‹ Traité pratique de la détermination des drogues simples d'origine végétaleChapitre 175 sur 331 · BAUME BU PEROU NOIR · texte numérisé non relu

BAUME BU PEROU NOIR

parlent des écorces odorantes du Myrospermum pevuiferum Ruiz (Myroxylon rolnniœ folium Varczewitz), el .M. Weddell dit que l’écorce de cette espèce est imprégnée de suc résino-balsamique. Si on joint à ces données la circonstance indiquée par Ruiz, qu’on fait des incisions à l’écorce de ces arbres pour en obtenir le suc, que nous avons indiqué plus haut sous le nom de Baume blanc liquide, il faut, nous semble-t-il, admettre que les couches corticales ne sont pas étrangères à la production du Baume de Pérou noir.

Quoi qu’il en soit de ces opinions, voici, d’après les renseignements fournis par M. Dorât à M. Daniel ilanbury, comment on opère pour se procurer le Baume.

On commence d’ordinairel’exploitation desarbres auxmois de novembre et de décembre. On bat pour celal’écorce des troncs sur quatre côtés, soit avec un maillet, soit avec une cognée, alin de la faire détacher des couches sous-jacentes. On prend seulement la précaution de laisser intact es quatre bandes intermédiaires, afin de laisser à l’arbre sa vitalité et de pouvoir l’exploiter ainsi plusieurs années consécutives. Cinq ou six jours après, \)ii fait de grandes entailles longitudinales et transversales sur l’écorce ainsi battue, et on en approche des torches enflammées. L’écorce, brûlée à la surface, se détache d’ordinaire dans les sept jours <pii suivent; on la détache artificiellement, lorsqu’elle ne tombe pas d’elle-môme, et l’on voit une exsudation balsamique se faire sur le bois mis ainsi à découvert. Ou garnit alors les larges plaies qu’on a faites de morceaux d’étoffes qui s’imbibent de suc. Quand ils sont ainsi saturés, on retire ces ciblions, on les met dans l’eau bouillante et on les voit se débarrasser peu à peu du Baume, qui tombe au fond de l’eau. En les exprimant, on se procure une nouvelle quantité de produit qu’on joint à celle qu’on avait déjà obtenue. On laisse refroidir l’eau, on la fait écouler et on verse le Baume dans des calebasses. — Si on veut encore le purifier, onle remet dans l’eau bouillante cl l’on enlève avec soin l’écumectlesimpurelésqui viennent flotter à la surface.

D après M. Dorât, les arbres peuvent produire du Damne depuis 1 âge de 3 ans jusqu’à 30. La récolte dure toute la saison sèche, depuis novembre jusqu’en avril. — On a calculé que 100 arbres peuvent donner une récolté annuelle de 230 kilogrammes à peu près, soit en moyenne 2k,30 par pied.

Le Damne, ainsi obtenu, présente les caractères suivants. L’est un liquide de consistance sirupeuse, rappelant la mélassoparson aspect, il est d’un brun noirâtre, lorsqu’il est vu en masse ; d’un brun rouge, vu par transparence. Les couches minces laissent passer les rayons lumineux. Sa densité est de 1,13 à 1,16. 11 ne se solidifie pas et ne s’épaissit pus sensiblement, même avec l'âge, comme le fait le Baume de Pérou. 11 ne montre aucune trace de cristallisation.

L’odeur du Baume du Pérou est forte, aromatique, vanillée; elle rappelle un peu celle du Styrax ; sa saveur est amère et trèsâcre.

Le Baume du Pérou traité par l’eau lui cède une petite quantité d’acide cinnamique, qui donne au véhicule une légère réaction acide. — L’alcool absolu le dissout complètement, mais la liqueur reste cependant légèrement trouble et laisse déposer à la longue une petite quantité de matière pulvérulente. Dans l’éther et dans l’alcool étendu, il n’est soluble qu’en partie, de même que dans les huiles grasses et essentielles.

