VII. TEINTURE AVEC LES COULEURS NATURELLES
1 . — Teinture en noir. — Cette teinture repose sur la formation du tannate de fer sur la peau. Comme le cuir renferme déjà du
tannin, il suffit d'y passer un sel de fer pour provoquer la combinaison. Nous avons donné les procédés qu'on emploie dans ce cas dans la fabrication des cuirs noirs; nous y renvoyons le lecteur. Nous allons nous occuper de la teinture en 2 temps, c'est-à-dire l'emploi du campêche et d'un sel de fer ou tout autre mordant. Toutes ces teintures s'appliquent à la brosse.
4° Le plus simple consiste à passer une première couche de campêche additionné de 1 à 2 p. 100 dalcali volatil; lorsque la peau est bien rouge, on y passe du pyrolignite de fer ou de la couperose. On a un noir bleu, capable de pousser au sel.
2° On passe sur la peau une solution de bichromate de potasse (un dixième) additionnée de 2 p. 100 d'alcali, on brosse ensuite avec une décoction de campêche, puis ensuite avec un mélange de vitriol bleu et de vitriol vert. La peau est tout à fait noire.
3° On passe successivement sur la peau le rouge composé et le noir composé :
Rouge composé. Noir composé.
Campêche ... 100 Eau 100
Bois jaune ... 10 Bichromate 5
Sumac 10 Pyrolignite de fer. . 50
Alcali volatil . . 2
4° On emploie le même campêche que précédemment, mais on emploie l'un des 2 mordants suivants que nous avons choisi parmi les meilleurs que nous ayons vu employer :
Sulfate de fer. . . .
Sulfate de fer . . .
— de cuivre . .
— de cuivre. .
Bioxalate de potasse.
Tartre
Alun
Chlorure de cuivre .
Acide oxalique . . .
Eau
5° Nous avons dit qu'il fallait rejeter autant que possible les mordants de fer à acides forts. Voici la formule du rouge et du noir que nous faisons appliquer dans plusieurs maisons. On brosse la peau avec du bichromate de potasse mélangé avec de l'alcali
volatil, on y passe le campêche et ensuite le noir, dont voici le
dosage :
Campêche. Noir.
Campêche 100 Acétate de fer . . . 8
Bois jaune 5 Crème détartre . . 1,500
Noix de galle. ... 5 Alun 0,500
Ammoniaque. ... 2 Chlorure de cuivre . 1,500
Sucre 0,500
Eau 100
Le sucre est pour donner du brillant au noir au lissage.
Apprêt pour noir. — Tous les noirs ci-dessus donnent le noir bleu ; on les lave bien à l'eau claire et froide, on laisse essorer et applique l'apprêt suivant avec une brosse de la même manière qu'on a passé le colorant :
Eau 10 litres.
Borax 500 grammes.
Gomme laque 750 —
Nigrosine 750 —
Cet apprêt a pour but de donner au noir un ton plus foncé, de le sceller dans la fleur, de manière que le cuir paraisse complètement teint et pour qu'il puisse résister à l'humidité et ne jamais prendre un reflet grisâtre désagréable.
2. — Teinture en fauve. — Les nuances fauves sont très variées et vont depuis le ton noisette clair jusqu'au chocolat. Ces teintes sont obtenues avec le cachou.
La nuance amarillis se donne en passant au cachou (5 kilos pour 100 litres d'eau; on y ajoute 200 grammes d'acide sulfurique) ; on passe au brésil ; on termine par un bain au chromate (100 eau, 3 alun, 0,5 chromate).
On peut encore passer au cachou (5 p. 100) ; au chromate (2 p. J 00) et au santal (un vingtième).
La nuance caroubier s'obtient en passant au cachou, ensuite au bois (brésil 1, bois dinde 1, eau 1, alun 2 p. 100),
La nuance cannelle s'obtient avec un bain de cachou (cachou 3 p. 100, alun, 1,500 p. 100, sulfate de cuivre 0,150 p. 100), on termine par un bain de chromate (eau 100, chromate 2, cristaux de soude 1).
Aventurine. — Bain d'alun (S p. 100) et bain jaune (eau 100, rocou 1, quercitron 1, potasse 1).
Bronze. — 1° bain de cachou (eau 100, cachou 4, chromate 0,500, vitriol bleu 2) ; 2° bain de pyrolignite (0,5 p. 100) ; 3° bain jaune (eau 100, quercitron 2, alun 1).
Grenat. — 1° Bain de cachou comme ci-dessus, 2° passer à la composition d'étain (10 p. 100), 3° au bain de bois (brésil 10, campêche 2, composition d'étain 0,1).
Chair. — Bain : eau 1,000, cachou 1 à 2, quercitron 1, alun 1, chromate 0,2.
Cka?nois. — Bain : eau 1,000, cachou 2, brésil 2, alun 2. Brun. — Bain : eau 100, cachou 5, chromate 0,500, sulfate de cuivre 150.
Brun foncé. — Même, plus 60 grammes sulfate de fer.
Marron. — l°Bain cachou (eau 100, cachou 2, alun 0,250, sulfate de cuivre 0,750) ; 2° bain de chromate (0,5 p. 100) ; 3° bain d'étain (1 p. 100 de sel d'étain); 4° bain de bois (campêche 2, brésil 1,500, quercitron 0,500).
