FOYERS A BRULER LA TANNÉE
La tannée telle qu'elle est extraite des fosses renferme de 65 à 75 [>. 100 d'eau; elle ne peut pas brûler dans cet état. Il faut la sécher ou du moins l'essorer pour lui enlever la majeure partie de l'eau qu'elle renferme pour l'utiliser dans les foyers.
On emploie à cet effet la presse Bréval, Les figures 14 et 15 la représentent en élévation et en coupe et la légende qui accompagne la gravure indique la destination de chacun de ses organes.
Elle se compose essentiellement de 3 cylindres placés en triangle, tournant en sens inverse et entre lesquels passe la tannée que l'on y introduit au moyen d'une trémie. Le cylindre supérieur est cannelé, celui qui est dessous est lisse.
Celle presse, avec la force d'un cheval et demi et le service d'un homme, sèche 15 mètres cubes de tannée en dix heures.
En janvier 1880, M. Albert Iluguet (successeur de Bréval) a modifié cette presse afin qu'elle serve aussi bien à sécher la tan-
née pour l'utiliser comme combustible que pour recueillir les extraits ou jus d'essorage. La nouvelle presse n'a que 2 cylindres, ce qui apporte une grande simplification à l'ensemble du système.
Les bois épuisés comme le châtaignier ou le chêne ne sauraient être pressés ; sous l'influence de la presse ils ne perdent que peu de leur eau. 11 faut les faire ou sécher à l'air ou les faire brûler directement dans les foyers spéciaux à gazogène.
Il est enseigné, dans les cours spéciaux de physique industrielle, l'emploi pour brûler les combustibles chargés d'humidité de foyers dits à flamme renversée, dans lesquels le combustible en fragments descend dans une trémie pour se brûler sur une grille.
« 11 serait possible qu'il fût avantageux de laisser passer continuellement un faible courant d'air à travers la grille. Je dois dire cependant que les foyers à flamme renversée, appliqués à la tourbe, n'ont point encore été essayés et qu'alors on ne peut rien affirmer de positif sur leur efficacité, quoiqu'il soit bien probable qu'ils réussiraient comme pour le bois1. »
En 1838, Passenger prit un brevet pour divers perfectionnements aux fourneaux des machines à vapeur. L'appareil se composait d'un magasin supérieur ou trémie, dans lequel on verse en vrac et maintient accumulée une certaine quantité du combustible; il tombe dans une cornue ou tuyau, d'où il est constamment déversé dans le foyer incandescent à mesure que la combustion et la distribution s'effectuent.
La partie antérieure et ouverte du tuyau formant, saillie audessus du foyer est chauffée au rouge, ainsi qu'une portion du surplus de tuyau; les gaz qui s'en échappent s'en enflamment immédiatement et, en se mêlant à la flamme du foyer, brûlent complètement la fumée.
L'ouverture d'introduction du combustible est horizontale, et sa porte maintenue fermée par son propre poids.
La descente du combustible est régularisée par le frottement des parois.
Dupérier et David, en 1845, ont pris un brevet pour un foyer 4 réclet. Traité de la chaleur, V1 \oh, p. 300.
INSTALLATION D'UNE TANNERIE dOl
continuellement alimenté de combustible au moyen d'un magasin supérieur dans lequel on verse en vrac et maintient accumulée une certaine quantité de combustible qui descend et se déverse constamment dans le foyer incandescent à mesure que la distillation et la combustion s'opèrent.
L'ouverture d'introduction du combustible est horizontale et sa porte maintenue fermée par son propre poids.
A. Trémie recevant la tannée humide. — B. Cylindre compresseur inférieur, lisse dfixe. — C. Cylindre presseur à surface cannelée, mobile. — D. Cylindre distributeur à cannelure. — E. Cuvette dans laquelle tombe l'eau extraite par la pression. — F. Agitateur à 8 ailes placé à l'intérieur de la trémie pour faciliter la descente de la tannée. — H. Tablier en tôle recevant la tannée sèche qui sort des cylindres. — K. Levier supérieur mù par la vapeur et transmettant la pression aux cylindres. — L. Levier inférieur. — M. Tige qui réunit les extrémités des deux leviers. — N. Extrémité du levier L, muni d'une tige verticale portant des contre-poids. — 0. Fosse dans laquelle sont les contre-poids. — « P. Roues d'engrenages transmettant le mouvement. — R. Bâti de la machine.
