II. - DES ACTINOMÈTRES ET PHOTOMÈTRES
Les actinomètres, certains portent à tort le nom impropre de photomètres, sont destinés à faire connaître le degré d'énergie de l'action photographique d'une source lumineuse, ce que l'on appelle, avons-nous dit, l'intensité actinique. Ils reposent tous sur un procédé chimique.
Les photomètres, plus modestes, ont seulement en vue la mesurej par des moyens purement optiques, de l'éclat des rayons lumineux proprement dits et se basent sur l'action physiologique exercée par la lumière sur notre rétine.
Parlons d'abord des actinomètres ,
Si nous passons sous silence les appareils de laboratoire que la photographie d'amateur ne peut utiliser, et qui d'ailleurs ne lui sont pas destinés, nous n'avons à signaler que les appareils basés sur l'emploi du papier albuminé nitrate.
Les divers types proposés diffèrent peu les uns des autres.
Dans la plupart, un fragment de papier sensibilisé, celui-là même qui sert au tirage des épreuves positives, est placé entre deux surfaces opaques; une ou plusieurs ouvertures, découvertes au moment où Ton opère, permettent au papier de s'impressionner.
Tantôt le papier est exposé un lemps donné, toujours le même,
à Taclion de la lumière diffuse. Suivant Tintensité actinique de celte lumière, il prend une teinte plus ou moins foncée; la, teinte obtenue est comparée à une échelle de teintes numérotées et graduées du gris le plus faible au noir le plus intense. Une Table permet de déduire de cette comparaison la durée propol*tionnelle de la pose.
Tantôt l'instrument ne porte qu'une seule teinte et le papier est exposé le temps nécessaire pour qu'il acquière une teinte de valeur identique. Les variations dans la durée de cette exposition correspondent, l'expérience l'a démontré, aux variations d'intensité des sources lumineuses.
Quel parti peut-on tirer de ces appareils?
Remarquons d'abord, les inventeurs l'oublient quelquefois, qu'alors même que les actinomètres donneraient des indications satisfaisantes, ces indications, pour être utilisées, devraient toujours être combinées avec les autres éléments du temps de pose : éclat actinique du sujet à reproduire, facteurs optiques, facteurs chimiques.
Mais voici qui est plus grave : la pratique n'a pas sanctionné l'emploi des actinomètres, et cependant bien des photographes en ont essayé, bien des débutants surtout y ont eu recours.
Les raisons de cet insuccès sont multiples.
En première ligne, il faut bien le dire, l'absence totale d'exactitude.
Tous les papiers nitrates sont loin d'avoir un égal degré de sensibilité, et, pour un même papier^ la sensibilité varie suivant la date plus ou moins récente de la fabrication. Première et importante cause d'erreur. Il en est une seconde non moins sérieuse. La composition du sel d'argent du papier n'étant pas identique à la composition du sel d'argent de la plaque, la lumière ne peut avoir la même action sur les deux substances. Aussi la sensibilité du chlorure d'argent contenu dans le papier nitrate n'est-elle pas proportionnelle à la sensibilité du bromure d'argent de la plaque gélatinée. Certains rayons, qui agissent sur celle-ci, n'agissent en rien ou n'agissent pas de même sur celui-là; avec les lumières faibles ou jaunes, par exemple, la sensibilité du papier décroît en plus grande proportion que la sensibilité du gélatinobromure, et
tel éclairage, susceptible d'impressionner la plaque en quelques secondes, n'impressionnera pas le papier, même si on l'y expose indéfiniment. Le terme de comparaison est donc faux.
Joignez à cela l'impossibilité d'opérer avec précision.
Si la lumière est trop éclatante, le papier se colore avec une rapidité qui déconcerte l'observateur; si elle est trop faible, la production de la plus légère coloration demande un temps inadmissible. Dans tous les cas, il est difficile d'apprécier la valeur de la teinte obtenue et de la rapporter à tel ou tel degré de l'échelle photométrique.
De plus, la lumière qui agit sur l'actinomètre, au lieu où se trouve l'opérateur, n'est pas toujours égale à celle qui éclaire le sujet à reproduire.
Enfin, dans les circonstances les plus favorables, l'observation demande quelques minutes et si, pendant ce laps de temps, l'intensité de l'éclairage s'est modifiée, l'on a opéré en pure perte; etc., etc.
