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DU MAROQUIN

1. — Bois de campêche. — Le bois de campêche, appelé bois d'Inde, bois noir, bois bleu, etc., est fourni parle tronc de YHematoxylon campes trianum, qui croît au Mexique et aux Antilles.

On distingue dans le commerce les variétés suivantes: 1° le campêche d'Espagne; 2° le campêche delà Jamaïque; 3° le campêche de Saint-Domingue et d'Haïti; 4° le campêche d'Honduras; 5° les campêches de la Martinique et de la Guadeloupe. 11 arrive en grosses bûches, que l'on découpe avec la découpeuse par bouts ; cette trituration revient à 1 fr. 25 les 100 kilos.

Le teinturier achète le bois tout trituré ; il le fait cuire ensuite. Mais avant il est utile de lui faire subir une fermentation qui en développera la couleur; à cet effet on l'étalé sur le plancher dallé

d'une chambre, sous une épaisseur de I mètre, on l'arrose avec de l'urine, ou mieux avec une solution contenant p. 100 une partie de chaque matière suivante : phosphate d'ammoniaque, glucose et colle. On renouvelle les surfaces à la pelle en confectionnant les tas; on a soin d'établir un courant d'air pour éviter une trop forte élévation de température. Cette fermentation dure quatre jours.

Dans une chaudière en cuivre, on fait bouillir 400 litres d'eau, 10 kilos de campêcheet 500 grammes de craie, pourmontcrlacouleur après une heure de bouillant on soutire le liquide et on en remet autant, on fait bouillir encore une heure, on soutire le liquide que l'on mêle au précédent. On obtient ainsi 20 litres d'extrait de campôche avec 1 kilo de bois ; c'est cette solution qui est employée dans les ateliers de corroierie et de maroquinerie sous Je nom de campêche. On ajoute un peu de bichlorure de mercure ou de biiodure de mercure pour l'empêcher de tourner et de fermenter.

On trouve des extraits de campêche dans le commerce à 10, 20, 30 degrés Baumé, ou secs. Nous n'en conseillons nullement l'emploi, au contraire, ces extraits sont toujours falsifiés ou additionnés de matières nuisibles à la peau. Comme exemple voici comment se fabrique l'extrait n° 1 du Havre, àitpur:

Extrait de campêche pur 90

Mélasse 4

Sel 2

Châtaignier • 3,500

Craie, blanc d'Espagne 0,500

La proportion de ces matières monte rapidement, tandis que l'extrait de campêche pur diminue de plus en plus, pour arriver au sandford qui renferme 50 p. 100 de campêche n° 1, mélasse 25 p. 100, dextrine 10 p. 100, châtaignier 12 p. 100 et sel 3,50 p. 100. On doit donc éviter d'employer cette drogue qui crasse la peau.

Une matière qui mérite de fixer davantage l'attention des teinturiers, c'est Xhématine, c'est-à-dire la matière colorante du campêche plus ou moins bien isolée et débarrassée de la matière incrustante qui souille l'extrait. Voici la composition :

Hématine américaine.

Hématinc française.

Hématoxyline . . . .

Hématine

Matières insolubles. .

Eau

Hématoxyline. . . .

Hématine

Matières insolubles .

Eau

L'hématinc anglaise renferme 95 p. 100 d'hématine et d'héma-

La matière colorante normale du bois de campêche est Y hématine (Chcvreul, 1810), ou hématoxyline; par oxydation à l'air ou en présence des alcalis, elle s'oxyde et donne Y hématéine.

Les caractères de la solution de campêche sont les suivants : les acides étendus la font virer au jaune, les acides concentrés au rouge, les acides sulfureux et carbonique au jaune; les alcalis donnent du rouge et du rouge violet. La chaux, la baryte, la magnésie, le zinc (oxyde) donnent des précipités bleus, l'aluminate de soude, précipité bleu violacé; le sel d'étain, précipité bleu violacé; le bichlorure, précipité rouge violacé, les sels de zinc en pourpre foncé.

On s'en sert principalement pour la teinture en noir.

2. — Bois de Brésil. — Le bois de Brésil est produit par le Cœsalpinia crista (Lin), croissant aux Indes orientales, dans F Amérique méridionale et aux Antilles. On distingue : 1° le bois de Fernambouc, le plus estimé, vient de Paraïbo, au Brésil et à la Jamaïque; colore Teau en beau rouge ; 2° le bois de Brésil (C. brasiliensis), moitié moins riche que le précédent ; 3° le bois de Sainte- Marthe (C. echinatos) , vient de Sainte-Marthe et de la Sierra- Nevada, plus riche que le précédent ; 4° le bois de Nicaragua se rapproche du précédent ; 5° le bois de Sappan ou du Japon (C. sappan) vient de Chine, du Japon, des Indes, des Antilles, du Brésil; G0 le bois de Lima n'est qu'une variété du sappan ; 7° le brésillet (C. vesicaria) vient de Flnde, la Guyane, la Jamaïque et Bahama, qualité inférieure; enfin les bois de Manille, de Californie, de Colombie, de Bahia, sont autant de variétés en général peu estimées. Nous citerons encore le Cam-ivood, autre variété venant de Sierra-Leone, le mance, le bar-vood et le chica.

On le triture, on en fait des décoctions et des extraits comme

toxyline.

avec le campôchc. On le fait fermenter avant de l'employer ; la décoction de brésil se fait avec 20 parties d'eau pour 1 partie de bois.

La matière colorante de ce bois est la brésiline, qui s'oxyde à l'air en donnant la brcsiléine.

