II. TRITURATION DES ÉCORCES
1. — Moulins à pilons. — Lés moulins à pilons se composent d'une auge en bois longitudinale, dans laquelle on place l'écorce qui se trouve battue par une série de pilons en bois garnis de couteaux à leur partie inférieure. Ces pilons sont alternativement soulevés par des camés fixés sur un arbre horizontal. Un râteau remue constamment le contenu de l'auge et l'expose de toutes les manières à l'action des pilons. Les moulins à pilons donnent 30 kilos de tan par heure et par force de cheval. Le tan produit par les pilons est très fin mais granuleux ; les pilons ne travaillent
pas régulièrement, car le tan est presque toujours mélangé avec des écossons qui ont échappé à Faction des couteaux.
MM. Allard construisent un moulin à huit pilons produisant 60 kilos à Theure.
2. — Moulins à meules horizontales. — Ces meules sont disposées comme celles qui servent à faire la farine ; l'œillard et les rayons sont seulement un peu plus grands. Le tan produit est très fin et beaucoup de fabriques n'en veulent pas d'autre. Leur inconvénient est d'échauffer le tan, de produire peu et de s'engorger facilement, surtout lorsque l'écorce est humide.
3. — Moulins à meules verticales. — On emploie beaucoup, pour la trituration du chêne vert, cette machine, qui se compose
d'une ou deux . meules verticales de 2 mètres de diamètre sur 40 à 45 centimètres d'épaisseur, tournant dans un auget en fonte percé de trous par lesquels s'échappe la poudre au fur et à mesure de sa formation. Ces meules tournent librement au- Fig. 16. — Hachoir à écoree. tour d'un arbre horizontal
a a' .Cylindres alimentaires ;. - è. Table sur laquelle on place entraîné flanS Un mOUVelécorce. — c. Lames d acier placées a 1 extrémité de la
table b, disposées en hélice sur le tambour K. — d. Levier monf oîvoi^aiva îvir un
tenant le contre-poids P. IlltSlll CllCUldllC pdl UI1
axe vertical. Un râteau ramène constamment les morceaux d'écorce sous les meules.
4. — Moulins à scies. — Ces moulins réduisent l'écorce en écossons et en poudre. Ils sont de deux variétés : à mouvement alternatif et à mouvement continu.
Les premiers, appelés radulateurs, se composent d une série de scies inclinées, séparées entre elles par un intervalle de 0,01 et animées d'un mouvement rapide de va-et-vient au moyen d'une bielle et d'une manivelle. L'écorce est soumise à l'action de cette
scie multiple comme elle l'est dans le hachoir, c'est-à-dire par deux rouleaux alimentaire:*.
Ils donnent un excellent produit, mais produisent peu.
La première disposition de ces moulins a été modifiée en remplaçant les scies alternatives par des scies circulaires à mouvement continu et inclinées.
Molard et Copeau ont disposé leurs scies en hélice en les coupant suivant un rayon.
Jarlat, de Nantes, a simplement placé les scies obliquement sur L'arbre moteur.
Le produit obtenu en général avec les moulins à scies circulaires continues est analogue à celui des radulateurs ; mais il n'est pas beaucoup plus abondant parce que l'on ne peut donner aux scies un grand diamètre sans augmenter considérablement le prix de la machine. M. Damourette a composé un moulin avec des segments de scie circulaires pour remplacer les scies circulaires et leurs inconvénients, qu'il a appelé moulin à scies chevauchées.