Là, il y a des cloisons verticales entre lesquelles le combustible descend sur la grille. Les auteurs de cet appareil, dans la longue description qui accompagne le brevet, paraissent attacher surtout une grande importance à la transmission rapide de la chaleur du foyer à l'eau de la chaudière et, dans ce but, ils ont multiplié les surfaces métalliques dans le foyer.
Dos séparations pleines d'eau régularisent par leur frottement la descente du combustible qui se fait en tranches parallèles.
Plus tard, eu 1863, on voit un brevet sérieux, celui de Yarillat, qui consiste en un foyer pénétré par un tuyau-trémie servant à l'alimentation continuelle et constante du combustible, qui descend et se déverse constamment dans le foyer incandescent, à mesure que la distillation et la combustion s'effectuent.
Ici, on trouve le germe de l'idée de l'alimentation continue du foyer au moyen d'un couloir rempli de combustible qui descend, par son propre poids, au fur et à mesure que le tas éboulé se hrùle à la partie inférieure. La descente du combustible est régularisée par le frottement des parois. Le foyer Varillat était destiné pour brûler spécialement des copeaux de bois de teinture épuisés.
En 1865, Ruelle inventa une disposition composée de trois fovers juxtaposés : un à la houille au milieu et, de chaque côté, un foyer à trémie pour emploi des déchets de bois.
Ruelle, lorsqu'il a pris ce brevet, avait déjà construit, comme entrepreneur de fumisterie, plusieurs foyers à tannée ; il a voulu avoir son type différent de ceux qu'il avait construits et qu'il savait brevetés. De là la disposition en trois foyers.
Ce foyer a trois grilles rangées dans le même plan horizontal, réunit les flammes qu'elles développent sous la même chaudière ; elles sont alimentées de combustible par deux magasins latéraux supérieurs, dans lesquels on jette en vrac et maintient accumulée une certaine quantité de combustible qui se déverse constamment dans le foyer incandescent, à mesure que la distillation et la combustion s'opèrent.
Les ouvertures d'introduction du combustible sont horizontales et leurs portes maintenues fermées par leur propre poids.
Plus tard, en 1868, Breval prit son brevet pour divers systèmes de foyers fumivores destinés à brûler toute espèce de combus-' tible.
L'auteur décrit deux foyers, l'un analogue au précédent, à deux grilles rangées dans le même plan horizontal et réunissant les flammes qu'elles développent sous les bouilleurs de la môme chaudière ; elles sont alimentées de combustible par deux maga-
sins latéraux supérieurs dans lesquels on jette en vrac et maintient accumulée une certaine quantité de combustible qui descend et se déverse constamment dans le foyer incandescent.
Le deuxième foyer décrit à ce brevet n'a qu'un seul magasin supérieur du combustible accumulé et jeté en vrac, d'où il descend dans le foyer.
L'auteur explique que la trémie, qui est au-dessus du foyer, est divisée au moyen de pièces en fonte à section triangulaire, que le combustible passant dans les intervalles libres descend sur le foyer, forme au-dessus des pièces de fonte des talus d'éboulement à la surface desquels a lieu une vive incandescence ; il explique que cet éboulement a lieu d'une manière continue au fur et à mesure que le combustible disparaît en brûlant. L'air, en quantité réglable, s'introduit dans les pièces triangulaires en fonte, il s'y échauffe et débouche dans le foyer, active et complète la combustion.
Les foyers que nous allons examiner n'exigent aucunement le concours de la presse, qui est coûteux, et emploient directement les combustibles chargés d'eau.
