RHUBARBES D’EUROPE
Rhaponlic, Ithubarbes indigènes, Rhubarbes de France, d’Autriche, de Hongrie et Rhubarbe anglaise.
Les Rhubarbes qu’on désigne sous ces divers noms proviennent des espèces de Rheum apportées d’Asie et des régions voisines et cultivées en Europe, parfois sur une vaste échelle.
Le Rheum Rhaponticum L. est l’espèce la plus anciennement connue ; celle qui paraît répondre au Rhâ ou Rkeon des anciens; elle vient naturellement sur les hords de la mer Noire, dans i’Oural méridional, sur les monts Altaï et les montagnes du Jenissei. Elle est répandue dans les cultures : en Hongrie, en France, en Angleterre.
Le Rheum undulatum L. [Rheum Rhabarbum L.), qui vient probablement de Chine et qui nous est arrivé par la voie de la Sibérie, et le Rheum compaclum L., qui vient des mêmes régions, sont aussi fréquents dans les cultures soit en Moravie, soit en France. Le Rheum palmatum L. est plus rare dans la culture, où il réussit moins facilement.
Enfin, on trouve aussi cultivé soit en Angleterre, soit dans la Silésie autrichienne, le Rheum Æ’mod/f Wallich [Rheum australe Colebroke), plante de l’Ilimalaj^a.
Toutes ces espèces donnent surtout leurs racines au commerce. Mais on trouve aussi, surtout depuis quelques années, des morceaux qui rappellent un peu la Rhubarbe officinale et qui, d’après leur structure, proviennent évidemment des grosses liges souterraines de ces diverses espèces. Nous les décrirons particulièrement sous le nom de Rliulmrlie anglaise mondée.
Le type auquel peuvent se rapporter les racines de toutes ces Rhubarbes indigènes est le Rhapontic dont nous allons tout d’abord indiquer les caractères :
RHUBARBES D’EUROPE.
i°Rhapontic. Radix Rhapontici, Radix Rhei sihirici.
Ce Rhapontic se présente en morceaux souvent cylindriques, quelquefois beaucoup moins réguliers, gros comme le poing.
Ces morceaux ont tantôt une couleur jaunâtre, qui rappelle celle de la Rhubarbe de Chine, plus souvent une couleur gris rougeâtre. Dans tous les cas, la surface latérale ne présente pas de lignes se coupant en losanges, mais des stries irrégulières placées à côté Tune de l’autre et dirigées {fig. 24-i) dans le sens longitudinal, ou plus rarement {fig. 245) de véritables lignes régulières comme nous en décrirons dans la Rhubarbe anglaise. La coupe transversale montre sur un fond blanc de nombreuses stries rayonnantes de couleur rougeâtre ou jaunâtre {fïg. 249), se dirigeant directement du centre vers la circonférence. A une petite distance de la surface externe, on voit une ligne foncée de cambium qui limite nettement la zone ligneuse centrale.
La structure des tissus rappelle celle que nous avons indiquée dans la Rhubarbe. Les rayons jaunes sont formés d’une seule rangée de cellules étendues radialement, qui renferment la matière colorante; ces rayons se prolongent sans interruption de la couche ligneuse dans la partie interne de l’écorce, la seule qui reste d’ordinaire dans le Rhapontic des pharmacies. Entre ces rayons, le tissu blanc est formé d’un parenchyme de cellules étendues dans le sens de l’axe, remplies de grains de fécule etçà et là de cristaux étoilés d’oxalate de chaux. Au milieu de ces cellules sont distribués assez irrégulièrement des faisceaux isolés, ou plus rarement groupés ensemble, de vaisseaux à ouverture assez large, entourés de cellules fibreuses, non incrustées de matière ligneuse. La zone de cambium est formée de plusieurs rangées de petites cellules étendues tangentiellement, ou aplaties de dehors en dedans. — Quant à la partie de l’écorce, qu’on peut observer en dehors de cette zone, elle est formée, entre les rayons médullaires, d’un parenchyme analogue à celui du bois, contenant de l’amidon et des cristaux d’oxalate de chaux, mais pas de trace de vaisseaux.
