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CHAPITRE VII

On prépare en Russie un cuir appelé y ouf te qui possède des propriétés remarquables, notamment de répandre une odeur aromatique assez agréable et le double avantage de ne pas moisir dans les lieux humides et d'être inattaquable par les insectes, et, bien plus, de les éloigner par l'odeur qu'il répand.

Les portefeuillistes, les relieurs surtout et les gainiers en font un très grand usage.

1 . — Tannage. — Les peaux employées à cette fabrication sont généralement des peaux de vaches, de bœufs et de grands veaux. Les peaux sont mises au trempage deux jours lorsqu'elles arrivent fraîches pour les dessaigner; on les débourre à la chaux, les écharne et les travaille de rivière comme à l'ordinaire. Le gonflement s'opère en les laissant séjourner quarante-huit heures dans un bain contenant :

200 litres d'eau.

2 kilos de farine de seigle.

1 kilo de farine d'avoine.

100 grammes de levure.

200 — de sel.

On immerge 20 peaux dans cette mixture.

Les peaux sont passées dans de petites cuves de passement renfermant du jus faible d'écorces de saule, de pin ou de bouleau, on les y laisse quinze jours en ayant soin de les lever et de les laisser égoutter deux fois par jour. On plonge ensuite les peaux dans une cuve pleine d'une décoction d'écorce de saule, ou d'un me-

lange d'écorces de chêne, de saule, de pin ou de bouleau. Les saules employés sont : leSalix inerea, le S. caprea, le 5. arenaria, le 5. russeliana, le S. capraca, le S. pentendra. On laisse les peaux huit jours en les montant et les abattant deux fois par jour; on les met dans un jus plus fort huit autres jours en les levant deux fois par jour. Les cuirs sont suffisamment tannés. On les rince, les égoutte et les met essorer.

2. — Graissage. — La mise en huile se fait en étendant les peaux sur une table, la chair en dessus, et en y appliquant dessus un mélange d'huile de phoque et de thrane (huile de bouleau) : deux tiers de thrane et un tiers d'huile de phoque, pour les cuirs peu épais ; on mélange parties égales. On étend le corps gras soit avec un chiffon, soit avec la main. On passe ensuite une légère couche d'huile de bouleau sur la fleur.

On foule les cuirs pour les assouplir.

3. — Thrane ou huile de bouleau. — Cette huile empyreumatique, qui communique au cuir de Russie ses propriétés odorantes, est obtenue par la distillation de l'écorce de bouleau mélangée au ledun palustre ou andromède polyphille.

L'écorce de bouleau est résineuse et incorruptible. On cite, dans les forêts inexploitées des Carpatheset de la Russie, des bouleaux morts de vétusté dont l'écorce, restée debout, forme un tube creux dont la partie inférieure est remplie des détritus de bois rongé par les xylophages.

L'andromède (Andromeda polifolia) est un genre de plante de la famille des tricacées, très voisin des bruyères, croissant au nord de l'Europe et en Russie, où on s'en sert pour donner un noir brillant aux soieries. Les feuilles renferment jusqu'à 24 p. 100 de tannin.

La distillation s'opère de plusieurs manières :

1° On emplit une chaudière du mélange d'écorce de bouleau et d'andromôde, on met le couvercle, qui est bombé et percé d'une ouverture par laquelle passe un tuyau en fer communiquant avec le fond d'une chaudière de mêmes dimensions; on lutte avec soin les ouvertures. On retourne les 2 chaudières de manière que

celle de dessus contienne l'écorce. On enfonce la chaudière de dessous en terre, on recouvre celle qui est en dehors avec un mélange d'argile et de sable ; on l'entoure alors d'un feu de bois que l'on alimente jusqu'à distillation complète. On laisse refroidir l'appareil, on le délute, on trouve dans la chaudière inférieure une huile brune d'une odeur très forte mêlée à du goudron et à un peu d'acide acétique. On réunit plusieurs opérations dans un même vase, on élimine les parties aqueuses et acides et on sépare le goudron de l'huile.

2° On recueille les exfoliations blanches qui se détachent de l'ôcorce du bouleau, on épiderme, en temps de sève, on les empile en forêt où on les laisse jusqu'en hiver. En n'employant que les parties blanches on obtient une huile moins colorée.

On les met dans des caisses rectangulaires en tôle, réunies en batteries de 15 à 20; on chauffe ces caisses à feu nu en ayant soin de n'augmenter la température que peu à peu. Les produits dégagés se rendent par un tuyau dans une série de tonneaux où se recueille le goudron ; l'opération dure vingt-quatre heures.

3° Les méthodes d'obtention de l'huile de bouleau se sont considérablement perfectionnées depuis quelque temps ; on se sert beaucoup en Russie, aujourd'hui, de l'appareil à distiller dit suédois. Cet appareil se compose (fïg. 73) d'une chaudière en tôle forte A, d'une capacité de 10 mètres cubes, encastrée dans un massif en maçonnerie. Le foyer est latéral et les flammes circulent dans des carneaux b b b, avant de s'élever dans la cheminée d'appel. La chaudière est munie de 2 fonds bombés; le fond supérieur porte un trou d'homme g par lequel on charge la chaudière et un tube à col de cygne <i aboutissant à un récipient sphérique B', réuni par un tuyau vertical h à un deuxième récipient sphérique B, dans lequel tombent les liquides goudronneux condensés ; le fond inférieur porte une ouverture à laquelle s'adapte le tuyau c, qui amène directement dans le récipient B les liquides goudronneux qui s'écoulent de l'écorce en cours de distillation.