Krafft est le premier qui, dans son foyer à brûler les menus combustibles, a eu la pensée de ménager des vides dans la masse du combustible au moyen de talus d'éboulement.
Son foyer se compose d'une cage en maçonnerie, d'une forme quelconque, dans laquelle on charge le combustible en vrac. Une trappe à la partie supérieure sert à fermer la trémie pendant les moments d'arrêt. Pendant la marche, on l'enlève. A un certain point de la hauteur, il y a un évasement brusque produit par une retraite de la maçonnerie sur chaque face. Pas de grille, le fond de l'appareil forme réservoir de cendres que l'on retire par des portes latérales. En cas de besoin, pour activer la combustion, on pratique des ouvertures dans les portes des cendriers pour donner accès à l'air qui s'introduit alors par le bas au travers de la masse.
L'auteur explique dans le cas où le combustible, par suite de tassement ou pour tout autre motif, resterait suspendu pendant quelque temps, au lieu de descendre régulièrement, la combustion aurait lieu alors sous toute la voûte accidentelle. Puis cette voûte
venant à s'effondrer, le feu ne peut s'étouffer à cause des retraites latérales de maçonnerie qui ménagent toujours des vides triangulaires pour le passage de l'air et de la flamme.
L'accès de l'air est assuré sous ces retraites de maçonnerie par un carneau spécial muni de nombreux orifices, qui font déboucher l'air sur les talus d'éboulement formes par le combustible. Toutes les parois du fourneau se chauffent fortement et opèrent la distillation du combustible; les gaz de la distillation se dégagent sur les talus d'éboulement où le courant d'air les enflamme.
L'air arrive également par le haut, car l'auteur prend le soin de dire que le couvercle doit être enlevé pendant la marche, pour être remis en place en cas d'interruption de service.
Krafft avait supposé que le combustible resterait quelquefois suspendu pendant la combustion et que des chutes se produiraient à intervalles à peu près réguliers. Dans la pratique et surtout à l'origine, les choses ne se passaient pas tout à fait ainsi; la descente avait lieu souvent d'une manière irrégulière et, bien que le feu ne fut pas exposé à s'éteindre, il fallait un peu d'adresse de la part du chauffeur pour obtenir la régularité du chauffage.
Un autre ingénieur, M. Muller, remarquant que, dans des foyers Krafft, le pourtour seul sous les retraites en maçonnerie était à l'état de vive incandescence, eut l'idée, pour augmenter la puissance des appareils, de favoriser la formation des voûtes dans la masse du combustible, que Krafft avait prévues, mais qui en pratique présentaient des inconvénients. A cet effet, il imagina de diviser la masse de combustible qui descendait en vrac dans la trémie par des séparations qui allaient d'une face à celle opposée et qui se maintenaient à une certaine hauteur au-dessus de la grille. Il appelle ces séparations du nom de culées. C'est dans son brevet qu'on trouve pour la première fois le principe de la division de la partie du fourneau qui se trouve au-dessus de la grille.
Pour favoriser la formation des voûtes, il construit les séparations en leur donnant .une section triangulaire et pour faire pénétrer l'air dans toute la masse, il fait les séparations ou culées creuses ; l'air y arrive de l'extérieur, s'y chauffe et descend dans
INSTALLATION D'UNE TANNERIE m
le foyer par des trous pour alimenter la combustion. En outre, au lieu de faire comme Krafft un massif en maçonnerie à la partie inférieure, il dispose les grilles pour laisser tomber la cendre dans les cendriers et permettre également l'accès de l'air au travers du combustible incandescent qui repose sur la grille.
En comparant les foyers Krafft aux foyers Muller, nous remarquons des différences notables et en mémo temps des analogies frappantes sur certains points.
Krafft, préoccupé de la crainte de voir le feu s'éteindre si le combustible descendait en une seule masse, avait, au moyen des retraites en maçonnerie, assuré la formation des talus d eboulement tout autour, et, en ménageant devant ces talus des arrivées d'air, il empêchait le feu de s'éteindre, puisqu'il maintenait la cirlation de l'air et de la flamme.
