‹ Traité pratique de la détermination des drogues simples d'origine végétaleChapitre 308 sur 331 · DES SUCS LATICII ÈRES · texte numérisé non relu

DES SUCS LATICII ÈRES

Un certain nombre de plantes laissent échapper de leurs tis>us, lorsqu’on les coupe ou qu’on les incise, un suc opaque, généralement blanc et d’apparence laiteuse, quelquefois coloré de diverses nuances, jaune, rouge, verdâtre. Ce suc porte le nom de Latex. Lorsqu’on l’examine au microscope, on voit qu’il est formé d’une partie fluide tenant en suspension un nombre très-considérable de globules extrêmement ténus : cette portion solide est généralement formée d’une matière molle, élastique, qui constitue le caoutchouc ou des principes analogues. A côté de cet élément qui s’y trouve en plus ou moins grande abondance, suivant les plantes qui fournissent le suc, on y trouve des principes qui peuvent être utilisés, soit comme aliments, soit comme médicaments. Un certain nombre contiennent des matières albuminoïdes, qui leur donnent des propriétés nutritives très-remarquables et les font ressembler au lait des animaux ; tel est le suc du Galactodendron utile Humb. et IJonpl., ou Arbre â la vache, et celui du Tabernœniontana vtilis. D’autres sont extrêmement âcres ou même contiennent des poisons très-énergiques : comme la gomme d’Euphorbe, ou 1’ U pas antiar , suc de 1 ’Antiaris toxicciria de Java. D’autres enfin contiennent des principes médicamenteux, en même temps que vénéneux : tels sont l’Opium retiré des Pavots et le Lactucarium, qui est le suc de la Laitue.

Nous n’étudierons ici que les sucs qui donnent le Caoutchouc, ou des substances analogues, comme la Lutta-pcrcha, et, parmi les produits vraiment médicamenteux, l’Opium et le Lactucarium. Quant â la gomme d’Euphorbe, nous l’avons

DES SUCS LATICIFÈUES.

placée parmi les gommes-résines cause de sa composition spéciale, et nous n’avons pas y revenir ici.

Un assez grand nombre de familles végétales contiennent du latex : parmi celles qui nous intéressent particulièrement , nous citerons les Papavéracées, les Chicoracées, les Sapotées, les Apocynées, les Urticées et lesEuphorbiacées. Les quatre dernières sont plus spécialement riches en globules élastiques et donnent les caoutchoucs et les produits analogues.

Les organes, d’où on peut retirer les sucs du latex sont assez variés. En général on peut dire qu’une plante lalicifère contient ce liquide dans presque tous ses organes : racines , liges, feuilles, fleurs et fruits. Cependant lorsqu’on veut l’obtenir

i iy. 305.

en abondance, on s’adresse particulièrement aux tiges, oii on peut faire des incisions plus larges que dans les autres parties

Fig. ■ 03. — A, coupe longitudinale tangcnticllc à travers le liber de la racine du Scorsomra hispanica ; dans le tissu parenchimateux, cheminent de nombreux vaisseaux laticifères latéralement anastomosés entre eux; — B, une petite portion d’un vaisseau laiieifere avec les cellules de parenchyme qui l'entourent, plus fortement grossie.

DES SUCS LATICIFÈRES. — PAPAVÉRACÉES.

\ÏH

de la plante. Il n’y a guère d’exception que pour l 'Opium, qu’on relire spécialement des fruits du Papaver sommferum L.

Les éléments anatomiques, qui renferment le Latex, ont reçu de leur contenu le nom de vaisseaux laticifères. Ils se distinguent des vaisseaux ordinaires, non-seulement parles caractères spéciaux de leur suc, mais aussi par l'absence de ponctuation, de raies ou de marques semblables sur leur paroi, par leur trajet plus ou moins sinueux, par les branches transversales, qui les relient fréquemment entre eux. Leurs parois sont généralement minces, elles s’épaississent cependant dans quelques familles, telles que les Apocynées et les Euporbiacées. — Le siège de ces vaisseaux dans les racines où la tige est généralement l’écorce, et particulièrement la zone libérienne; on les rencontre quelquefois aussi dans la moelle, et beaucoup plus rarement dans le bois. — Leurs ramifications et leurs anastomoses sont plus ou moins nombreuses ; elles forment parfois un véritable réseau analogue à celui que nous figurons ici (lig. 305).

La distribution géographique des espèces qui nous intéressent est assez variée. Les Lactuca, qui donnent le Lactucarium, viennent dans nos climats tempérés ; le Pavot, qui est originaire d’Orient, a été transporté par la culture jusque dans le nord de la France, où l’on pourrait l’exploiter pour la production de l’Opium, si la main-d’œuvre n’augmentait pas trop le prix de ce produit . — Quant aux espèces qui donnent le Caoutchouc, elles appartiennent toutes aux régions chaudes du globe: on les trouve sous les tropiques, tant en Amérique que dans les Indes Orientales et les îles de la Malaisie.

Il est facile de distinguer entre eux les divers produits que nous avons à étudier dans ce chapitre. Le tableau suivant résume leurs caractères distinctifs :

1. Substances complètement insolubles dans l’eau, sans odeur vireuse.

Substance élastique, ne se ramollissant pas dans l’eau chaude

Page 1