Le Baume du Pérou a une réaction acide : 5,000 parties de baume saturent 73 environ de carbonate de soude cristallisée. Lorsqu’on traite la substance par une solution alcaline, on en sépare une huile d’un blanc jaunâtre, qu’on a nommée huile de SEu mue du H»ér«u et (jui forme environ les OU centièmes du produit. L’est un corps complexe, dont la nature est très-discutée, et qui parait surtout composé de cinnamcine, c’est à-dire d’une huile liquide, incolore lorsqu'elle est pure, d’une odeur aromatique très-faible, el d’une saveur âcre. — La Linnaménie ne st: volatise qu’en se décomposant; aussi ne peut-on 1 obtenir parla distillation du Baume du Pérou. Un a signalé aussi

BAUME nu PEROU NOIR.

coté île la einnaméine, une petite quantité «le Slyracine.

Lorsqu’on a séparé l’huile du Baume du Pérou, il reste dans la solution alcoolique : de l’acide benzoïque, de l’acide cinnamique, et deux résines dont l’une soluble, l’autre insoluble dans l’alcool étendu.

Les falsifications du Baume du Pérou sont assez fréquentes. On y a ajouté soit de l'ale, oi. soit des huiles grasses ou volatiles, soit encore du Baume de Copahu. Voici quelques-uns des moyens qu’on peut employer pour déceler la présence de ces corps.

Pour l’alcool, le procédé est très-simple : on n’a qu’à agiter le produit suspect avec de l’eau; l’alcool est dissous et le baume diminue de volume, d’autant plus qu'il y a plus d’alcool. En outre, la densité du mélange est notablement plus faible que celle du Baume pur.

Pour les huiles grasses, on peut traiter la substance par l’alcool, qui dissout le baume et laisse libres les huiles; l’huile de ricin échappe seule à ce procédé, parce qu’elle est soluble dans l’alcool.

On peut, pour reconnaître l’huile de ricin aussi bien que les autres huiles grasses, employer le procédé suivant, qui a été proposé par Ulex : on môle ensemble 10 gouttes de baume et 20 gouttes d’acide sulfurique concentré; on traite par l’eau, qui précipite la résine. Cette matière séchée est dure et cassante si le baume est pur : c’est une masse grasse, quand il y a de l’huile.

Le même traitement peut déceler la présence du Baume de Copahu, parce que pendant la réaction il se produit de l’acide sulfureux, facilement reconnaissable à son odeur. D’ailleurs, en étendant d’eau le Baume du Pérou et en le chauffant, on sent assez nettement l’odeur caractéristique du Copahu.

On peut de même reconnaître à l’odeur les huiles essentielles, et aussi à la diminution de densité du Baume, à laquelle elles sont mêlées.

204 OLÉORÉSINES ET BAUMES. — BALSA MIFLUÉES

Nous avons parlé dans l’article précédent d’un a unie* lilane liquide, retiré par des incisions du M yroxylon peruiferum. On a donne un nom analogue, Baume blanc «le San Sonate, îi un produit odorant, qu’on peut retirer des fruits des Myroxylon de San Salvador.

Ces fruits sont des légumes allongés, bordés sur la plus grande partie de leur longueur par une aile membraneuse et terminés par une loge unique, à une seule graine. Tout autour de la loge se trouvent un certain nombre de lacunes, remplies d’une substance balsamique, quiest venue depuis quelque temps en Europe et qui a été surtout employée comme objet de parfumerie. Ce baume blanc de San Salvador arrive dans de grandes cruches en terre, recouvertes d'un réseau de natte; il a la consistance d’une térébenthine épaisse, ou bien plutôt du miel ; il est d’un blond jaunâtre et grenu, un peu nébuleux; avec le temps, la liqueur s’épaissit et se sépare en deux parties, une supérieure fluide, une inférieure opaque, d’aspect cristallin, qui se dissout dans l’alcool. Elle est surtout formée d’une matière neutre, qu’on a nommée Myroxocarpin ?. Ce corps est en cristaux minces et larges, qui appartiennent au système triclinique.

Le Baume blanc de San Salvador a une odeur Lrcs-agréable, qui rappelle celle du mélilot. — ■ Il est peu soluble dans l’alcool, beaucoup plus dans l'éther, et contient, outre la Myroxocarpine, une matière grasse qui paraît provenir des semences de ce Myroxylon.

BALSAMIFI.rÉES.