Muller, voyant les foyers Krafft ne brûler que sur leur pourtour là où il y a des talus d'éboulement, veut multiplier les talus et pour cela multiplier les retraites sous lesquelles ils se produisent; en outre, voyant que les voûtes lui donnent encore des surfaces libres incandescentes, il cherche à provoquer leur formation en donnant aux culées une forme qui resserre le passage du combustible.
L'expérience montra bientôt qu'il y avait avantage à écarter un peu les trémies, pour laisser descendre le combustible d'une manière continue, au lieu de chercher à le retenir pour former des voûtes ; la marche du feu était plus régulière, et l'on remarqua que les foyers Muller étaient à surface égale plus puissants que ceux de Krafft, parce que le développement des talus était plus grand et que l'accès d'air était mieux ménagé.
La crainte de manquer d'air avait conduit Muller à en faire arriver de tous côtés, par-dessus, par-dessous, par les culées, par la grille, par les faces du fourneau, partout. Il ne tarda pas à reconnaître les inconvénients de l'excès d'air et à modifier son appareil, pour le transformer en gazogène,. perfectionnant ainsi sa disposition primitive.
Ayant reconnu qu'il y avait avantage à ne pas former de voûtes, mais à multiplier les talus d'éboulement pour favoriser la combustion sous les culées dans les vides triangulaires, Muller s'arrangea
pour régler la hauteur de La grille de telle sorte qu'elle fût toujours recouverte de combustible en couche assez épaisse, et, passant d'un extrême à l'autre, non seulement il supprime tout accès d'air par les culées pour ne plus en admettre que pour le cendrier, mais plus tard, en augmentant l'épaisseur de la couche de combustible sur la grille, et faisant un autel, il réduisit l'admission de l'air par le cendrier au point de la rendre insuffisante pour opérer la combustion complète dans le foyer.
Il fit les culées plus hautes et en même temps plus étroites à la base, afin que le combustible ne puisse être retenu en voûtes et que rien ne s'oppose à la descente continue.
L'air entre par le cendrier, traverse la grille qui devient de forme ordinaire et passe au travers du combustible, l'épaisseur de la masse à traverser étant réglée par la distance qui sépare la grille du pied des talus d'éboulement. Les culées sont fermées parleurs extrémités, l'air n'y passe plus. L'air n'arrivant pas par la grille en quantité suffisante, la combustion est incomplète dans les vides triangulaires et est accompagnée de distillation.
Les gaz combustibles produits se dégagent mélangés aux gaz inertes de la combustion partielle, se rendent dans une chambre qui fait suite au foyer et là trouvent l'air pour les brûler. On voit sur le dessin original du certificat l'indication des briques creuses formant entrées d'air dans la chambre de combustion.
Nous retrouverons là les signes caractéristiques de la marche en gazogène, savoir : la production de gaz combustibles dans un foyer et la combustion de ces gaz dans un endroit distinct du foyer, combustion qui s'opère par une arrivée spéciale d'air.
En 1862, à la suite d'un accord intervenu entre Mulbr, qui avait quitté l'Alsace, et Krafft, qui y restait, Krafft prit un certificat d'addition relatant les principales dispositions du certificat Muller.
Il indique un nombre de culées quelconque, il en place en long cl en travers, il en superpose plusieurs rangs ; en un mot, il divise de toutes les façons la masse de combustible dans la trémie qui surmonte la grille.
Depuis lors, les installations se multiplièrent rapidement; on lit des culées plus ou moins hautes, plus ou moins larges ; on les
fit pleines, on les fit creuses; tantôt d'une seule pièce, tantôt en plusieurs voussoirs, et l'on ne tarda pas à reconnaître que la forme des culées n'avait qu'une importance secondaire. On les écartait un peu plus, quand on avait à brider des déchets de bois, sciures ou tannées mélangées d'éclats de bois ou branchages qui auraient pu s'accrocher. Quant à leur nombre et à la distance qui les séparait de la grille, cela dépendait de la dimension du foyer et de la finesse plus ou moins grande du combustible qui était plus ou moins perméable à l'air.