Bref, l'on n'obtient rien de bon, en plein air surtout.
Pour les intérieurs, dans des conditions anormales d'éclairage, l'actinomètre peut quelquefois être utilisé.
En pareil cas, étant connue la pose qui serait nécessaire si l'on opérait au dehors, on détermine, à l'extérieur d'abord, puis près de l'objet à reproduire, le temps voulu pour obtenir une impression identique sur le papier sensible et l'on pose proportionnellement. Par malheur, la plupart des intérieurs sont faiblement éclairés, et l'impression du papier sensibilisé est alors tellement lente qu'il faut perdre un temps considérable pour obtenir la plus légère teinte de l'échelle photo métrique. Si l'on y parvient, quand arrive le moment d'exposer la plaque, la lumière s'est modifiée, si même elle ne s'est pas évanouie avec la chute du jour.
Venons-en maintenant aux photomètres proprement dits.
Le photomètre Decoudun en est le meilleur type.
Cet instrument est trop répandu pour qu'il soit nécessaire d'en donner une description détaillée. Il est destiné à faire connaître l'intensité lumineuse de l'image formée dans la chambre noire. On l'emploie, une fois la mise au point effectuée, en l'appliquant.
SOUS le voile noîr, contre le verre dépoli. L'image est utilisée pour éclairer une petite ouverture percée dans deux disques métalliques superposés. Un troisième disque, mobile entre les deux autres, permet de faire défiler devant la fenêtre des points transparents, d'opacité différente. Ils se présentent par série de quatre, dont un d'un plus grand diamètre que les autres. On doit faire mouvoir le disque jusqu'au montent où, les trois petits points ayant disparu, le plus grand reste encore visible.
Il suffit alors de regarder au verso de l'instrument : le temps de pose s'y trouve indiqué.
Ce photomètre a l'avantage de tenir compte, non seulement du facteur lumière, mais aussi du facteur distance du sujet, le sujet étant d'autant plus lumineux qu'il est plus éloigné, et àe^ facteurs optiques.
En revanche, comme il est basé, non sur l'action chimique de la lumière, mais sur son action physiologique, il ne donne la • mesure que de l'éclat des rayons et non celle de leur intensité actinique^ ses indications sont donc insuffisantes ou fausses en ce qui concerne le facteur lumière et le facteur couleur du sujet.
Aussi ne peut-on s'y fier ni le matin, ni le soir, ni en hiver, ni lorsqu'on a affaire à des sujets de couleurs peu photogéniques.
De plus, le résultat de l'observation varie, non seulement suivant la vue plus ou moins bonne de l'opérateur, mais encore suivant l'éclat de la lumière extérieure*, par un éclairage très brillant, il devient impossible de percevoir, malgré l'abri du voile noir, telle série de points transparents que l'on verrait avec netteté par un temps plus sombre.
Le photomètre Decoudun rendrait de meilleurs services si l'inventeur le complétait par une Table des corrections qui doivent être apportées à ses indications suivant l'heure du jour, la saison de l'année et la couleur des sujets.
Tel qu'il est, cependant, cet instrument peut être utilisé : i" avec les plaques orthochromatiques dont nous parlerons ultérieurement; 2" pour les intérieurs sombres, dans les cas, rares d'ailleurs, où il est impossible de se servir d'une formule que nous donnerons plus loin.
Mais, si l'on veut en tirer parti dans les intérieurs, il est essen-
tiel de ne pas adopter aveuglément le temps de pose qu'il indique.
Il faut, au contraire, ne s'en servir que pour déterminer, par voie de comparaison, la différence d'intensité de la lumière intérieure et de la lumière extérieure. Cette détermination faite, on devra tenir compte de tous les autres facteurs du temps de pose, conformément aux Tables que l'on trouvera plus loin.
Autrement dit, le photomètre servira uniquement à déterminer l'équivalent des facteurs : i "* dimensions de V ouverture éclairante ; 2" distance du sujet à V ouverture; 3° nature du vitrage (mais seulement si le vitrage n'est pas coloré).
Si, par exemple, l'instrument indique pour la pose à l'extérieur a* et pour la pose à l'intérieur 3o*, on devra en conclure, non pas qu'il faut poser 3o*, mais qu'il faut poser quinze fois plus qu'on ne poserait à l'extérieur, pour un sujet identique et toutes choses égales d'ailleurs.