DES RACINES
POLYGONÉES.
L’odeur du Rhapontic rappelle celle de la Rhubarbe; mais elle est plus désagréable et s’en distingue assez facilement. La saveur est amère et mucilagineuse : la substance ne croque que très- peu ou même pas du tout sous la dent.
2° ichuiiai'bes imiijçènes. — llddix lHiGi euTopci.CQ sontles racines des espèces de Itheum que nous avons indiquées plus haut. Elles présentent des caractères tout à fait analogues à ceux du Rhapontic, dont elles ne diffèrent que par des différences de coloration qui n’ont pas d’importance. Nous ne décrirons donc pas en particulier chacune d’elles. La seule qui s’éloigne du Rhapontic et qui mérite un examen spécial, est la Rhubarbe anglaise mondée.
3° Rhubarbe angolaise mondée. RhlZOïna Rhei RhapontlCl. — Les Rhubarbes provenant des cultures de l’üxfordshire et qu’on désigne d’ordinaire sous le nom de Rhubarbes angolaises, paraissent produites par le Rhemn Rhaponticum L. Tantôt ce sont les racines adventives qui donnent cette rhubarbe ; elle a alors l’aspect et la structure ordinaire de nos Rhapontics ; d’autres fois, ce sontles grosses souches ouïes gros rhizomes de la plante qu’on coupe en morceaux, rappelant le plus possible la Rhubarbe de Chine ; ils donnent alors la Rhubarbe anglaise mondée.
Cette Rhubarbe arrive fréquemment dans le commerce. Elle est en fragments assez irréguliers, soit cylindriques, soit coniques, soit plans-convexes. Ils sont généralement recouverts d’une poussière jaune, dans laquelle ils ont été roulés. La surface latérale est assez caractéristique : elle ne présente pas le réseau losangique des Rhubarbes de Chine, mais des lignes parallèles {f}g. 244), qui dans les morceaux un peu réguliers aboutissent à une ligne circulaire transversale, trace du point d’attache d’une feuille écailleuse et d’un ochrea. La coupe transversale a une couleur généralement rougeâtre ou comme rosée, qui est assez caractéristique. La ligne de cambium y est quelquefois marquée, mais a souvent disparu dans la préparation des mor-
SALSEPAREILLES.
ceaux. Des stries parallèles partent de la surface et s’étendent sur une épaisseur variable de un demi à l centimètre. En dedans on voit une masse centrale blanchâtre marquée de nombreuses ponctuations rosées ou rougeâtres, et vers la périphérie de cette espèce de moelle, un nombre quelquefois assez considérable de taches étoilées. — Ces taches, quoique moins développées que celles de la Rhubarbe de Chine, ont une structure analogue.
La Rhubarbe anglaise a une consistance très-molle, surtout dans sa moelle centrale, qui se laisse profondément pénétrer par l’ongle. Son odeur est beaucoup moins prononcée que celle de la Rhubarbe de Chine ; sa saveur est astringente, acidulé et mucilagineuse ; elle ne croque pas sous la dent et se réduit en pâle sous le pilon. Ces caractères, joints à ceux que nous avons indiqués plus haut, et surtout à la disposition des lignes de la surface externe, ne permettent pas de confondre la Rhubarbe anglaise avec la Rhubarbe officinale.
Les Rhaponticsou Rhubarbes indigènes contiennent une subtance, qu’on a nommée Rhaponticine et qui n’est qu’un mélange acide C hrysophanique avec des matières résineuses. Ils renferment aussi beaucoup d’amidon et un peu d’oxalate de chaux. Les cristaux de cette substance y sont moins fréquents que dans la Rhubarbe de Chine.
SMILACÉES.
SAnSKPAlVEILLES.