Des prospectus de l'ancienne maison Bouillon et Mullcr relatant une série d'installations faites par M. Muller, dans les années 1858-1862, le foyer y est indiqué spécialement pour l'emploi de la tannée et des matières pulvérulentes humides. On y remarque une installation faite chez M. Placide Peltereau, à Châteaurenault, dans laquelle la culée est creuse et haute, et les retraites sont latérales comme dans les foyers Krafft.
M. Koch, bien connu dans la tannerie, a pris un brevet le 9 mars 1871 pour un fourneau propre à brûler les déchets de bois de teinture, la sciure de bois, la tannée ou autres matériaux secs ou humides.
Cette invention, qui a été contestée dans un procès reste célèbre, a pour objet un fourneau propre à la combustion des matières ci-dessus citées, dont le caractère principal consiste dans li disposition des cloisons en briques réfractaires qui divisent la partie du fourneau située au-dessus des grilles. Ces briques ont pour effet de diminuer la charge de combustible sur le foyer et par cela de faciliter la combustion.
En outre, elles emmagasinent une certaine quanlité de chaleur qui accélère la dessiccation du bois ou de toute autre matière, et chauffe l'air en activant ainsi la combustion.
En somme, le brevet Koch n'est qu'un perfectionnement des foyers Muller, sans aucun changement dans le principe, mais bien dans la nature des matériaux employés. •
Foyer Serrière. — Jusqu'ici les débris ligneux, imprégnés de la plus grande quantité d'eau qu'ds peuvent retenir mécaniquement, n'ont pu se brûler que difficilement et avec des avantages peu considérables. Employer un tel combustible et le faire avec
des a van l ap es beaucoup plus grands, au point de vue de la chaleur produite, que si le combustible eut été complètement desséché ou même torréfié, tel est le but du foyer Serrière.
Les difficultés proviennent principalement de ce que les matières ont une tendance à se tasser dans les foyers et à y former des masses compactes que l'air traverse difficilement, et aussi de ce que la grande quantité d'eau qui se dégage à l'état de vapeur, abaisse la température du foyer, ce qui nuit à la bonne combustion.
Pour limiter le tassement de la masse incandescente au-dessus de la grille et faciliter la circulation des gaz, M. Serrière a suivi la voie tracée par ses devanciers, et notamment par Krafft et Muller, et il a adopté le système de l'alimentation du foyer au moyen d'une trémie placée au-dessus de la grille. Il a, comme eux, pratiqué des rétrécissements de section d'une certaine hauteur, tant au moyen de retraites latérales que par des séparations qui obligent le combustible chargé en vrac à la partie supérieure de l'appareil, à se diviser pour pénétrer verticalement dans le foyer sous forme de tranches parallèles, laissant entre elles des. intervalles égaux à l'épaisseur des séparations. Au-dessous de celles-ci, le combustible s'écoule et la surface supérieure affecte la forme d'une série de plans inclinés alternativement en sens inverse, laissant entre eux des vides qui servent de passages aux gaz. La dimension et le nombre des séparations varient suivant l'importance des foyers.
On a, dès l'origine, employé la brique réfractaire pour former les séparations qui divisent la partie du foyer située au-dessus de la grille. On en a fait des voûtes, puis des conduits verticaux entre lesquels les tranches de combustible descendaient d'une manière continue, pour former, à la partie inférieure, des talus d'éboulement ; puis on a employé, au lieu de briques, des pièces réfractaires de' forme spéciale à section triangulaire auxquelles on a donné le nom de culées ; on a fait les culées en une pièce dans les petits foyers, en plusieurs pièces dans les grands, on les a fait pleines et creuses, avec ou sans circulation d'air, on les a placées en long et en large, et enfin on a fait des culées métalliques.