Avant de clore l'ordre d'idées qui nous occupe, nous devons dire quelques mots du radiomètre Olivier,
Le radiomètre, bien connu des physiciens, consiste en une boule de verre dans laquelle on a fait le vide et qui renferme un petit moulinet métallique à quatre branches, mobile sur un pivot vertical. Les quatre palettes de ce moulinet sont de petits rectangles en aluminium, dont une face est brillante et l'autre noircie. Exposé au jour, l'instrument se met à tourner avec une rapidité d'autant plus grande que la lumière est plus vive.
Ce phénomène est attribué aux vibrations mêmes de la lumière. On sait, en effet, que, selon la théorie régnante, la lumière est essentiellement constituée par un mouvement ondulatoire; or, l'utilisation de la force dynamique des ondulations lumineuses serait plus complète sur la face noire des palettes, face absorbante, que sur la face réfléchissante, et la rotation du moulinet serait le résultat de cet effort inégal.
M. Olivier a pensé à utiliser cet instrument pour la détermination du temps de pose (*).
(') Méthode pour régler et mesurer l'action chimique des radiations. Note présentée ^ TAcadéinie des Sciences; i885 (^Comptes rendus, t. C, p. 178.)
li part de ce principe qu'il existe un rapport de proportion entre l'intensité des vibrations de la lumière et l'action mécanique qui en exprime la force vive et que, par conséquent, un même nombre de révolutions du radiomètre représente en quelque sorte une même somme de lumière.
Afin de permettre de compter facilement ces révolutions, une des palettes du radiomètre Olivier porte une marque rouge spéciale, et l'équaleur horizontal du globe de verre est divisé en degrés.
Le radiomètre, placé auprès de la chambre noire, est soumis à l'action de la lumière qui vient frapper l'objectif. Il est entouré de lames de mica coloré ou de verres de couleur combinés de manière à ne laisser arriver sur le moulinet que les vibrations actives sur la plaque sensible (ce que nous avons aippelé les rayons chimiques).
On expose alors, dans des conditions déterminées, une plaque sensible pendant le temps nécessaire à l'obtention d'un bon cliché, et l'on note le nombre de tours exécutés par le moulinet pendant la pose.
Cette opération faite une fois pour toutes, l'on est en possession d'une base permettant de ne plus faire intervenir la mesure du temps : chaque fois que, toutes choses égales d'ailleurs, on fera agir la lumière pendant la même durée de révolutions du radiomètre, on obtiendra un cliché identique au cliché type; le nombre de tours des palettes s'accomplira en effet plus ou moins rapidement, selon l'intensité des radiations lumineuses, mais un même nombre de tours représentera toujours la même quantité de lumière.
C'est là, comme on le voit, un procédé fort ingénieux; il peut rendre des services à l'atelier, dans les travaux de reproduction.
A l'extérieur, on ne saurait recourir à l'emploi, trop compliqué, des écrans colorés, et alors le radiomètre, insensible à Tactinisme de la lumière, n'est plus impressionné que par son éclat : pendant les mois d'hiver, et, même en été, dès que le Soleil s'éloigne du zénith, ses indications cessent d'être précises.
Enfin et surtout, c'est un appareil fragile et beaucoup trop délicat pour la photographie d'amateur.
En résumé, pour la pratique courante, nous ne pouvons conseiller V emploi d'aucun de ces instruments.
14 CHAPITRS II.
Le débutant, aux prises avec les difficultés de la pose, se laisse presque toujours tenter par les actînomètres ou photomètres qui lui en promettent la solution. S'il réussît, par exception, quelques clichés, il se heurte le plus souvent à des insuccès dont il ne peut comprendre la cause, et le découragement le gagne vite. Nous n'avons insisté aussi longuement sur ce sujet que pour le mettre en garde contre des déboires inévitables.
S'il veut nous en croire, il arrivera plus vite et surtout bien plus sûrement, en se conformant à nos indications et en faisant usage de nos Tableaux.
Une fois familiarisé avec la question du temps de pose, l'amateur, s'il a à effectuer des travaux d'atelier ou d'intérieur, pourra utiliser soit le photomètre Decoudun, soit le radiomètre Olivier. Mais à ses débuts, il a tout intérêt à ne pas y avoir recours.
Il nous reste à lui faire connaître comment il doit procéder, soit qu'il opère à la lumière du jour, soit qu'il fasse usage d'une lumière artificielle.