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BAUME DE LA MECQUE

Baume de Judée. Baume égyptien. Baume oriental. Baume de Constantinople ou Gilead. — Balsamum de Mecca. Balsamum Gileadense. Opabalsamum verum.

Le Rauine «le la 3iee«me est produit par le Balsamodendron Gileadensis Kunth ( Amyris Gileadensis L.), et par le Balsamodendron Opobalsamum lv., qui est très-voisin du précédent, et en est peut-être même une simple variété. Cet arbre existe dans l’Arabie Heureuse, du côté de Médine et de la Mecque, où il croît naturellement; de là le nom de Baume de la .Mecque, qu’on donne le plus ordinairement au produit. Mais autrefois, du temps de Théophraste et de Dioscoridc, c’est en Judée qu’on l’exploitait principalement (Baume de Judée); puis ce fut du xic au xvi° siècle, aux environs du Caire, qu’on retira surtout le Baume (Baume du Caire, — Baume d’Égypte). En tout cas, ça é Lé toujours un produit rare, et qu’il a été difficile d’avoir à l’état de pureté.

Les Balsamodendron ont une structure dont nous avons déjà parlé à propos de la Myrrhe. C’est dans la partie interne de l’écorce que se trouvent les canaux résinifères, bordés de cellules,

23S OLÉOUÉSINES ET BAUMES. — TÉRÉBIN'TIIACEES.

qui renferment le suc et le laissent échapper au dehors. Ges données histologiques pouvaient être prévues par les renseignements donnés parles auteurs anciens, tant sur l’aspect extérieur que sur la manière d’obtenir le suc. «Le baumier, dit un auteur arabe de la fin du xnc et du commencement du mii° siècle, a deux écorces : l’une extérieure, qui est rouge et mince; l’autre interne, qui est verte et épaisse. Quand on mâche celle-ci, elle laisse dans la bouche une saveur onctueuse et une odeur aromatique, etc. (I). » L’écorce extérieure est évidemment formée des couches subéreuses et péridermiques, qui restent inertes; l’écorce interne, au contraire, indique par sa saveur qu’elle contient le suc oléo-résineux.

Le bois ne contient pas de résine. Pour obtenir le Baume, on faisait, en effet, des incisions qui n'intéressaient que l’écorce. Dans les exploitations du Caire, que décrit l’auteur arabe, on recueillait avec le doigt le suc qui s’écoulait des blessures ainsi faites, et on faisait tomber la larme au fond d’une corne, où le liquide se rassemblait peu à peu. On épuisait ainsi l’arbre de tout le suc qu’il pouvait donner, puis on enfermait le produit dans des bouteilles qu’on mettait en terre jusque dans le milieu de l’été. On exposait alors les bouteilles aux rayons du soleil et on recueillait l’huile (pii venait surnager à la surface. En répétant plusieurs fois cette exposition du produit à la chaleur solaire, on récoltait toute l’huile qui pouvait se séparer. C’était là le Baume du Caire.

D’après d’autres auteurs, le Baume était obtenu en faisant bouillir dans l’eau les feuilles et le bois du Baumier et en recueillant l’huile qui venait surnager à la surface. Les premières portions d’huile qu’on obtenait ainsi étaient les plus fines et restaient d’ordinaire dans le pays; l'huile plus épaisse, qui se produisait ensuite, était surtout destinée au commerce.

Quoi qu’il en soit de ces procédés d’extraction, lorsque le

(I; Abd-Allatif, libation de l'Egypte, traduit par Sylvestre de Sacy. l’aiL,' I s io.

HAl'ME DE I.\ MECQUE.

Baume de la .Mecque esl pur, il présente les caractères suivants : C’est un liquide sirupeux, d’une couleur gris-fauve, ou d’un blanc jaunâtre, qui se sépare souvent en deux couches : une supérieure, lluide, mobile et presque transparente; l’autre inférieure, opaque et épaisse.

L’odeur du Baume est très-forte lorsqu’on la respire en masse; à l’air et en petite quantité, elle devient beaucoup plus douce cl suave, d’un parfum tout à fait spécial. La saveur est aromatique, amère et acre.

Le poids spécifique du Baume de la Mecque est de 0,95; il est incomplètement soluble dans l’alcool, qui laisse déposer une substance glulineuse ; il est soluble dans l'éther et donne, lorsqu'on le distille avec de l’eau, une assez grande quantité d’huile essentielle.

C’est, avons-nous dit, un produit rare et cher : aussi le falsifie-t-on très-souvent, principalement avec des huiles. Voici les moyens que Guibourl a proposés pour reconnaître sa pureté :

Lorsqu’on fait tomber une goutte de Baume de la Mecque dans l’eau, elle pénètre h travers les couches du liquide, mais elle remonte bientôt à la surface, en raison de sa faible densité. Si le Baume est pur, la goutte s’étale presque instantanément, elle forme un cercle assez large, mais à contours bien nets et bien dessinés, qui rend la surface de l’eau nébuleuse et souvent irisée, à cause du peu d’épaisseur de la couche. Ce cercle est formé d’une foule de globules, qui sont très-uniformément placés à côté l’un de l’autre, et lui donnent un aspect très-homogène dans toutes ses parties. Si , au contraire, on a ajouté au Baume une petite quantité d’huile, la couche mince qui se produit à la surface de l’eau est très-peu homogène; on y voit des points miroitants et transparents, cl les contours du cercle sont très-imparfaitement limités. — Lorsqu’on prend avec un poinçon la couche de Baume, on peut la soulever tout entière, comme une très-fine pellicule, mais à

condition que le Baume soit pur; l’huile empêche l’expéuience de réussir.

Un autre moyen est le suivant : une goutte de Baume liquide versée sur du papier collé ne le pénètre pas et ne lui donne pas de transparence. L’huile grasse surajoutée donne, au contraire, une tache qui rend le papier translucide. Elle donne en même temps au Baume une viscosité, une mollesse particulière, qui l'empêche de se dessécher par l’exposition à l’air, si bien que la couche mise sur le papier, au lieu de devenir, au bout d'une journée, tenace au point de coller fortement deux feuilles de papier ensemble, reste visqueuse, et ne peut retenir les feuillets liés l’un à l’autre.

Ajoutons que le Baume de la Mecque ne se solidifie pas par l’action de la magnésie calcinée, môme lorsqu’on se met dans les conditions d’hydratation favorables, comme le font les térébentines de Conifères et le Baume de Copahu.

Le Baume de la Mecque, contient d’après Bonastre :

Huile essentielle . 10.00

Résine soluble dans l’alcool . 70.00

Résine insoluble (Bursérine) . 12.00

Extrait amer . . 4.00

Substance acide et matières étrangères . 1.00

D’après Tromsdorf :

Huile essentielle . 00.00

Résine sèclie . C i . 00

Résine molle . • . . 4.00

Substance colorante amère . 4.00

L’huile essentielle est fluide, incolore, soluble dans 1 alcool, dans l’éther et dans les huiles. La résine sèche est jaune, translucide, cassante, difficilement soluble dans l’alcool froid, se dissolvant facilement dans l’alcool chaud et dans l’éther. La résine molle est brune, insoluble dans l'alcool.

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