On désigne sous le nom de Salsepareilles les racines d’un certain nombre d’espèces américaines du genre Smüax. Ces plantes s’étendent dans les régions chaudes des deux Amériques depuis le Mexique jusqu’au Brésil. Vera-Cruz, Tampico, l’Amérique Centrale, la Nouvelle Grenade, le Venezuela, le Para sont les centres principaux d’exploitations. On cite également une Salsepareille du Pérou, mais elle n’a pas d’importance commerciale.
DES RACINES. — SMILACÉES.
11 n’est pas toujours facile de déterminer exactement quelles sont les espèces botaniques qui donnent les diverses sortes de Salsepareille, ün sait cependant que \q Smilax inedica Schlect.
du Mexique produit l’une des celle de la Vera-Cruz, et l’on cite comme exploitées dans la Nouvelle Grenade et le Venezuela, les Smilax officinialis H. B. K. et Sm. syphilitica H. B. K.; dans la région du Rio Negro et du fleuve des
espèces les plus répandues,
Fig. 253.
Fig. 251.
Amazones, les Smilax pseudo-s y phy ht ica Kunth, Sm. papyracea Vo'wQi, Sm. cordato-ovata Richard. Toutes ces plantes sont pourvues de gros rhizomes, d’où s’élèvent des liges généralement aiguillonnées, et d’où se détachent les nombreuses racines adventives longues et flexibles, qui constituent la Salsepareille.
Les seules parties regardées comme actives sont ces racines advenlives. Elles arrivent tantôt complètement séparées et
Fig. 253. — Coupe transversale de la Salsepareille ligneuse, montrant les diverses zones et la couche protectrice.
Fig. 254. — Portion grossie d’une coupe transversale de Salsepareille ligneuse. e,
Epiblema. — p, parencliyme cortical. — k, Kcrnscheide ou couche protectrice. — bb, zone ligueuse. — cl. tissu ligneux. — v, vaisseaux. — m, moelle.
SALSEPAREILLES.
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débarrassées de leur souche, tantôt encore attachées au gros rhizome et même munies de la base des tiges (1). Elles forment des paquets, qui peuvent être arrangés très-différemment suivant les diverses sortes.
Quand le rhizome existe avec les racines, ces dernières peuvent être étendues dans leur sens naturel, simplement rapprochées parallèlement les unes des autres et entourées de fibres qui les retiennent entre elles. Le rhizome est alors nettement en évidence. D’autres fois, les racines sont au contraire retroussées de manière à envelopper complètement la souche et à la faire disparaître. C’est ce qu’on remarque particulièrement dans les Salsepareilles de la Vera Cruz, qui viennent d’ordinaire dans nos pharmacies françaises.
Quand le rhizome a été enlevé, les racines sont tantôt repliées de façon à ce que leurs extrémités soient toutes ramenées dans le milieu et à ce qu’on ne voie aux deux bouts que les anses qui sont ainsi formés par les replis ; tantôt elles sont coupées de la même longueur, placées parallèlement entre elles, et formant ainsi des bottes cylindriques, entourées par une grosse liane.
Si nous examinons les racines en elles- mêmes, nous y reconnaissons facilement les caractères suivants. Ces racines ont en moyenne la grosseur d’une plume à écrire ; leur longueur est considérable, atteignant quelquefois deux mètres. Elles sont généralement simples, sans ramifications marquées, munies parfois de fibrilles radicales. Leur surface est striée ou profondément ridée dans le sens de la longueur. Elles offrent une grande résistance, si on veut les couper transversalement; elles se déchirent au contraire assez facilement dans le sens de la longueur. Leur couleur est variable du jaune rougâ.tre au brun presque noir.
(J) Dans ce cas, la substance devrait être décrite au chapitre des rhizomes, mais pour ne pas séparer les unes des autres ies diverses sortes d’un groupe très-naturel, nous les réunissons toutes dans le chapitre des racines.
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DES RACINES. — SMILACEES.
