XI. FINISSAGE DU MAROQUIN
1. — Essorage. — Les peaux en sortant du bain de teinture, sont saturées du bain colorant. Pour en exprimer rapidement le liquide qui les imbibe, et pour recueillir celui-ci, on fait passer les cuirs entre 2 cylindres qui, par leur pression, chassent le liquide colorant qui retourne au bain de teinture. Ces 2 cylindres sont montés sur une table dont le plan est de niveau avec leur point de contact; les peaux sont étendues sur la table et poussées entre les cylindres. Cet appareil prend les noms de : machine à essorer, table-presse, rouleau sécheur, etc.
Les peaux sont mises au foulon pour les laver et enlever les traces de colorant libre. Lorsque le liquide sort clair, on les foulonne à sec dix minutes. On les retire du foulon, on les passe à la machine à essorer et on les met sécher à cheval sur des barres de bois.
2. — Mise en huile. — On imbibe les peaux d'une légère couche d'huile de lin, 5 p. 4 00 du poids de la peau environ. On met les peaux par douzaine sur la table, la fleur en l'air, les grandes dessous et les petites dessus ; avec une éponge trempée dans l'huile contenue dans un vase à proximité, on passe légèrement sur toute la surface de la peau. Les peaux sont mises en pile deux heures fleur sur fleur. On les met ensuite de nouveau à la sèche.
L'huile de lin employée doit être bien clarifiée et ne doit renfermer aucun mucilage qui resterait à la surface et ternirait la couleur. L'huile de lin d'un an est préférable ; elle est dépouillée de tous les principes mucilagineux. Il est d'usage dans les bonnes maisons de laisser reposer l'huile en cave au moins un mois, le tonneau est penché en arrière et le robinet se met du côté où le tonneau est élevé, pour ne soutirer que la partie la plus claire.
On commence à employer de nos jours l'huile de vaseline, qui est une huile minérale retirée du pétrole.
Cette huile en se desséchant donne du corps et du poids à la peau.
Les peaux sont portées sécher au séchoir.
3. — Apprêtage. — On commence à drayer le cuir du côté de la chair pour bien l'égaliser. On passe à la surface de la peau des compositions ayant pour but d'adoucir la fleur, de monter le lustre et de faciliter le lissage. Nous donnons ci-après les compositions employées à cet effet :
/ Eau
Eau
\ Potasse .
Carbonate d'ammo-
( Cire
( Œufs
Cire minérale . . .
j Savon de résine .
Œufs
( Eau
Glycérine . . . • .
Eau
Eau
Huile de coton . .
Ammoniaque. . .
Ammoniaque . . .
Huile de ricin. . .
Jaune d'œuf. . . .
Eau
Eau
Ammoniaque . . .
Glycérine
Glycérine
Jaune d'œuf. . . .
Jaune d'œuf ....
On peut employer les gélatines brillantes et des compositions dont nous avons donné les formules au cuir blanc. Signalons encore la gomme laque dissoute dans le borax à laquelle on ajoute la couleur correspondant- à celle de la peau ; la graine de lin (colle) sucrée, l'albumine sucrée, etc.
4. — Apprêtage de chair. — On colle les chairs avec de la colle de graine de lin additionnée de glycérine.
On donne du corps aux cuirs à chapeaux en les imbibant du côté de la chair avec la composition suivante :
Eau 40 litres.
Alan 125 grammes.
Glycérine 500 —
Dextrine 200 —
On emploie aussi la gélatine molle, obtenue en additionnant la gélatine de peau de gant de glycérine et d'huile de ricin alcoolique.
Une solution de lactarine dans l'eau, à raison de 100 grammes par litre produit aussi un bon effet.
5. — Lissage. — Le lissage a pour but de lustrer la peau et de la rendre uniforme et solide. On emploie pour cela la machine
Fig. 89.
à lisser (fîg. 89). Un petit cylindre en verre de 0m,10 sur 0m,8 de diamètre est monté librement sur un axe horizontal, lequel est fixé à l'extrémité inférieure d'un long battant en bois B B, dont la téte est articulée en haut près du plafond à une longue latte horizontale à ressort, C C, qui parcourt tout l'atelier et cède à la
moindre pression. L'extrémité de la latte est tixée à une bielle D que commande une poulie P. La peau est placée dessous l'outil, sur un chevalet en bois Iv K, portant une latte à ressort L L, fixée par ses deux bouts aux deux extrémités exhaussées du chevalet. Le battant en appuyant sur cette latte lui donne une courbure dont le centre est l'articulation supérieure de la latte. On retient la peau à la main et on la présente successivement au passage à la lisse. Disons en terminant que l'ouvrier varie la pression en appuyant sur la pédale 0, qui, par l'intermédiaire de la corde M M, soulève légèrement la lisse et peut l'enlever complètement pour l'empêcher de frotter sur la latte lorsqu'on change la peau. La machine que nous avons représentée est double. Les peaux qui doivent rester lisses sont Unies.
6. — Grainage. — Les peaux qui doivent imiter le chagrin sont grainées par les procédés usuels. On donne d'abord pour les grosses peaux à l'aide de la paumelle fine à 150 dents pour monter le grain. On termine au liège en long et en travers. La paumelle prend encore dans les ateliers le nom de bois à crisper. On développe le grain d'orge, le grain en losange, le grain cassé, le grain quadrillé, etc.
A la place de la paumelle on peut employer la machine à battants, dans laquelle on a remplacé la lisse de verre par un rouleau en métal (en acier ou en bronze) présentant en creux le quadrillage et les grains que l'on veut reproduire en relief. On se sert plus particulièrement des machines à imprimer composées de deux rouleaux, l'un inférieur, uni, l'autre supérieur, gravé en creux et imprimant en dessins variés la fleur de la peau. On donne cependant préférence au chagrinage à la main.