II. - DU RÉVÉLATEUR
Tous les révélateurs dont il peut être fait usage avec une surface sensible déterminée n'ont pas la même énergie, et, pour un même révélateur, l'action réductrice dépend des proportions relatives des diverses substances dont le bain est composé, de la température de ce bain et du laps de temps pendant lequel la couche y est immergée.
En principe donc, la pose doit être réglée suivant la nature du développement.
Il n'y a guère lieu de se préoccuper des variations de ce facteur que pour les plaques au gélatinobromurc, non seulement parce qu'elles sont employées aujourd'hui à peu près exclusivement, mais aussi parce que ce sont les seules dont les modes de développement comportent une assez grande diversité.
En l'état actuel des procédés photographiques, quatre révélateurs sont utilisés pour le traitement du gélatinobromure :
1° Le révélateur au fer;
2° Le révélateur à l'acide pyrogallique;
3° Le révélateur à l'hydroquinone;
4** Le révélateur à l'iconogène.
Rappelons, pour chacun d'eux, le dosage qui donne le maximum d^ énergie :
Révélateur au fer,
Kau I oo
Oxalate neutre de potasse iG
Sulfate de protoxyde de fer 8
Révélateur pyrogallique.
Eau • oo
Acide pyrogallique o , 5
Carbonate de potasse 8
Sulfite de soude 4
78 CHAPITWE V.
Révélateur à Vhydroquinone.
Eau I oo
Hydroquinoiic i
Carbonate de potasse (»
Sulfite de soude \
Bévélateur à Viconogène.
Eau loo
Iconogène 'i
Carbonate de potasse 8
Sulfite de soude 4
On n'est pas d'accord sur le classement à établir entre ces révélateurs d'après leur énergie relative.
Au dire de certains praticiens, le premier est le moins puissant des quatre : l'acide pyrogallique l'emporte sur l'oxalate ferreux, l'hydroquinone est assimilable à l'acide pyrogallique, et l'iconogène est doué d'une action supérieure à celle de ses rivaux.
Si cetle opinion était fondée et si les révélateurs devaient être appliqués brutalement, dans des conditions identiques, il faudrait donc poser moins longtemps en prévision du développement au pyrogallique ou à l'hydroquinone qu'en prévision du développement au fer, et moins longtemps encore en vue du développemenl à l'iconogène.
D'autres opérateurs soutiennent, au contraire, que tous les bains conduisent sensiblement au même résultat.
Il ne serait pas impossible de trancher le débat, en développant comparativement, avec les quatre révélateurs, des glaces de même sensibilité, exposées à la même lumière, pendant le même laps de temps, sous l'échelle photométrique du sensitomètre Warnerke.
Mais le résultat n'aurait guère d'intérêt au ppint de vue de la détermination du temps de pose; car, pour chacun des révélateurs, la puissance réductrice peut varier dans les plus larges limites.
Elle dépend d'abord évidemment de la durée d'action. Toutefois, celle-ci ne saurait jamais être très prolongée; car, au delà d'un certain temps d'immersion dans le bain, la couche de gélatine commence à souffrir et les plaques se voilent.
DES FACTKUnS CHIMIQUES. 70
Elle dépend aussi de la température, dont Télévation active Je développement comme elle active toutes les réactions chimiques. 1-ia plus favorable est celle de -h i8** C. à H- 20" C. ; au-dessus, la gélatine a une tendance à se soulever ou même à se dissoudre; au-dessous, l'action réductrice s'affaiblit. L'acide pyrogallique résiste assez bien à l'abaissement de la température; les autres révélateurs s'en ressentent davantage; Toxalate ferreux, en particulier, perd presque complètement son action au-dessous de -|- 5".
La puissance réductrice dépend enfin et surtout, pour un même révélateur, des proportions relatives des substances dont le bain est composé.
Les dosages indiqués plus haut donnent à peu près le maximum d'énergie pour chaque révélateur.
Cependant, celte énergie peut être accrue quelquefois, dans une certaine mesure, par l'emploi de divers accélérateurs; c'est ainsi que l'addition à l'oxalate ferreux d'une petite quantité d'hvposulfite de soude permet de réduire la durée de la pose.
Mais c'est principalement du côté de Tatténualiou de Taction réductrice que la marge est considérable.
On l'obtient, soit en diluant le bain de développement, soit en y introduisant du bromure de potassium, soit en réduisant la proportion de sulfate pour le révélateur au fer, ou la proportion de carbonate pour les autres révélateurs, etc.
Grâce à ces modifications, il est toujours possible à l'opérateur exercé, surtout s'il est prévenu, de mener à bien une plaque surexposée, le fût-elle fortement.