A ces caractères extérieurs, se joignent des caractères de structure très-importants et qui permettent de distinguer toujours facilement une Salsepareille vraie des autres racines qui pourraient être données comme telles. On y remarque deux parties , nettement séparées par le cercle de cellules , qu’on nomme] Couche protectrice {Kermcheide des Allemands) . La portion extérieure ou corticale contient : extérieurement, quelques rangées de cellules remarquables par l’épaisseur de leurs parois, épaisseur généralement beaucoup plus considérable dans la partie externe de la cellule, de telle sorte que la mince cavité de cette cellule est assez fortement excentrique et déjetée vers les parois internes. Ces quelques rangées forment les couches que les auteurs allemands ont nommées Épiblema ; nous employerons cette expression qui nous paraît commode. En dedans, l’écorce est formée d’un parenchyme de cellules arrondies ou polyédriques remplies d’une quantité considérable de fécule.
La portion centrale se compose également de deux zones ; la plus extérieure contient de gros vaisseaux entourés de nombreuses cellules fibreuses, dont les parois sont moyennement épaisses; ce tissu ligneux forme, comme dans les Monocotylédones en général, un cercle continu, qui n’est interrompu ni par des rayons médullaires, ni par aucune formation cellulaire plus ou moins étendue. Au centre, un parenchyme, assez irrégulièrement délimité, montre la même structure que le parenchyme cortical.
Quant à la Couche protectrice ou Kernscheide, qui sépare l’écorce du bois, elle est formée d’une rangée de cellules fortement liées entre elles, à parois plus ou moins épaisses, et colorées en brun plus ou moins foncé. Ces cellules présentent des caractères assez différents suivant les diverses sortes commerciales. Tantôt les parois sont toutes à peu près également épaisses, et les cellules coupées transversalement montrent une forme sensiblement carrée ou quadrangulaire, aussi bien dans leur cavité interne que dans leur contour extérieur; tantôt les cellules sont étendues dans le sens radial, leurs
SALSEPAREILLES.
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parois internes et latérales sont plus épaisses que leurs parois externes, si bien que la cavité se montre sur la coupe transversale sous la forme d’un triangle sommet tourné vers le centre de la racine.
Les racines de Salsepareille ont une saveur qui est d’abord fade, mais qui devient âcre au bout de quelques instants. Elles contiennent un principe susceptible de mousser par l’agitation et qu’on nomme Salsepaiine .
Les sortes commerciales sont nombreuses, et il est difficile de les distinguer l’une de l’autre, si l’on s’en tient aux caractères purement extérieurs : la couleur, les dimensions, le plus ou moins de profondeur des sillons sont des signes insuffisants. Mais les caractères de structure viennent singulièrement faciliter celte détermination. Nous avons déjà indiqué les différences que peuvent présenter les cellules de la couche protectrice suivant les diverses sortes. Il y a aussi des différences, dont on peut profiter, dans la largeur relative des diverses zones, surtout dans la portion ligneuse : tantôt, en effet, le cercle du tissu ligneux est très-épais par rapport à la moelle, comme dans la Salsepareille ligneuse et la Salsepareille de la Vera Cruz; d’autres fois au contraire cette couche est proportionnellement très-mince. — Enfin, la forme des cellules de VÉplibléma et le nombre plus ou moins grand de rangées qui composent celte couche peuvent fournir également quelques caractères.
En combinant ces divers moyens de détermination, on arrive â dresser le tableau suivant , qui résume les caractèies distinctifs des principales sortes, celles qu’on trouve habituellement dans le commerce.
1. Cellules de la couche protectrice, étendues dans le sens du rayon, à ouverture in terne Iriangulairej zone ligueuse épaisse.
Racines fortement sillonnées , terreuses au fond
des sillons o8.SalsepareilledelaVera-Cruz.
PtAncHON. — Drogues simples, 3b
DES RACINES. — SMILACEES.
Racines propres à la surface el de couleur rouge ou jaune rouge