Du récipient supérieur B' les produits volatils non encore condensés se rendent par le tube / dans un serpentin S entouré d'eau froide pour achever de condenser les vapeurs liquéfiables.

1,000 kilos cTécorce donnent :

Huile de bouleau . 500

Acide pyroligneux 200

Charbon 200

1,000 kilos de bois de bouleau :

Charbon 2o4

Pyroligneux 533

Goudron 25

Pour avoir l'huile pure on distille le goudron et l'huile brute de la même manière en fractionnant les produits.

Pig, 73.

4. — Teinture. — On étend les peaux sur la table, la fleur en dessus, on y passe le mordant, qui est une dissolution d'alun à 5 p. 100, à 3 reprises différentes. On passe dessus une décoction de bois de santal et de Fernambouc à 1 degré Baume, soit un mélange de cochenille et de brésil ; cette teinture se passe à la main ou à la brosse ; on doit en moyenne passer 4 couches pour obtenir un beau rouge ; on les passe à intervalles assez éloignés pour que la couche précédente soit bien pénétrée et sèche.

On remplace quelquefois la couleur rouge par le noir ; on opère comme il a été dit aux cuirs noirs.

Après teinture les peaux sont empilées pendant deux jours pour qu'elles perdent leurs plis; elles sont étirées, imbibées de nouveau du côté de la chair avec le mélange d'huile de bouleau et de phoque y et on frotte énergiquement du côté de la fleur avec un morceau de flanelle trempé dans le même mélange.

5. — Grainage et quadrillage. — Le cuir de Russie renferme plusieurs qualités : le cuir malia quadrillé en parallélogrammes, le cuir drayé en carrés ; le cuir verhock a un grain à losanges ; le cuir uni est lisse. On pratique ces grains comme il a été dit pour les vaches rougés. On brosse le cuir avec une brosse rude, on le fait sécher et on le met en presse.

En Russie le cuir porte le nom de jufti; la traduction française est y ouf te, et le mot allemand est juften ou juchten.

Les qualités du cuir de Russie proviennent et du mode de tannage et de l'huile de bouleau. Le cuir tanné à l'écorce de saule possède déjà une odeur qui est variable suivant la saison, la température. On a essayé à donner au cuir tanné avec l'écorce de chêne l'odeur du cuir de Russie en le préparant de la même façon et en l'enduisant d'huile de bouleau fabriquée méthodiquement, on est arrivé à imiter parfaitement le cuir de Russie, mais il manque encore une chose ; c'est la durée de la conservation de l'odeur, qui s'en va peu à peu; cela tient à ce que le tannage n'est pas fait à l'écorce de saule ou de bouleau qui apportent une certaine part d'odeur dans le constituant du cuir.

1. — Huile de bouleau. — MM. Grouvelle et Duval, qui sont les premiers fabricants qui ont apprêté les cuirs français à la façon de Russie, préparaient l'huile de bouleau en distillant l'écorce dans un alambic en cuivre, muni d'un récipient plongeant dans l'eau froide pour condenser les produits. 100 kilos d'écorce leur donnaient 60 kilos d'huile odorante. M. Payen a modifié le procédé précédent en disposant, au fond d'un fourneau A (fig. 74), un

récipient sphérique M dont on fait passer la tubulure à travers la paroi inférieure du fourneau pour l'engager dans la tubulure d'un récipient N pour recevoir les produits de la distillation. Le fourneau est soutenu par 2 briques b h posées sur la planche que soutiennent les 2 tréteaux c c.

On a préalablement rempli le matras M avec l'épiderme d'écorce de bouleau ; l'on bute le col du matras avec un peu de terre, on met du sable dans le fourneau jusqu'à / f, on pose par-dessus le matras un toit hémisphérique en tôle ou en terre et enfin on place les charbons au-dessus que l'on allume ; 2 ouvertures d d fournissent l'air de la combustion. L'huile ne tarde pas à se former par la chaleur et à distiller per descensum dans le récipient inférieur N. L'huile est d'abord claire et devient de plus en plus brune au fur et à mesure que l'on touche à la fin.

Quarante minutes suffisent pour une opération.

Industriellement on peut se servir de l'appareil employé en Russie pour faire le Thrane.

2. — Teinture. — Pour faire le cuir imitation de Russie, on choisit les plus belles peaux bien tannées, à fleur fine et bien apprêtée, on y passe dessus une teinture rouge végétale à base de bois de Brésil, en se servant des compositions indiquées à la Teinture des cuirs.

M. Wagmeister, de Poggstall, se sert comme mordant de la composition d'étain, et comme colorant une décoction de bois de Fernambouc additionné de crème détartre. Les peaux ne sont huilées que du côté de la chair, comme il a été dit, foulées, essuyées au chiffon de laine, et la fleur encore demi-humide est battue avec soin ; lorsque les peaux sont parfaitement sèches, on les travaille à la paumelle ; on les frotte deux ou trois fois avec le mordant, on les teint aussi deux ou trois fois avec le bain de teinture encore

chaud. Cette couleur rouge est très solide et dure autant que la peau.

On teint du côté de la chair, on humecte la peau, onl'étend, la hat, la sèche et enfin on lui donne une couche de gélatine sur la Heur. On peut également employer les apprêts dont nous donnons la composition à la Teinture des cuirs.

Toutes les autres opérations se font comme il a été expliqué précédemment ; on emploie en moyenne 750 grammes à 1 kilo d'huile de bouleau par peau de vache. L'huile doit être mélangée avec de l'huile de baleine.

CUIRS VERNIS

IIONGROYAGE. — MÉGISSERIE. — GIIAMOISERIE MAROQUINS. — PARCHEMIN FOURRURES. — CUIRS ARTIFICIELS

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