Rien d'aisé, par exemple, comme d'obtenir deux clichés d'intensité égale avec deux plaques dont les temps de pose sont comme 1 est à 4.
Bien plus, à litre d'expérience, nous avons pu développer convenablement deux glaces, exposées dans les mêmes conditions, mais dont l'une avait posé une seconde et l'autre une minute, soit soixante fois davantage. Nous y sommes parvenu en passant d'abord la plaque surexposée dans un bain de bromure de potassium à 10 pour 100 et en la traitant ensuite, sans lavage intermédiaire, par l'acide pyrogallique, Je développement ayant été commencé avec une goutte de la solution de carbonate.
Donc, au-dessus dUin certain minimum dépose, les révélateurs donnent une très grande latitude.
C^est en tablant sur celle-ci que tant d^amateurs croient pouvoir poser à peu près au hasard. Ils réussissent, il est vrai, quelques clichés par raccroc, mais, le plus souveut, ils sont contraints d'épuiser toutes les ressources du développement et de torturer la plaque pour obtenir un résultat à peine passable.
A notre avis, cette méthode, ou plutôt cette absence de méthode, est absolument détestable; car, en Photographie, une pose exacte; est la condition sine qua non du succès.
Nous croyons qu'il est indispensable, pour le développement comme pour les autres facteurs, de choisir un point de comparaison invariable.
Et nous conseillons au débutant :
\^ De prendre pour base le pouvoir révélateur de Voxalale ferreux à demi-dose de fer y c est-à-dire composé de i6 pour i oo d^oxalate et de 4 pour loo de sulfate;
'2° De régler le temps de pose de telle sorte que les clichés se développent facilement et en quelques minutes dans le bain ci-dessus ;
3*^ Ce faisant, de pencher plutôt du côté de la surexposition que du côté de la sous-exposition.
Les autres formules n'en seront pas moins applicables, mais toute la latitude qu'elles donnent sera réservée :
i" Pour corriger les écarts de pose pouvant résulter d'une erreur commise dans l'application des divers coefficients;
2° Pour tirer du cliché tel ou tel effet;
3" En matière d'instantanéité, où, les plaques étant le plus souvent fortement sous-exposées, ce n'est pas trop de toutes les ressources du développement pour les mener à bien.
DE LA DÉTERMINATION DU TEMPS DE POSE PAR LÀ COMBINAISON DES DIVERS FACTEURS.
Nous devrions mainlenant, pour suivre l'ordre logique et épuiser la liste des facteurs du temps de pose, passer à Tinstantanéité.
Mais le mouvement du sujet à reproduire constitue, en réalité, moins un facteur qu'une cause perturbatrice, et il nous paraît préférable d'en ajourner l'examen pour parler immédiatement de la combinaison des facteurs proprement dits, dont nous venons de terminer l'étude.
Aussi bien, après notre longue analyse, le lecteur doit-il attendre impatiemment la synthèse.
Il ne connaît entore, en effet, que des coefficients épars, sans lien commun, et dont aucun n'indique par lui-même le temps de pose à employer dans tel ou tel cas, car ils supposent tous une unité que nous avons laissée jusqu'à présent indéterminée.
Une fois cette unité connue, il suffira évidemment de la multiplier par les divers coefficients, mais tout repose sur sa détermination préalable.
Comment donc y procéder?
Par l'expérience, et par une expérience bien simple.
Elle consiste à chercher, par tâtonnements, le temps de pose nécessaire pour reproduire, dans des conditions nettement précisées, un sujet quelconque. Ce temps de pose, une fois trouvé, est ensuite réduit à l'unité, pour chaque ordre de facteurs, par un calcul élémentaire.
Voici la marche à suivre.
L'opérateur, se conformant aux indications données au Clia- De C. d'E. <>
pitre IV (^), calculera d'abord, en chiffres ronds, la clarté de son objectif, pour chacun des diaphragmes dont il peut être muni et en prenant pour base la longueur focale principale.
Ce calcul effectué, il placera dans la monture de l'objectif Ihin des petits diaphragmes, Tl chargera ses châssis avec des plaques de même marque et de même numéro de fabrication, c'est-à-dire d'égale sensibilité.
Puis il fera choix d'un sujet remplissant les conditions énoncées page 71 ; une rangée d'arbres ou la façade d'un monument sombre, avons-nous dit.
Il s'en placera à une distance supérieure à cent fois la longueur focale principale de l'objectif.
Il exposera alors, pendant des temps inégaux (-), espacés suivant une progression arithmétique, soit une série de plaques, soit, plus simplement, deux plaques découvertes par fractions successives, comme il est expliqué au Chapitre V (^).
