II. TANNAGE DU MAROQUIN
1. — Confit. — Les peaux sont mises dans un confit de son, contenant 200 grammes de son par peau; on les laisse un jour dans ce confît tiède. Quelques-uns emploient les fientes, mais, nous le répétons encore, une immersion dans l'acide lactique ou carbonique remplit le même but et gonfle la peau plus uniformément.
Au sortir du confît on choisit les peaux; les plus belles sont destinées à être teintes en clair, les autres en foncé ; on en fait 2 lots séparés.
2. — Teinture rouge. — On teint quelquefois les peaux en rouge avant de les tanner. Cette méthode, uniquement employée autrefois, disparaît de plus en plus depuis la nouvelle découverte de colorants solides et facilement applicables. On les plie en 2, chair sur chair, on coud les bords aussi exactement que possible. On les plonge dans un mordant de chlorure d'étain étendu et tiède, on les laisse un quart d'heure, on les laisse égoutter, on les tord, on les recoule au chevalet. On met dans une chaudière de l'eau, de l'alun,
de la crème de tartre et 400 grammes de cochenille par 12 peaux, on porte à l'ébullition, on filtre à travers un linge fin, on divise le bain en 2 parties égales. On met les peaux dans la teinture en les agitant pendant une demi-heure, on les remet ensuite dans la seconde portion du bain encore une demi-heure; on les rince et on les tanne.
3. — Tannage. — On tanne les peaux à la Hotte au sumac et à la noix de galle, lorsqu'elles doivent être teintes en couleur claire ; pour les peaux foncées on ajoute du cachou et autres matières tannantes riches bon marché.
On coud ensemble, chair contre chair, des peaux de mouton ou de chèvre, ayant à peu de choses près, les mêmes dimensions, on en forme un sac auquel on laisse une ouverture par laquelle on introduit du sumac et par laquelle on insuffle de l'air pour gonfler le sac, on referme l'ouverture, on jette les sacs ainsi préparés dans une cuve de forme conique évasée vers le haut, ayant 3 mètres de diamètre vers le haut, 1 mètre en bas et lm,50 de hauteur. Dans cette cuve on met de l'eau et du sumac ; l'agitation des sacs se fait à bras d'homme au moyen de longs bouloirs; après six heures, on renouvelle l'eau de la cuve, et on la remplace par une nouvelle eau et du sumac. En trente-six heures les peaux sont tannées.
On a remplacé à Paris l'agitation à bras d'homme par la coudreuse. Les cuves sont rondes, en forme de tonneau, ayant 2m,50 de longueur, sur 1 mètre de diamètre ; sur leur longueur on a pratiqué une ouverture de 2 mètres de longueur sur 40 centimètres de largeur; cette ouverture est surmontée de rebords en forme de trémie. C'est dans la trémie qu'est placée la coudreuse ou le moulin à ailettes.
Aujourd'hui on est convenu de tanner les peaux sans les coudre dans des foulons dans lesquels on met le sumac, l'eau et les peaux. Le foulon tourne lentement le jour, on l'arrête la nuit et on le laisse tourner le lendemain ; le soir ou le surlendemain matin les peaux sont tannées.
On emploie 100 kilos de sumac par 100 peaux.
Comme on a affaire ici à un tannage ordinaire, les mêmes ob-
servations que nous avons faites «sur le tannage sont utiles ici, nous n'avons fait que mentionner les particularités du tannage du maroquin. Il faut toutefois avoir égard à obtenir des peaux blanches, par leniploi de tannins peu colorés : sumacs, noix de galle, valonées, etc.
4. — Ebuttage. — On rince les peaux au sortir du tannage pour les débarrasser du sumac adhérent, on les foule au tonneau, on ébutte la peau au moyen d'une machine à lisser. On les passe au palisson comme pour la mégisserie.
5. — Défonçage. — Les maroquiniers ne tannent pas tous les peaux, ils les reçoivent toutes tannées. Ils n'ont qu'à les faire revenir au foulon en ayant soin de bien les purger, on les écharne sur le chevalet, enfin on les bat au bloc, ou mieux on les fait tourner à sec au foulon un quart d'heure, puis à grande eau dix minutes.
Les peaux ébuttées ou défoncées sont mises au séchoir pour les essorer, ou mieux à l'action de la presse hydraulique.
On passe à la teinture, qui est la préparation la plus importante et à ce sujet nous allons entrer dans quelques détails sur la préparation des mordants, des couleurs naturelles et artificielles.