X. RÉSERVES ET IMPRESSION SUR LE CUIR
1. — Réserves. — On appelle réserves certaines préparations que l'on applique sur le cuir avant la teinture pour les préserver du bain colorant dans lequel les cuirs sont teints, comme sil s'agissait d'obtenir une nuance unie : toutes les parties touchées par la réserve resteront couleur cuir, tandis que le reste du cuir se teint.
On peut imprimer des réserves de toutes formes et de tous dessins; on les applique généralement à la planche. Voici la compo-
sition de 2 réserves, Tune claire et l'autre épaisse, présentant toutes les qualités demandées pour une bonne impression :
Réserve claire. Réserve épaisse.
Colophane 8 k. 8 k.
Cire jaune 400 gr. 400 gr.
Blanc de baleine 500 — 600 —
Suif 400 — 400 —
Essence de térébenthine ... 15 litres. 6 litres.
Alcool o . 2 — 1 —
On fait fondre les matières grasses ensemble, on^retire du feu, on ajoute l'essence, et lorsque la température est baissée à 60 degrés, on incorpore l'alcool. La réserve est faite ; on l'appelle couleur.
La couleur s'applique sur le cuir bien retenu sur la table, suivant les contours et places déterminés par le modèle ; lorsque le dessin est gras, on rapplique deux ou trois fois la couleur au même endroit. On saupoudre le cuir de terre de Sommières, pour empêcher les parties non imprimées d'être touchées par celles qui le sont.
On met sécher sur réserve à l'étuve.
On teint au bain à froid. Les couleurs d'aniline conviennent spécialement pour ce genre de teinture : les couleurs végétales demandent trop de manipulations.
On démonte ensuite la réserve, c'est-à-dire il faut l'enlever de dessus le cuir. On laisse sécher sur réserve, on étend le cuir sur une table à rebords, puis on passe dessus une éponge imbibée d'un mélange à volumes égaux de benzine et d'éther de pétrole, jusqu'à ce que toute la réserve soit enlevée. On peut faire l'opération dans un turbulent. Le dissolvant est recueilli et rectifié pour en retirer les corps gras qu'on peut employer de nouveau et la benzine que l'on emploie pour une nouvelle opération. Dans chaque opération il y a une perte de dissolvant qu'on évalue à 15 ou 20 p. 100.
On obtient ainsi des dessins couleur cuir sur fond coloré. Mais si préalablement le cuir avait reçu une teinture rose, par exemple, et que la teinture sur réserve soit bleue, on obtiendra des réserves roses sur fond bleu. On peut varier à l'infini les combinaisons de ce genre.
On peut faire 2 réserves de couleurs différentes sur un môme cuir. Supposons qu'il s'agisse de mettre des roses couleur rose avec des feuilles vertes sur fond noir. La peau sera teinte en rose; on appliquera des réserves ayant la forme des roses ; on teindra en vert, on appliquera des réserves ayant la forme de feuilles et on teindra en noir. On enlèvera les réserves et on trouvera les roses avec leurs feuilles.
Nous avons vu appliquer 6 réserves de couleurs différentes sur un même cuir.
Ces procédés ne sont pas sans difficultés, ils demandent de la part de ceux qui les exécutent de grandes connaissances de teinture. On doit commencer par les teintes claires et terminer par les nuances foncées. Souvent les couleurs se contrarient par leur superposition ; on a recours à des bains modificateurs ou décolorants pour les changer.
2. — Réserves de couleurs. — Dans ce cas la réserve est mélangée avec une couleur qui se fixera sur le cuir après démontage de la réserve : on imprime donc directement la réserve et la couleur qu'elle doit représenter.
On compose la réserve-couleur avec :
Colophane . 4
Cire jaune 0,400
Blanc de baleine 0,500
Suif 0,500
Albumine 0,500 à 20 p. 100.
On y incorpore le colorant, insoluble dans l'eau, en solution concentrée dans l'alcool.
Les matières à employer sont les suivantes : le jaune de Martius, la coralline jaune, la phosphine, le violet Hoffmann, la fuschine, la safranine, le bleu à l'alcool, le vert méthyle, le noir à l'alcool, etc.
On démonte à la benzine comme il a été dit. Disons en passant que les rongeants et les résistes nq peuvent pas s'appliquer sur cuir.
3. — Impression directe du cuir. — L'impression directe du cuir
se fait facilement, étant tout mordancé les couleurs se fixent directement ; nous parlons des couleurs artificielles. Le liquide tenanl en dissolution les couleurs en quantité variable suivant le ton à obtenir est épaissi par fun des épaississants suivants :
Pour 10 litres de solution colorante, on emploie 500 grammes de gomme du Sénégal, ou 200 grammes d'amidon ; ou mieux on épaissit avec de la gélatine de peau de gant blanche. On peut encore employer la gélose (extraite des lichens).
L'application du dessin se fait au bloc ou à la planche, outil composé d'une pièce de bois de poirier ou de sycomore, sur laquelle est gravé en relief le dessin que l'on veut imprimer sur le cuir. Celui-ci est placé sur une table formée par un madrier de lm,50 de longueur sur 80 centimètres de largeur, maintenu par 6 pieds fixes de 1 mètre de hauteur ; sa surface est extrêmement plane. Auprès de la table à droite est placé le baquet à couleur composé d'une caisse en bois blanc de 50 centimètres de côté et de 15 centimètres de profondeur, remplie à moitié de fausse couleur, formée par une dissolution de gomme très épaisse ; on place sur cette fausse couleur une toile cirée, tendue sur un châssis, que l'on recouvre avec un drap fin rosé, tendu sur un second châssis, sur lequel on étend la couleur épaissie au moyen d'une longue brosse plate, le plus uniformément possible. On applique la planche sur le châssis de drap, et on la porte ainsi, chargée de couleur sur ses reliefs, sur le cuir bien retenu, en ayant soin que les dessins appliqués à chaque fois s'accordent avec ceux du coup de planche précédent.
On porte au séchoir pendant trois jours à 25 degrés.
4. — Couleurs d'application. — Les couleurs d'application sont des couleurs simplement déposées sur le cuir. On emploie les couleurs à l'état de laques ou de poudres colorées végétales ou minérales, insolubles dans l'eau.
On prépare la pâte d'applique avec 1 litre d'eau dans lequel on ajoute 250 grammes de glycérine, on délaye 100 grammes de la laque, on ajoute 350 grammes de gomme et 1 litre d'une solution préparée avec 500 grammes d'albumine sèche.
On applique à la planche, on laisse sécher légèrement et on
termine en trempant les cuirs dans une solution de sumac peu colorée, dans laquelle on les laisse quatre heures sans les agiter. On fixe par le même procédé des couleurs solubles.