Il aura soin de retenir la date, l'heure et l'état du ciel.
Enfin, il développera sans retard ses clichés, en les immergeant pendant cinq minutes dans le bain d'oxalate ferreux à demi-dose de fer (^(.
Et il notera précieusement celui des temps de pose qui lui aura donné un cliché irréprochable.
Cette unique expérience suffit; mais, comme elle doit servir de base, elle doit être exécutée avec le plus grand soin, et poursuivie jusqu'à l'obtention d'un négatif aussi parfait que possible.
(*) Page 52.
(*) Quelles devront être les durées de ces expositions? Nous ne pouvons évidemment l'indiquer a priori. Voici cependant, en vue de limiter l'incertitude du débutant, une formule faisant connaître, pour le gélatinobromure, le temps de pose autour duquel on devra se mouvoir. Soient P le temps de pose, O la clarté de l'objectif, la pose à employer au mois de juin, par plein soleil, milieu du jour, avec une plaque de sensibilité moyenne, sera donnée approxi-
mativement par la formule P = — — • Avec des plaques de sensibilité extrême, la formule serait P — - • Nous n'entendons parler, cela va de soi, que des pla-
ques fabriquées actuellement.
(') Page 71.
(*) Voir page 80.
Ce résultat obtenu, le temps de pose trouvé sera réduit, par une simple règle de trois, d'abord à l'unité de la Table des coefficients de clarté (Table VI)(*), puis à l'unité de la Table des coefficients d'éclairage (Table II) (^), et enfin à l'unité de la Table des coefficients d'éclat intrinsèque (Table V) (^).
Dès lors, on sera en possession de V unité de pose- cherchée, et l'opérateur n'aura plus à l'avenir, pour déterminer ses durées d'exposition, qu'à la multiplier, suivant les cas, par les divers coefficients que nous lui avons fait connaître.
La méthode exposée, précisons-en l'application par un exemple.
Nous disposons d'un objectif de o^^i'j de longueur focale principale et le diaphragme dont nous l'avons muni mesure 0*^,0067 de diamètre; sa clarté est. donc F/4o.
Nos châssis sont chargés avec des plaques au gélatinobromure, de sensibilité moyenne, des Monckhoven si l'on veut. ^Le sujet choisi est un monument en pierres sombres.
Nous sommes au 20 octobre, nous opérons à 10** du matin et par ciel bleu, mais sans soleil sur le sujet.
Au développement, nous constatons qu'une pose de 12* donne un excellent cliché.
Nous réduisons d'abord ce chiffre à l'unité de la Table des coefficients de clarté (Table VI) : si F/4o exige une pose de 12% F/ 10, l'unité, devra poser, d'après la Table, 16 fois moins.
D'où la proportion
Nous réduisons ensuite ce nouveau chiffre à l'unité de la Table des coefficients d'éclairage (Table II); la Table nous indique qu'en octobre, 10^ du matin, par ciel bleu, sans soleil sur le sujet, la pose est égale à l'unité multipliée par 5,4-
D'où
(') Page 54.
(=•) Page 20.
(») Page 43.
84 chXpitre VI.
Enfin, dernière réduction à l'unité de la Table des coefficients d'éclat intrinsèque (Table V) ; pour un monument sombre le coefficient est 1 2 :
C'est là l'unité de pose cherchée : elle est donc d'environ un centième de seconde.
Nous nous empressons de la noter. Elle nous servira désormais de point de départ constant^ car, quelles que soient les conditions dans lesquelles nous aurons à opérer, il nous suffira, pour trouver le temps de pose, de la multiplier successivement par les divers coefficients.
Supposons, en effet, que nous ayons à utiliser un objectif de o™, 22 de longueur focale, avec diaphragme de o"',oi3, pour photographier en mai, à 5^^ du soir, par temps nuageux et sombre, sur une plaque deux fois plus rapide que la plaque ci-dessus, un dessous de bois à couvert léger, très éclairé.
Les coefficients applicables, d'après les Tables, sont les suivants :
Goefficieiit de clarté (F/17) 2,89
» d'éclairage 38
» d'éclat intrinsèque 4©
Nous multiplions notre unité par ces coefficients :
La plaque employée étant deux fois plus rapide que la précédente, nous devons, en outre, pour tenir compte du coefficient de sensibilité, prendre la moitié du chiffre obtenu, soit 2 5,48.
Le temps de pose sera donc de 25^
Dans l'exemple ci-dessus, comme dans l'exposé qui l'a précédé, nous avons omis, le lecteur a pu s'en apercevoir, un certain nombre de facteurs.
Cette omission a été intentionnelle.