Les llalsamifl iiôcs ou Wtjpacj Huées donnent â la matière médicale les produits intéressants connus sous le nom de Styrax liquide Ct (le Itauine Li(| iiiilambar. Ci‘S substances bal-amiques sont toutes deux fournies par deux espèces du même genre très-rapprochées l'une de l’autre, au point de vue de leurs affinités botaniques : le Liquidambar orientale Mill., le Liquidumbar styraci/lua L,

STY11AX liquide.

L’une d’elles, Liquidambar orientale Mill., a une aire géographique assez éti'oilement limitée : ou le trouve dans les parties de l’Asie Mineure, placées vis-à-vis des îles de Cos et de Rhodes, et dans la partie septentrionale delà Syrie, le long du fleuve Assy, non loin de l’ancienne Anlioche. L’autre (Liquidambar styractfhm. L.) se trouve en Amérique dans les parties méridionales des États-Unis, la Louisiane et la Floride. Il s’étend aussi dans certaines régions du Mexique. Près de ces deux espèces, s’en Irouve une troisième qui ne donne que des produits très-peu importants pour le commerce : c’est le Liquidambar Altigianum Blume, qui croît à Java et dans les îles de l’archipel Indien.

Les Liquidambars rappellent beaucoup les Platanes par leurs feuilles et leurs fruits : ils les rappellent aussi par la manière dont se détachent de leur écorce des plaques épaisses qui ne laissent au-dessous que les parties internes du liber, réduites à une faible épaisseur. Dans les jeunes tiges et les rameaux, où cette exfoliation n’a pas encore eu lieu, on ne voit dans l’écorce que quelques cellules, remplies de Baume ou de résine, dispersées principalement dans les couches internes; mais dans les vieux troncs le baume se trouve en abondance, aussi bien dans les épaisses cellules fibreuses de la couche libérienne que dans le parenchyme cortical, qui relie entre elles les faisceaux fibreux, cl dans les rayons médullaires qui coupent radialement ces couches. 11 ne paraît pas y avoir d’organe sécréteur spécial : c’est dans les cellules mômes que se fait le produit et peut-être par une transformation de 1 urs parties constituantes. Un tout cas, c’est l’écorce qui contient le baume et c’e^t là qu’on va le chercher dans l’exploitation de la plante.

t). STYRAX LIQUIDE.

Balsamam Slyracis. Balsamum Storacis. SOjvut liquidas seu liquida.

Le fctyrax liquide est retiré du Liquidambar orientale .Mill., en Asie Mineure et dans la Syrie.

2G6 01 I.ORÊSINES ET BAUMES. — BAESAMIFLUÉES.

Lorsqu'on veut l'obtenir, onenlôve l'écorce extérieure de l’arbre cl les plaques, qui sont près de tomber. On les met à part pour s’en servir comme boisodorant, et en faire des fumigations. — L’écorce interne, ainsi mise à nu, onia racle avec un couteau semi-circulaire et on en ramasse une quantité considérable. On lametalors bouillir dans l’eau ; la résine monte àla surface, où on la recueille. On presse ensuite l’écorce bouillie dans des sacs de crin et on recueille le produit balsamique qui filtre à travers le tissu. On réunit ensemble les deux produits ainsi obtenus.

Un autre moyen, indiqué par M. Maltass, et qui a l’avantage de ne pas soumettre le baume à une ébullition prolongée, capable de l’altérer ou d'en diminuer l’activité, consiste à mettre directement l’écorce dans des sacs de crin et â la soumettre à la presse, en jetant dessus de l’eau bouillante. On obtient ainsi la plus grande partie du produit résineux.

Quoi qu’il en soit de ces procédés, le Styrax liquide vient dans le commerce avec les caractères suivants. Lorsqu’il est relativement récent, c’est un liquide épais, de la consistance du miel, un peu visqueux, d’une couleur grisâtre ou gris brunâtre; avec le temps, il s’épaissit, sans cesser d’être coulant. Sa couleur se fonce, il devient d’un gris noirâtre. On le trouve quelquefois séparé, en deux couches bien distinctes : une couche inférieure grisâtre épaisse : une couche supérieure coulante et fluide, de couleur foncée et presque noire. En lames minces, il se dessèche lentement, et ne se solidifie qe’imparfaitement et après un très-long temps.

