CHAPITRE l!l
GOMMES-RÉSINES (G UMMI-BESINÆ).
On désigne sous le nom de Gommes- /lésines des substances, où se trouvent, à l’état de mélange, de la gomme et de la résine. Elles ne sont complètement solubles ni dans l’eau, ni dans l’alcool ; la partie gommeuse se dissout en totalité ou en partie dans le premier de ces véhicules, en formant un mucilage qui tient en suspension les autres principes et donne ainsi une émulsion ; la partie résineuse se dissout dans l’alcool. L’ensemble est beaucoup plus soluble dans l’esprit-de-vin, qui contient à la fois les deux véhicules.
Les Gommes-résines se rencontrent chez un assez grand nombre de végétaux, mais il est certaines familles de plantes qui les fournissent plus spécialement. Les Ombellifères donnent tout un groupe de produits très-semblables les uns aux autres; de même les Térébinthacées, les G u Ltifères, les Eupliorbiacées. Et non-seulement les produits d’une même famille olfrent entre eux de grands rapports, mais on peut distinguer facilement les uns des autres les groupes de produits appartenant à des familles différentes. Aussi, pourrons-nous, dans la distribution de ces substances, tenir grand compte des familles de plantes qui nous les fournissent.
Les organes qui renferment les gommes résines peuvent être aussi très-variés. Nous avons déjà constaté, dans l’étude des Ombellifères la présence de produits semblables dans les racines et dans les fruits, on les trouverait également dans les tiges. Mais on n’exploite guère pour l’extraction que les grosses parties, qui peuvent fournir le suc en assez grande abondance, c’est-àdire les racines et les Liges, les fruits et les organes de petite dimension étant employés en nature. Le plus souvent on pra-
GOMMES RESINES.
tique, pour faciliter l’issue du suc, des incisions pénétrant plus ou moins profondément dans les tissus, parfois même enlevant des tranches entières de la racine ou de la tige.
Les éléments anatomiques, dans lesquels sont élaborés ou déposés les sucs gommo-résineux sont en général de deux ordres.
Tantôt ce sont des canaux secréteurs analogues à celles que nous avons déjà précédemment décrits dans les racines d’Om-
bellifères et de Composées, c’est-à-dire de longues lacunes bordées de tous côtés par de toutes petites cellules. Les ligures que nous joignons ici, d’après le Traité de botanique de Sachs (I), et
Fig» 302. — Canaux sécréteurs de la jeune tige du lierre ( / ïedeva f/elix , en coupe transversale. — A, B, C, montrent de jeunes canaux [g), situ- s a la limite du cambium c, et du liber mou wb ; bois. — I) et K, inoutrent des canaux plus âgés el plus larges y , situés à la limite du liber (h) et du parenchyme cortical (rp).
(1) Traduit sur la üc édition, par Van Tieghem. Paris, 1874. 1 vol. grand in-8° de l200tpages, avec 600 gravures.
qui représentent la formation des vaisseaux sécréteurs dans les tissus du Lierre, donneront bien l’idée de l’origine et de la nature de ces vaisseaux. On voit en A, B, e, quatre ou cinq cellules, remplies de substance granuleuse s’écarter et laisser entre elles un espace g, qui est le canal sécréteur à l’état jeune. Puis les quatre ou cinq cellules se multiplient par division, et forment un canal élargi, qu’on voit dans les figures D et E, et une bordure e d’un tissu spécial, remarquable par les dimensions et le contenu des cellules qui le constituent. D’autres fois, comme dans les racines de Convolvulacées, ce sont de grosses cellules superposées, dont les parois de séparation disparaissent souvent, si bien qu’on a à faire à des sortes de vaisseaux laticifères larges et courts; ces canaux prennent beaucoup plus le caractère de vaisseaux du latex, dans les Euphorbiacées, dont le suc est à vrai dire un véritable latex , et devrait être rangé dans le chapitre des Sucs laticifères desséchés, , si la gomme et la résine ne prédominaient tellement sur les autres principes, qu’ils donnent à la substance son véritable caractère, et le font ranger par les auteurs dans le groupe des substances dont nous nous occupons en ce moment.
La distribution géographique des végétaux qui nous fournissent les gommes-résines est assez curieuse pour devoir être signalée. Tous appartiennent à des pays chauds, et se rangent sur une longue zone, qui s’étend depuis le Maroc, qui nous donne la gomme d’Euphorbe, jusqu’au Cambodge, d’où vient la gomme-gutte, en passant par l’Afrique orientale et l’Arabie, patrie de l’encens et de la myrrhe, les régions de l’Asie Mineure, où croît la Scammonée, et la Perse, centre principal des gommes-résines d'Ombellifères. On voit qu’aucune partie de l’hémisphère austral ne fournit au commerce de gomme-résine proprement dite, pas plus que l’Amérique et l’Océanie.
En Europe, on ne citerait qu’une substance d’importance très-secondaire, la gomme-résine de Lierre, qui ne se produit
Plâncuon. — Drogues simples, t. H. 10
GOMMES-RESINES.
qu’accidentellement sur les gros et vieux échantillons de la région méridionale. — Quant à l’Opopanax, on ne l’a jamais recueilli en quantité appréciable dans le Midi de la France, où croit cependant la plante qui en est l’origine ; mais, comme nous aurons occasion de l’observer pour beaucoup d’autres exsudations, le suc ne peut être obtenu que dans la partie orientale de la région méditerranéenne, en Grèce et dans l’Asie Mineure.
Nous avons déjà remarqué, à propos du suc d’Euphorbe, que la gomme et la résine n’étaient pas les seuls éléments constituants ; il s’y joint des matières analogues au caoutchouc et un principe drastique très-énergique. Dans d’autres cas, la gomme-résine contient une proportion assez considérable d’une huile essentielle, qui donne au produit son odeur spéciale. Tel est le cas des gommes-résines d’Ombellifères et de Térébinlhacées. Ces caractères sont importants pour la distinction des divers groupes de produits. Quant à ceux qui ne contiennent ni huile essentielle ni produits spéciaux, ils peuvent se distinguer assez facilement entre eux par l’apparence de la résine, tantôt fortement colorée comme dans la gomme-gutte, d'autres fois terne et grisâtre comme dans la Scammonée.
Le tableau suivant résume tous ces signes de détermination.