de l’Égypte, est formé par le mélange d’un certain nombre de folioles, qu’on prépare d’ordinaire au Caire et qu’on expédie par la voie d’Alexandrie.

Les folioles qui dominent et qui forment le fonds du Séné de la Pâlie sont celles du Cassia lenüiva'Qxsoh. sous les deux formes que nous avons décrites. On les reconnaît à leur forme ovale ou lancéolée, à leur consistance membraneuse, à la fine pubescence qu’on remarque à la loupe. Leurs dimensions varient de 2 à 3 cent, de long sur 7 mill. à 12 mill. de large; rarement on rencontre des folioles qui atteignent 3 cent. 1/2 de long sur 13 mill. de large.

On trouve en outre, mais en moins grande quantité, les folioles du Cassia obovata Collad. sous les deux formes genuina et obtusata. Elles ont de 13 à 23 mill. de long sur une largeur de 10 c\ 13 mill. environ vers la partie supérieure. La base est parfois très -inégale, un des côtés de la foliole étant fortement arrondi en bosse; d’autres fois elle est presque régulièrement cunéiforme. Quant au bord supérieur, il est arrondi, ou presque droit, ou concave, mais, dans tous les cas, il est muni en son milieu ou sur le prolongement de la nervure médiane d’une toute petite pointe.

Ces folioles sont plus ou moins brisées, mais il est cependant facile d’en reconnaître la forme. On trouve au milieu d’elles

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des feuilles d’une autre apparence, qu’on a l’habitude d’y ajouter en Égypte, ce sont celles du Solenostema Arghel Hayn. {Cynanctwn Arghel Del.), qui croît aux lieux mêmes où on récolte la plus grande partie du Séné.

Les feuilles de l’Arguel {fig. 83), dont il faut avoir soin dans nos pharmacies de monder le Séné, sont facilement reconnaissables, même dans leurs fragments, à leur texture spéciale. Ces feuilles sont en effet coriaces, et comme chagrinées sur les deux faces, mais surtout à l’inférieure. En outre, elles ont une couleur blanchâtre qui les distingue au milieu de feuilles toujours plus ou moins verdâtres du Séné. Si on examine ces feuilles de près, et sur la face inférieure, on voit que de leur nervure médiane bien marquée partent un certain nombre de nervures secondaires, qui se dirigent vers les bords et qui, assez marquées d’abord, finissent par se perdre insensiblement au milieu d’un réseau formé par des veines et des veinules détachées des nervures. Ces veines sont peu saillantes, assez épaisses, et très-sinueuses et elles sont couvertes d’une pubescence plus ou moins épaisse, qu’on voit très-bien à la loupe, et qui est surtout évidente le long de la nervure médiane.

On ajoutait autrefois au Séné les feuilles duRedoul, Coriaria myrtifolia L., plante toxique de la région du Midi. Cette falsiücation n’est guère plus en usage. En tout cas, il est facile de reconnaître les feuilles du Redoul â ce qu’elles sont tout à fait glabres et parcourues de chaque côté de la nervure médiane par deux nervures longitudinales partant de la base et se dirigeant vers le sommet presque parallèlement aux bords. Ce caractère est très-saillant, et il .est peu de fragments de la feuille qui ne permettent de le constater,

2° Séné de Tripoli (6'cnna TvipoUtana). — Cette sorte de Séné nous arrive par la voie de Tripoli (en Afrique). Mais il a été re

cueilli très-loin de celle localité, jusque clans la partie moyenne du cours du Niger, Tombouctou, Sakatra, Taschna, etc., et porté de là par les caravanes du Soudan, qui traversent le pays des Touaregs et arrivent par Mourzouk dans le Fezzan.

Ce Séné consiste principalement en folioles du Cassia kmtiva Bisch., oblusifolia {C. œtkiopica Guib.). On n’y trouve en général pas d’Arguel, et seulement quelques folioles du Cassia obovata.

3° Séné Moka {Mekka Senna). — Le Séné Moka, qui vient d’Arabie, est donné par les Cassia angustifolia a genuina et y E hrenbergii, mais surtout par la première forme. Les folioles sont longues de 23 à 33 millimètres, très-étroites et presque subulées, de consistance coriace, souvent assez mal desséchées et jaunies ou brunies, en somme d’assez mauvaise apparence. On y trouve parfois mêlées quelques feuilles ovales et pubescentes du Cassia pubescens Ilob. Brown. '

4° Séné de TinneTeiiy (Séné de l’Inde, Séné de Bombay, de Madras). — Cette sorte vient beaucoup plus fréquemment que la précédente et tend à se substituer dans nos pharmacies au Séné de la Balte et de Tripoli. Il est donné par le Cassia angustifolia P Royleana cultivé en assez grande abondance dans les provinces d’Agra, de Bombay et de Madras. 11 a une belle apparence et est en folioles très-proprement mondées, choisies avec soin, d’une belle couleur verte, membraneuses, beaucoup plus longues que celles du Séné Moka, pouvant atteindre 6 cent, de long sur 13 cent, de large.

5“ Séné d’Aiep {Senna Halepensis). — Ce Séné ne vient que rarement dans le commerce et est loin d’avoir par suite l’importance des précédents. 11 est composé de folioles du Cassia obovata obtusata et genuina, et parfois de quelques folioles du Cassia pubescens.

Du reste, cette sorte ne paraît pas être constante. M. Batka signale, sous ce nom, un mélange venu eu Europe par Trieste, et dans lequel on trouvait à la fois du Séné Moka et des folioles de

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Cassia obovata. M. Fluckiger dü, d’autre part, avoir reçu de Livourne un mélange semblable où dominait le Cassia obovata, et où se trouvait en outre du Cassia pubescens; mais ce mélange était désigné sous le nom de Séné de l’Inde.

. 6" Séné «lu Sénégal. — Ce Séiié, qu’on a essayé dans les hô-

pitaux de Paris, mais qui n’a donné que des résultats très-médiocres, est produit par la forme platijcarpa du Cassia obovata.

7° Séné «le i*ort-Royai {Seniitt Portiü'egalis). — Cette sorte n’a pas d’importance commerciale, mais elle mérite d’être signalée comme provenant des Cassia de l’Ancien Monde transportés en Amérique. 11 est produit par le Cassia obovata genuina, cultivé à la Jamaïque.

Les diverses espèces de Séné que nous venons de passer en revue n’ont pas toutes la même valeur thérapeutique. Les Sénés de la Palte, de Tripoli et de l’Inde, fournis par les Cassia lenitiva et Cassia angustifolia, sont bien plus estimés que les autres, que donne le Cassia obovata. Le principe actif paraît être encore assez mal défini; la cathartine, à laquelle on a attribué les propriétés purgatives, ne serait pas, d'après les récentes recherches de M. Bourgoin, un corps déüni, mais un mélange d’acide chrysophanique, de glucose et de chrysophanine.

IIOSACÉES.

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