Ces compositions sont extrêmement variables; elles dépendent du tannin employé dans le tannage, de la couleur du cuir ; le teinturier est toujours obligé de faire un essai en petit pour obtenir exactement la teinte qu'il désire ; qu'il nous suffise de lui avoir donné les principes avec lesquels on peut faire les nuances fauves et brunes. L'emploi des couleurs artificielles a été d'un grand secours dans cette partie de la teinture qui n'est pas la moins importante, comme on serait porté à le croire.
Voici deux nouvelles formules de provenance anglaise : chamois: faire bouillir: 100 eau, 1 crème de tartre, 0,500 bois jaune, 0,000 cochenille et 350 grammes dissolution d'étain ; teindre dans ce liquide ; cannelle : faire le bain comme suit : eau 100, bois jaune 5, alun 1,500, tartre 1,500, santal 2, garance 1, acide sulfurique 1,500, carmin d'indigo 0,250.
3. — Teinture en bleu. — La teinture des cuirs en bleu ne se fait qu'avec le carmin d'indigo. On commence par mordancer la peau avec : eau 100, crème de tartre 2, alun 2. On trempe ensuite dans le colorant composé de : eau 100, carmin d'indigo 2,
crème de tartre 2. Si Ton veut un bleu rouge, on ajoute 0,200 de cochenille ammoniacale.
4. — Teinture en rouge. — La teinture en rouge des cuirs est très importante. On a un grand choix dans les matières.
Ecarlate. — 1° On mordance avec : eau 1,000, crème détartre 5, cochenille 0,500, dissolution d'étain 5 ; 2° on donne le rouge avec : eau 1,000, crème de tartre 3, cochenille en poudre 100, dissolulion d'étain 15. En faisant varier les proportions de cochenille et de dissolution d'étain on a les nuances d'écarlate diverses.
Pour faire l'écarlate avec le kermès, on mordance avec : eau 100, alun 5, tartre 2,5 ; on teint dans la solution neutre de kermès additionnée de moitié de dissolution du mordant. Il est peu employé.
Il n'en est pas de même de la laque, qui donne une teinture solide et très belle sur la peau. 1° On passe au mordant de : eau 100, tartre 2, dissolution d'étain pour écarlate 2 ; 2° on passe au colorant en ajoutant au même bain : lac-dye 1,500, solution d'étain 1,500; 3° on avive au bain de : eau 100, tartre 2, solution d'étain 4, lac-dye 2. On peut ajouter 10 p. 100 de la laque de cochenille pour aviver la nuance et monter 1 ecarlate.
Cramoisi. — Se fait au seul bain de : eau 100, alun 5, crème de tartre 2, cochenille 2, solution d'étain 0,5.
Le cramoisi au brésil se fait : 1° en passant à la dissolution d'étain ; 2° au colorant : bois de Brésil 30 et campêche 1 ; 3° on avive en ajoutant au colorant 0,500 d'étain dissous.
Ponceau. — Le ponceau se donne : 1° avec : eau 8, solution d'étain pour écarlate 8, cochenille 0,200, curcuma 0,200 ; 2° avec : eau 8, solution d'étain 2, cochenille 1, tartre 0,500. Le ponceau à la lac-dye se donne : 1° bain de tartre à 5 p. 100, solution d'étain 1 p. 100 ; 2° lac-dye 5 p. 100.
Groseille. — On passe au bain : eau 100, crème de tartre 2, alun 1, cochenille ammoniacale 1.
Rose. — Passer au bain : eau 100, tartre 2, alun 0,500, cochenille ammoniacale 0,250.
Ou encore : 1° bain : eau 100. alun 1, acide sulfurique 1, sel d'étain 1 ; 2° fernambouc 20, potasse 0,500.
MAROQUINERIE 399 Rouge coquelicot. — 1° Eau 400, rocou ï>. potasse 0,500 ; 2° passer à 1 etain à 5 degrés Baume ; 3° passer au brésil ; 4° aluner.
Rouge au bois. — 1° Eau 100, rocou 5, potasse 0,5 ; 2° aluner ; 3° bois de Brésil ; 4° dissolution d etain à 3 degrés Baumé.
On peut encore passer au rocou comme ci-dessus, passer à la dissolution d etain à 15 degrés, puis au brésil.
5. — Teinture en jaune. — On mordance avec : eau 100, alun 5, crème de tartre 1, et on passe dans les colorants suivants ?
Epine-vinette à 5 degrés Baumé. On peut remployer sans mordancer. Meilleur procédé.
Gaude : 1 de gaude pour 10 d'eau et 0,2o de cristaux. Le fustet s'emploie de même que la gaude. Le quercitron de même.
6. — Teinture en vert. — On donne un bain d'indigo et ensuite un des bains jaunes précédents. Le jaune se donne au bois jaune ou au fustet. En fonçant le bleu ou le jaune on obtient des verts jaunes et des verts très clairs ou des verts jaunes. En passant à l'indigo les jaunes fauves, on obtient des verts bronzes de nuances variées.
7- — Teinture en violet et lilas. — On donne un bain de rouge et un bain de bleu, on varie l'intensité et la nuance de cbacun d'eux pour avoir des tons différents.
Les oranges se font par la combinaison du jaune et du rouge.