‹ Traité pratique de la fabrication des cuirs et du travail des peauxChapitre 199 sur 221 · II. — COURROIES A MAILLONS OU CHAÎNES EN CUIR · texte numérisé non relu

II. — COURROIES A MAILLONS OU CHAÎNES EN CUIR

On croit généralement que ces courroies sont d'invention toute récente; c'estune erreur, car elles datent déjà de plus de trente ans. À cette époque, M. G. -M. Roullier, de Paris, en tenta l'essai avec de petits maillons en cuir longs d'un pouce et demi (5 centimètres) et larges de 2 centimètres environ, percés de 2 trous à égales distances des bords et réunis par des barrettes en fer, rivées à leurs 2 extrémités. Le but de M. Roullier était surtout l'économie, et c'est pourquoi il se servait de rognures sans emploi dans les manufactures de courroies. Il perfectionna son procédé et alla, en 1862, en Amérique, où il se fit breveter et tenta de répandre ses produits. Ce fut presque un événement; tout d'abord, plusieurs expériences en furent faites, mais on reconnut bientôt que les courroies Roullier n'étaient pas applicables aux machines à grande vitesse américaines, et elles furent abandonnées comme impraticables. L'inventeur se reporta alors sur l'Angleterre, où il obtint quelques succès, car ses courroies s'accommodaient mieux des machines moins rapides qui s'y emploient. Ces courroies sont aujourd'hui très répandues dans le Royaume-Uni; plusieurs perfectionnements importants y ont été apportés et on en fabrique dans presque toutes les manufactures.

En 1882, M. W. Hall fit breveter en Amérique une nouvelle courroie qui se composait de maillons en cuir et d'autres en acier. La méthode consistait à intercaler un de ces derniers après 3 ou 4 maillons en cuir, de façon à donner plus de force à l'ensemble.

COU RHO ICS 52f«

Dans la pratique on reconnut vite les défauts de ce système. En effet, au bout de peu de temps, le cuir s'allongeait et tout l'effort ne se portait que sur les mailles en acier. Sous cet effort les mailles d'acier coupaient bientôt les barrettes rivées, et la courroie se rompait en pièces. L'invention n'avait donc aucune valeur.

En 1884, une compagnie de Chicago prit un nouveau brevet pour une courroie dans laquelle les trous des maillons étaient garnis d'un revêtement métallique, analogue aux œillets de souliers. Un effet semblable à celui de Hall se produisit; ces œillets, par le frottement, finissaient par détruire les barrettes de jonction et la courroie était bientôt hors de service. Cette deuxième invention n'avait donc pas plus de valeur que la première.

Enfin, en 1887, une nouvelle invention est venue donner la solution si longtemps désirée; elle a été l'objet d'un rapport lu devant une Société d'ingénieurs civils à New-York. Cette courroie à maillons a été adoptée par de nombreuses usines américaines.

Quels sont les principes qui ont permis d'obtenir un tel résultat ? Tout d'abord, Roullier faisait une erreur en usant des rebuts, des déchets de cuir, car, dans une courroie à maillons comme dans une chaîne de fer, si une des mailles est défectueuse, la chaîne tout entière est mauvaise. Il est donc d'une importance capitale que les maillons ne soient faits que de cuir de premier choix. Ensuite, le cuir doit être très flexible sans que sa solidité ou sa ténacité soient cependant attaquées, autrement il s'allongerait et casserait. Ces conditions sont de la plus grande importance, et c'est faute de les avoir observées que les tentatives signalées plus haut n'ont abouti qu'à des échecs. Le cuir qu'employait Roullier était dur, raide et rude ; il croyait, en effet, que plus le maillon était dur, plus grande était sa force de résistance extensive; des expériences récentes ont démontré tout le contraire de cette conviction.

Ici, le cuir est saturé d'une composition de suif, d'huile de pied de bœuf et autres matières grasses qui en augmentent la souplesse et la force.

L'assemblage des maillons a aussi son importance ; ceux-ci doi-

vent être choisis bien réguliers comme épaisseur et ceux des bords doivent être fraisés pour l'admission des rivures. Les figures 110 à 112 montrent clairement, quel est le mode de réunion des maillons

Fi*, uo.

Fig1. 113.

qui a été adopté. Les figures 110 et 111 représentent une courroie ronde ou corde de cuir, dont nous avons donné la coupe transversale dans la figure 112.

La figure 113 montre un des maillons qui la composent. Ces maillons se font avec une machine à découper analogue à celle qui sert pour les semelles. Les dimensions de chaque maillon sont variables avec la force et la grandeur de la courroie. On les met ordinairement de 10 à 15 millimètres de longueur sur 5 à 7 millimètres de largeur.

La figure 114 indique le mode de réunion des maillons pour des courroies d'unegrande largeur, où une seule barrette ne suffirait pas et où il est nécessaire d'en employer 2. Ces courroies s'appliquent très bien pour les transmissions à angle droit ; les poulies sont alors mieux enveloppées sur une plus large surface.

Elles peuvent servir pour les poulies de forme ou de composition diverse, plus ou moins bombées, en fer, en bois ou en papier, et

Fi- m.

comme elles sont sans fin, leur glissement est beaucoup plus doux qu'avec des courroies raccordées d'une façon quelconque.

Il suffit, pour les allonger ou les raccourcir, de rajouter ou d'enlever le nombre nécessaire de rangées de maillons, de rapprocher

Fig. 114.

les 2 extrémités, d'enchevêtrer les mailles et de passer au travers de la barrette qu'il n'y a plus qu'à river pour avoir une courroie bien ajustée à la longueur voulue.

En Angleterre les courroies à maillons sont principalement employées pour les dynamos, qui tournent à 700 tours par minute.

Page 1