Nous avons vu fonctionner un grand nombre de ces foyers, ils présentent tous les inconvénients suivants :
Quand on emploie des briques et des petits matériaux pour construire les séparations, on n'a pas de solidité ; et les mouvements de la maçonnerie, dus aux dilatations du foyer, disloquent les voûtes et les cloisons. Quand on emploie des pièces de grandes dimensions, il arrive que leur partie supérieure, exposée directement au feu, est portée à une haute température, tandis que la partie inférieure est constamment refroidie par la descente du combustible mouillé. De là des contractions et des inégalités qui font casser les pièces, et il faut fréquemment arrêter le feu pour réparer l'appareil. Quand on emploie des culées métalliques, leur partie inférieure, constamment rougie par le rayonnement direct du foyer, est rapidement brûlée.
M. Serrière a adopté le mode de construction suivant : des voussoirs en terre réfractaire, de peu de hauteur et de petite dimension, enchâssés dans des pièces métalliques, qui les maintiennent contre tout déversement et empêchent les poussées latérales. Les voussoirs étant de petite dimension, résistent facilement à l'action de la chaleur, et, comme ils garantissent les pièces de fonte, dans lesquelles ils sont enchâssés, contre le rayonnement du foyer, celles-ci ne sont plus exposées à être brûlées. Ces pièces de fonte ne sont pas elles-mêmes scellées dans la maçonnerie : en cas d'accident, on peut facilement retirer une pièce avariée et la remplacer, sans même laisser refroidir le fourneau.
Enfin, le décrassage se fait en marche. Pour cela, des palettes mobiles sont disposées entre les séparations ; elles peuvent se manœuvrer de l'extérieur. Ces palettes permettent d'interrompre momentanément la descente du combustible, tout en laissant la trémie remplie. De cette façon, le décrassage se fait facilement, sans même qu'il soit nécessaire de laisser tomber complètement le feu, et, après le décrassage, il suffit de manœuvrer à nouveau les palettes pour recommencer à alimenter le foyer qui reprend son allure normale.
On accouple généralement deux foyers, pour chauffer une forte chaudière, de 150 mètres carrés, par exemple, et les gaz, après avoir chauffé la chaudière, sont ramenés par un carneau et tra-
versent les trémies. Le tirage de la cheminée produit le mouvement des gaz et l'appel de la vapeur d'eau au travers des parois métalliques perforées. Ici, il y a une circulation unique pour les deux trémies, mais on peut facilement obtenir, pour chaque trémie, une circulation indépendante en disposant, en avant et en arrière, des carneaux collecteurs qui communiquent ensemble par les passages ménagés dans les trémies. On peut, de même, isoler chaque trémie du circuit général, en cas d'arrêt ou de réparation, au moyen de registres.
Les résultats obtenus avec ce système de fours économiques sont les suivants :
Les chaudières nos 1 et 2, de M. Serrière, accouplées et à 12 bouilleurs, ont une surface de chauffe de 300 mètres carrés ensemble.
La chaudière n° 3, à foyer intérieur, a 164 mètres carrés de surface de chauffe.
Soit, au total, 464 mètres carrés de surface de chauffe totale. Les trois chaudières ont dépensé en vingt-quatre heures :
2,500 kilos de houille à 2 fr. les 100 kilos, ci 50 fr
40 mètres cubes de tannée à 2 fr. le mètre, ci 80
Total .... 130
Ces chaudières fabriquent 8,500 kilos d'extrait de châtaignier en vingt-quatre heures, soit : ébullition de 34,000 litres d'eau pendant 6 heures et évaporation de ces 34,000 litres au six quart de leur volume, soit une évaporation de 27,500 litres d'eau.
Si ce môme travail avait été produit avec des chaudières alimentées à la houille seule, le prix aurait été de 500 francs.
Le prix du combustible employé pour la fabrication de 100 kilos d'extrait de châtaignier, à 20 degrés Baumé, est réduit à 1 franc par les foyers Serrière.