3. — Bois de santal. — Que l'on appelle encore santal rouge, caliatour, corail tendre, barwood ; est produit par le Pterocarpus santalinus ou indiens, croissant dans les Indes orientales, à. Ceylan, à Timor; il nous arrive de Calcutta. On traite ce bois comme les précédents. La matière colorante, la santaline, est insoluble dans l'eau froide; solubledans l'alcool, les alcalis, l'acide acétique. La décoction se prépare en ajoutant à l'eau du carbonate de soude;

I kilo de bois donne 15 litres de jus.

4. — Bois jaune. — Nommé mûrier des teinturiers, bois de Brésil jaune, vieux fustic, bois de Cuba; est produit par le Mo?*us tinctoria, qui croît aux Indes orientales et dans l'Amérique du Sud.

II y en a 5 variétés principales : le bois de Cuba, le meilleur; le bois de Tampico, plus clair; le bois de Saint-Domingue; le bois de Tuspan ; le bois de Maracaïbo.

On le traite comme le campêcbe, sans fermentation.

Le bois jaune renferme 2 matières principales : un tannin particulier, l'acide marin tannique, ou maclurine, et une matière colorante jaune, le morin.

5. — Bois de fustet. — Appelé fustet, fustic, bois jaune de Hongrie; est produit par le Rhus cotinus, qui croît dans le midi de la France, aux Antilles, à la Jamaïque. La matière colorante jaune qu'il renferme est la fus line.

6. — Quercitron. — Est l'écorce du chêne quercitron, Q. nigra ou iinctoria, qui croît dans l'Amérique septentrionale.il donne un beau jaune pur. La matière colorante qu'il renferme est le quercitron ou acide quercitrique.

La quercetine s'obtient en acidulant la solution d'acide quercitrique par l'acide sulfurique ; la quercetine se précipite sous forme

de flocons jaune citron, insolubles dans l'eau, solubles dans alcool et acide acétique chaud.

La flavine ou flavin est de la quercetine, elle colore soixante fois plus que le quercitron.

La chryséine n'est qu'une modification en pâte de la flavine, elle colore un quart de moins.

7. — Epine-vinette. — L'épine- vinette est d'un grand emploi en teinture pour donner une couleur jaune et le lustre aux peaux. L'épine-vinette, nom vulgaire du Berberis, est un genre de plantes de la famille des berbéridées, arbres épineux qui croissent dans les régions tempérées du globe. Le Berberis vulgaris, ou vinettier, ou épine-aigrette, donne une racine tannante dont l'écorce renferme un principe jaune, la berbérine, qui donne un beau jaune sur le cuir. On le trouve dans le commerce en extrait à 5 degrés Baumé.

8. — Rocou. — Le rocou est produit par4le Bix orellana, qui croit dans la Guyane, la Guadeloupe, les Indes orientales ; il nous arrive de Cayenne. Il arrive tout préparé en pains de 1 ou 2 kilos. Il perd de sa couleur en vieillissant.

Son principe colorant, la bixine, est à peine soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et les alcalis caustiques. Pour l'employer, on le fait dissoudre dans du carbonate de potasse à 2 p. 100.

9. — Graines d'Avignon. — Ou de Perse; sont les baies produites par un arbrisseau, le nerprum des teinturiers (Rhamnus infectorius), croissant dans le midi de la France et de l'Europe. La graine d'Avignon vient du comtat Yenaissin, celle de Perse et d'Andrinople vient d'Orient. Celle de Perse est la plus estimée. On nomme graine quatre quarts celle qui est divisée à sa surface par 3 méridiens et graine trois quarts, celle qui n'a que 2 méridiens. La matière colorante renfermée dans cette graine est la Chrysorhamnine, qui se dédouble par l'action de l'eau et donne la xanthorhamninc.

40. — Jaune indien. — Cette substance, qu'on nomme aussi pur-

rée, vient de l'Inde et de la Chine. On ignore ce qui la produit. On y a reconnu Y acide cuxanthique, soluble dans les alcalis.

11. — Carthame. — Provient des fleurs Carthamus tinctorius, croissant dans l'Inde, l'Egypte et le midi de l'Europe. Ces fleurs renferment 2 matières colorantes, une d'un très beau rose, la carthamine ou safranum, et l'autre, beaucoup abondante, est jaune; elle n'a aucune valeur. On enlève cette matière jaune par une macération dans l'eau froide qui la dissout entièrement. Pour extraire la carthamine, on lessive les fleurs lavées avec de l'eau renfermant du carbonate de soude, qui dissout la couleur, d'où on peut la précipiter par un acide en saturant l'alcali.

Le précipité ainsi obtenu est d'un beau rose ; on le nomme rose végétal.

12. — Cochenille. — La cochenille,' Coccus cacti, est un petit insecte qui vit sur les cactus nopals qui sont cultivés à cet effet dans les nopaleries du Mexique, de Saint-Domingue, de Port-au-Prince, des Canaries et en Algérie. Les insectes sont récoltés en raclant les feuilles avec des couteaux émoussés ; on étouffe ensuite les insectes dans l'eau bouillante et on les met sécher au soleil. On distingue dans le commerce 2 variétés principales de cochenille ; les cochenilles fines ou Grana fina, les plus recherchées, qui proviennent des cactus cultivés, les meilleures sont les Mestèques du Honduras et les Zaccatilles des Canaries, la seconde variété comprend les cochenilles sauvages ou Grana sylvestris, provenant des cactus sauvages.

La matière colorante de la cochenille est la carminé, ou acide carminique.

Le carmin de cochenille est de la cochenille débarrassée de ses principes inertes ; elle se trouve en masses informes.

La cochenille ammoniacale est obtenue en faisant digérer la cochenille avec de l'ammoniaque; la matière colorante se combine avec l'alcali en donnant un nouveau corps, la carminamide, qui est rouge tirant sur le violet et n'est plus modifiée par l'action des mordants.

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