VIII. TEINTURE PAR LES COULEURS d'aNILINE
1- — Généralités. — Les couleurs artificielles ou d'aniline remplacent avantageusement les précédentes par des couleurs plus vives, plus nettes, plus chatoyantes et n'exigent que peu de manipulations. Elles n'ont besoin d'aucun mordant, le principe tannique du cuir forme le meilleur mordant qui leur soit nécessaire. On ne doit employer que les couleurs solubles à l'eau et ne se se; -
vir d'aucun dissolvant acide ou alcoolique pour les appliquer sur la peau,, ces derniers étant toujours nuisibles. Un bain légèrement alcalin est bien employable.
Pour augmenter le pouvoir dissolvant des couleurs peu solubles au moyen du bois de Panama ou de la saponaire d'Egypte, on fait bouillir ces substances dans Peau, on les retire, et on ajoute le colorant, que l'on fait bouillir, puis tiédir, pour l'employer.
On compte 50 grammes de colorant par peau, on fait bouillir la matière tinctoriale vingt minutes avec l'eau pour bien la dissoudre. Quelquefois on rehausse la couleur, comme pour la coralline, avec un peu de borax ; cette précaution est souvent très utile.
Chaque couleur doit être employée séparément. Lorsqu'on veut combiner les nuances de 2 couleurs, on le fait dans des bains séparés et faibles.
Lorsque la couleur ne prend pas bien, on retire du bain de teinture et on mordance de la noix de galle au vingtième ou du sumac au dixième. On recommence ensuite la teinture.
Nous avons donné dans le Tableau des couleurs artificielles les couleurs qui sont employées pour le cuir et les teintes qu'elles donnent, ainsi que les principales propriétés ; nous n'y reviendrons pas. Nous ajouterons que l'on combine les nuances pour arriver à des tons spéciaux intermédiaires, et dont le mélange ne se fait que par tâtonnements successifs en essayant sur de petites bandes de cuir jusqu'à ce que l'on soit arrivé au ton voulu.
2. — Fixation des couleurs. — Les couleurs artificielles sont plus solides sur cuir que sur soie; néanmoins, pour empêcher toute altération, on les tanne, en y passant dessus un corps fixateur. On emploie une solution de bichromate au vingtième ; on devra se rappeler que ce sel brunit le rouge, le nankin et le jaune. On peut remployer seul ou mélangé avec du nitrate de fer, ou mieux du chlorure de cuivre. Le bain fixateur se donne entre 2 bains de teinture et après la teinture.
3. — Teinture mixte végétale et artificielle. — On commence souvent à appliquer sur le cuir une teinture végétale aux bois, ou à la cochenille ou à la laque, puis on termine par une teinture
aux couleurs artificielles qui rehaussent la couleur. Quelquefois 2 teintures sont de teintes différentes.
Les couleurs artificielles prennent très bien sur les couleurs naturelles; le contraire n*a pas lieu.
4. — Teinture des cuirs gras. — La teinture des cuirs gras présente quelques difficultés. Nous allons prendre pour exemple la teinture rouge, qui est la plus employée de toutes pour les vaches rouges et le cuir de Russie. Ces cuirs sont généralement 2 teints à la brosse.
1° On dégraisse la peau avec une solution d'alcali volatil ou mieux de carbonate d'ammoniaque à S p. 100. On en frotte bien la peau dans toutes les parties, on asperge la surface de la peau avec de la solution alcaline et on la laisse ainsi trois ou quatre minutes. On lave avec de l'eau douce (pour éviter de former le savon calcaire), on recommence à passer l'alcali, et on termine par un rinçage en règle.
2° On teint au rouge de bois comme il a été dit. On lave.
3° On passe la solution de galle.
4° On passe au rouge d'aniline additionné de borax et de saponaire.
o° On passe au chlorure de cuivre.
6° On passe au rouge d'aniline seul et fort.
7° On passe au chlorure de cuivre étendu.
Ce qui se fait pour le rouge se fait pour les autres couleurs.