On pourrait imaginer bien d'autres dispositions remplissant le même but que l'on veut atteindre, savoir : la dessiccation préalable des combustibles mouillés, au moyen d'un courant de gaz chauds, avant leur introduction dans le foyer, qui se trouve, dès lors, débarrassé d'une grande quantité de vapeur d'eau qui, dans les foyers ordinaires, occasionne un refroidissement nuisible.
Le foyer Criner est un mélangeur constitué par une série de colonnes verticales disposées en quinconce derrière l'autel; ces colonnes sont disposées sur une sole à claire-voie et de telle sorte que les cendres ne s'accumulent jamais entre les chicanes. A cet effet on a disposé entre les colonnes du même rang des briques prismatiques triangulaires formant toit pour que les cendres glissent et tombent dans les vides de la sole.
Cheminées. — Les cheminées sont destinées à conduire au dehors les gaz de combustion après leur passage dans les carneaux. Les carneaux doivent être établis de façon que les gaz sortent le moins chauds possible, sans cependant nuire au tirage. Dans les circonstances ordinaires les pertes de chaleur par la cheminée sont évaluées à 25 p. 100.
Le tirage est proportionnel à la section des cheminées ; le tirage croît comme les racines carrées des hauteurs; le tirage augmente avec la température des gaz jusque vers 200 degrés; de 200 à 400 le tirage est à peu près le même; le maximum est cà 300 degrés; au delà de 400 il diminue.
On peut déterminer la section d'une cheminée : 1° en prenant pour base la quantité de charbon par heure, il faut donner au maximum :
Une section de 3m,2 par 100 kilos pour une cheminée de 10 m. de hauteur 2»\ 50 20 —
— 2m — — 30 et au-dessus.
2° En prenant pour base la surface de grille des foyers qui dépendent d'une cheminée :
Une section de ~ de surface de grilles réunies pour cheminée de 10 m. de haut.
— — — — 30 et au-dessus
La chaudière à bouilleurs est la meilleure que Ton puisse employer en tannerie. On doit lui donner une longueur de 6 fois son diamètre. Ainsi, une chaudière de 1 mètre de diamètre aura 6 mètres de long, avec des bouilleurs de 0m,o0. La chaudière doit être
en forte tôle de 10, 12, 14, 16, 18 et 20 millimètres, assemblées par des rivets de 20, 21, 23, 24, 25 millimètres de diamètre.
Le rivetage au petit marteau a une résistance de glissement de 9 à 10 kilos par millimètre carré de tige de rivet; le rivetage à la bouterolle de 10 à 11 kilos et le rivetage par compression de 13 à 14 kilos.
On ne doit faire travailler la tôle qu'à 4 kilos par millimètre
carré .
Les principaux défauts d'une chaudière sont les pailles. La paille proprement dite consiste dans le dédoublement de la tôle, sur une petite surface, dans un ou deux endroits d'une tôle. Les tôles pailleuses présentent ce dédoublement sur presque toute leur surface.
Les fentes proviennent de trois causes principales : 1° dilatations inégales ; 2° vices de construction ; et 3° flexion alternative des pièces. Les fentes entre rivets et les fentes aux lignes de mâtage sont très dangereuses. Elles sont le résultat, le plus souvent, d'une marche forcée des chaudières, au-dessus de leur maximum de rendement.
Les chaudières pèsent 210 à 220 kilos par mètre carré de surface de chauffe. 1 mètre carré de surface totale de surface de chauffe évapore 25 à 30 kilos d'eau par heure. La surface totale d'une chaudière à bouilleurs se compose des quatre cinquièmes de la surface des bouilleurs et de une demie de la surface de la chaudière. Il faut xm, 5 de surface de chauffe par force de cheval-vapeur. 1 kilo de houille vaporise 7,5 à 8 kilos d'eau et 10 kilos de tannée produisent le môme effet.
L'alimentation de la chaudière se fera avec de F eau dans laquelle on aura laissé digérer un peu d'écorce de chêne, qui est le meilleur de tous les désincrustants.