Il se compose, dit M. Damourette : 4° d'un tambour travailleur animé d'une grande vitesse et fixé sur l'arbre moteur, lequel est muni d'un volant et de poulies de commande ; 2° d'un appareil alimentaire semblable à celui des hachoirs, formé de deux cylindres cannelés entraîneurs, celui de dessous recevant la commande de l'arbre moteur par renvoi et engrenage, et commandant, par pignons à longues dents, celui de dessus, qui peut se relever suivant l'épaisseur des écorces qu'il tient constamment pressées grâce à l'action d'un puissant ressort à lames d'acier. Une table de coupe en fonte dure est placée à la suite de l'appareil alimentaire, et c'est le long de cette table que se fait la trituration de l'écorce sous l'action des scies. Le tambour travailleur est disposé comme suit :
Une poulie en fonte tournée, fixée sur l'arbre moteur, porte à ses deux extrémités deux ronds en tôle forte dont le diamètre dépasse celui de la poulie de 3 ou 4 centimètres et qui sont percés, près de leur contour extérieur, de trous pour le passage de boulons. On place sur la poulie plusieurs rangées, en nombre pair, de segments de scie séparés les uns des autres par des intercales en bois dur ou en métal d'une épaisseur de 1 centi-
mètre environ, chaque rangée étant enfilée dans deux boulons passant dans les ronds en tôle et serrés fortement. Les segments de scie sont tenus inclinés par les intercales d'extrémité qui sont coniques ; et chaque rangée successive s'incline dans un sens différent, de manière à donner dans la rotation des lignes en ziggag ou chevauchées. On obtient de cette manière un produit bien divisé et abondant.
M. Fontsauvage a modifié ce système en fixant les segments des scies, au moyen de vis et de bandelettes, sur la poulie-tambour. Le produit est plus court mais plus grossier.
Billeter et Klunzt, en 1877, ont construit un autre appareil composé d'un tambour en fer sur le pourtour duquel est placée une scie-hélice composée de segments isolés. Le tambour est disposé de telle façon que l'on puisse aisément enlever les segments pour les tailler à nouveau et afin de les utiliser jusqu'à la dernière limite.
o. — Moulins à noix. — Les moulins à noix ressemblent au
moulin à café. Ils se (fig. 17) composent d'un boisseau, a a, et
d'une cloche ou noix b fixée sur un arbre vertical viu animé
d'un mouvement de rotation. La cloche et le
boisseau sont en fonte demi-dure pour s'user
difficilement et supporter la retaille ; ils portent
à leur partie supérieure de grosses dents de
diverses longueurs et à leur partie inférieure
des dents plus fines ; celles de la cloche sont Fig. 17. r
inclinées dans un sens, celles du boisseau dans l'autre. La noix étant de forme conique, on comprend que les dents se rapprochent de plus en plus jusqu'à la partie inférieure, où elles se touchent presque.
On jette des écossons dans le boisseau en c, lequel est légèrement évasé à cet effet; ils s'engagent entre les deux appareils, se désagrègent par les grosses dents et se pulvérisent sous l'action des petites.
La noix estgénéralement placée sous le plancher du premier étage, à coté du magasin à écorce ; sur ce plancher se trouve le hachoir, et les écossons, au fui' et à mesure qu'ils sortent de ce dernier
BROYAGE ET TRITURATION DES MATIÈRES TANNANTES i21
appareil, tombent dans le boisseau de noix; le tan tombe soit par un couloir dans des sacs, soit dans le magasin à tan. L'arbre qui actionne la cloche doit être solidement établi, il doit traverser tout le rez-de-chaussée et le premier étage ; en bas il sera supporté par une crapaudine reposant sur un dé en pierre, sous le plancher il sera guidé par une arcade fixée au boisseau et main tenue à sa partie supérieure par un palier. L'engrenage de commande est fixé sur le second plancher pour ne pas gêner la circulation.
Fig. 18. — Découpeuse par bout.
C. Tambour dévorateur tournant horizontalement. — A. Poulie de commande. — B. Engrenage actionnant le tambour. — R R. Auge dan>- laquelle on dispose le bois. — P. Chariot mobile armé de dents d'un côté, pour presser et maintenir le bois au contact avec le tambour déchireur. — S. Vis qui fait avancer le chariot. — M. Crémaillère actionnée par la manivelle K pour faire revenir le chariot .
On peut obtenir avec cet appareil un tan plus ou moins fin en rapprochant ou éloignant la cloche du boisseau au moyen d'une vis de butée placée sous la crapaudine.
Les noix sont les appareils de trituration les plus employés; eltes donnent un bon rendement, se dérangent peu facilement et, lorsque les courbures des dents sont bien faites, elles s'encrassent peu. Seul leur retaillage rationnel exige quelques précautions minutieuses.