Lorsqu’on l’examine au microscope, on voit au milieu d’un liquide épais de petits granules bruns, et ci et lâ de grosses larmes transparentes. — Des débris de plantes, dans lesquels on reconnaît des fibres ligneuses, se montrent aussi au milieu de la partie fluide; enfin on peut voir, surtout au moyen de la lumière polarisée de très-nombreux débris de cristaux, et ç i et lâ des cristaux entiers plus gros, tabulaires. — Si l’on étend sur le porte-objet du microscope une petite goutte de

ST VU A X uni IDE.

baume, el qu’on l’expose à une chaleur modérée, on voit sur les bords de la goutte se former de petits cristaux aiguillés de styracine, et dans les grosses larmes transparentes des cristaux en table, qui sont de l’acide benzoïque.

Le Styrax liquide a une odeur très-earactérisée , forte, aromatique, qui rappelle la vanille. La saveur est à la fois aromatique et âcre, avec une légère amertume.

L'alcool bouillant dissout complètement le Styrax liquide, sauflcs impuretés qui y sont souvent mêlées; en se refroidissant, la liqueur se trouble et laisse déposer un précipité, qui est formé surtout de Styracine.

Le Styrax liquide contient une essence qu’on appelle le S I y roi, de l’acide cinnamique et de la Styracine, et une petite quantité de résine. C’est donc un véritable baume.

Le Styrol est une essence liquide, â odeur de benzine ou de naphtaline, d’une densité de 0,924, bouillant à I7d°; très-peu soluble dans l’eau, d’avantage dans l’alcool faible, soluble dans l’alcool absolu, dans l’éther, les huiles grasses el volatiles. Elle se change, lorsqu’on la maintient quelque temps à une haute température, en une substance, solide à la température ordinaire, qu’on a appelée Métastyrol et qui, d’après Kowalewsky, se trouverait en partie dans la résine.

La Styracine, que nous avons déjà signalée dans le Baume de Pérou, est une substance cristal lisable, en lames nonces, incolore, se fondant de 38 à 44°. Elle est insoluble dans l’eau, difficilement soluble dans l’acool froid, soluble dans l’alcool bouillant.

Le Styrax liquide, que nous \cuons de décrire, est celui du commerce. .Mais nous devons signaler un certain nombre de corps qui sont soit un produit plus pur, soit des substances provenant du mélange du styrax liquide avec des matières étrangères.

A. Le produit le plus pur, qui ne vient pas d’ordinaire dans nos pharmacies, est celui que Guibourt a décrit sous le nom de tstorax ii«j uâde pur [Huile de Huchuri ou Huile de Storax de

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Landerer). Ce produit, Ici (pie nous le trouvons à l'Ecole de Pharmacie, est un liquide épais, ne coulant que très-lentement, transparent, mais tenant en suspension un grand nombre de particules qui le rendent un peu nébuleux. 11 a une odeur prononcée de Styrax. Le microscope y montre un grand nombre de cristaux soit tabulaires, soit en aiguilles.

lî C. D’autres Styrax sont au contraire des produits impurs: tels Sont le Storax îîoir et le ^taj-ax en pains «it surillc OU Sciure de hiorax. Le premier est une masse de la consistance de la poix, d'un brun noir, à éclat gras à la surface, à odeur de vanille, se recouvrant parfois à la longue, de petits cristaux brillants. L’autre est en niasses, d’un brun rougeâtre, qu’il est facile de réduire en une sorte de poussière grasse d’un brun noir. L’odeur rappelle celle du styrax liquide, mais elle est plus faible et moins agréable.

D. Enfin SOUS le nom de Storax rouge OU d Ecorce de fttorux on a décrit les écorces, qui ont été pressées lors de la préparation du Styrax liquide , et qui contiennent encore une partie balsamique. Ces écorces sont sous forme de rubans irréguliers minces, appliqués les uns contre les autres, de couleur rouge. Elles ont une odeur parfumée, qui rappelle celle du Styrax, et on y voit parfois des efflorescences cristallines, qui se sont formées à la surface .

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