Nous avons volontairement laissé de côté (•) :
(») Voir la Table I, page ^.
i'' Les fadeurs latitude et altitude, parce que nous étions censé opérer en France et à une faible élévation au-dessus du niveau de la mer, le débutant ne pouvant avoir la pensée, pour effectuer ses premiers essais, de choisir la région des hautes montagnes ;
2^ Les facteurs température et constitution des lentilles, dont l'importance est des plus minimes;
3° Les facteurs degré d orthochromatisme et degré de persistance de V impression lumineuse, parce que nous avions affaire à des plaques ordinaires, destinées à être développées immédiatement;
4" Le facteur énergie du révélateur, parce que nous nous en tenions au révélateur à demi-dose de fer, adopté par nous comme étalon.
Nous n'avions pas davantage à faire entrer en ligne rallongement de longueur focale qui se produit en cas de reproduction d'objets très rapprochés (Tables VTI et VIII), puisque nous nous adressions à un sujet distant de l'appareil de plus de cent longueurs focales.
Il en est presque toujours ainsi. L'influence de ces divers facteurs est généralement négligeable, sinon nulle; le débutant n'a pas à s'en préoccuper.
Plus tard, quand il se sera rendu maître de son temps de pose, il utilisera les données que nous lui avons fournies à ce point de vue; mais à ses premiers pas, il est indispensable de lui épargner d'inutiles complications.
Il s'en tiendra donc aux Tables II, V et VI.
Ce serait même déjà beaucoup pour lui que d'avoir à effectuer quatre multiplications au moment d'opérer. Heureusement, trois de ces calculs peuvent être effectués à l'avance.
En effet, l'opérateur peut déterminer une fois pour toutes :
1° Le degré de sensibilité de ses plaques; nous lui avons dit comment et nous lui avons conseillé d'en changer le moins possible ;
2° Les coefficients de clarté pour toutes les combinaisons d'objectifs et de diaphragmes dont il compte faire usage.
Il lui esl donc facile de dresser, avec ces données, et pour l'unilé
86 CIIAPITRK VI.
des coefficients d'éclairage (Table II), une Table des temps de pose applicables, suivant les diverses combinaisons optiques, à tous les sujets compris dans la Table des coefficients d'éclat intrinsèque (Table V).
Il y parviendra en inscrivant, par rangées, les sujets dans une colonne verticale, les combinaisons optiques dans une colonne horizontale, et en plaçant les temps de pose correspondants, exprimés en secondes, aux intersections des rangées (*).
Il n'aura plus alors, sur le terrain, qu'à multiplier le temps de pose indiqué par le coefficient d'éclairage applicable.
Afin d'appuyer ce conseil d'un exemple, nous demandons au lecteur la permission de mettre sous ses yeux la Table des temps de pose que nous avons dressée pour notre usage personnel.
Nous utilisons habituellement, avec notre chambre i3 x i8, une trousse aplanétique comprenant trois principales combinaisons de lentilles, qui sont les suivantes :
Diaphragmes.
Longueurs focales ■■^^»..^-'---.«— — —
Combinaisons. V* principales. >"*. Diamètres.
li o,o33
Aplanétiques I \ ^^ 0,0024
Grand angulaire. 3"" o"*, I4 <. 6i . 0,0047
C'est pour cette trousse qu'a été établie la Table ci-après.
(*) En général, il est inutile de faire figurer sur ce Tableau les sujets monochromes de la Table IV (p. 38), l'amateur n'ayant à effectuer la reproduction de ces sortes de sujets que très exceptionnellement.
Dans rapplication des chiffres indiqués, une fois la durée d'exposilion déterminée, nous négligeons les fractions de seconde, sauf pour les poses très courtes qui nécessitent Temploi d'un obturateur instantané.
A côté de cette Table, et sur la même feuille, nous avons placé :
i" La Table des coefficients d'éclairage (Table II);
2° La formule ijui donne le temps de pose à l'intérieur;
3"* Le coefficient de sensibilité des plaques extra-rapides dont notis nous servons concurremment avec les plaques Monckhoven;
4** Enfin, le Tableau des sujets instantanés, que l'on trouvera plus loin (Table XIV).
L'ensemble constitue un carré de papier d'environ o™, 4o de côté. Nous l'avons fait découper et monter sur toile, comme une carte de géographie portative. 11 peut donc se plier et se placer dans la poche, ainsi qu'un portefeuille.
Tel est notre vade-mecum depuis plusieurs années. Grâce à lui, et en ayant soin de tenir compte des ^observations placées à la suite des Tables II et V, nous posons à coup sûr.
Tablk Temps de pose pour une trousse aplanétique
Par plein soleil; le i\ juin; milieu du jour; latitude
( Voir les observations placées