TEMPÉRATURE DE L'AIR
TENSION DE LA VAPEUR en millimètres.
POIDS DE L-EAU contenue dans t mètre cube d'air saturé.
4. — Séchage à l'air libre. — Ordinairement on se sert de longs bâtiments, étroits, orientés dans la direction nord-sud, pour ne pas qu'ils reçoivent l'action directe du soleil que nous avons dit être nuisible au plus haut degré ; ils sont munis de larges ouvertures ou fenêtres munies de jalousies et de volets en bois plein.
Dans les grandes tanneries on dispose le bâtiment à deux ou trois étages, au-dessus d'un atelier quelconque ; dans les tanneries de peu d'importance on se sert du grenier de la tannerie que Ton dispose comme nous venons de le dire. On doit établir le séchoir le plus élevé possible et plus à l'abri du grand vent. Quelquefois, enfin, on établit un séchoir en planches au-dessus du sol, soutenu par des poteaux.
On suspend les cuirs dans le séchoir au moyen de ficelles et de bâtons en bois à des crochets fixés sur les solives du plafond.
La sèche demande des soins minutieux. Lorsque les cuirs viennent d'être tendus et qu'ils ont subi un certain temps l'influence de l'air, ils ont tendance de se replier et de se mettre en rouleau. On les tombe, c'est-à-dire qu'on les décroche du plafond, on redresse leurs parties et on les met en presse les uns sur les autres, un certain temps, deux jours, pour les faire revenir à leur forme normale ; on les étend de nouveau et on les tombe lorsqu'ils cornent (se mettent en rouleau). On recommence ainsi jusqu'à ce que le noyau soit sec, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il devienne blanc. Comme les parties creuses renferment encore de l'humidité, on les met en écaille. Cette opération consiste à les empiler à plat les uns sur les autres, on ne laisse à l'air que les ventres, les bordages, que l'on sépare par des morceaux de bois.
Les cuirs sont ensuite frottés, brossés, dressés et empilés. On empile en ayant soin que les bordages se croisent alternativement tête à tête et queue à queue. On empile les gros à part et les petits ensemble.
Le séchage des cuirs ne marche pas toujours aussi facilement que nous venons de le dire et pour le mener à bien on doit considérer les cas suivants :
1° Le degré d'humidité des cuirs influe beaucoup; plus ils sont humides plus le séchage doit être lent ; on ne le mène rapidement que lorsque les cuirs ont perdu du tiers à la moitié de leur humidité.
2° Le degré d'humidité de l'air est un facteur important ; au plus l'air est sec, au plus le séchage est rapide.
3° La température influe avantageusement sur le séchage; au plus l'air est chand, au plus sa capacité de saturation est élevée, et au plus le séchage est rapide.
4° L'agitation de l'air est favorable ; au plus le courant sera rapide, au plus le séchage se fera promptement.
5° Le séchage est plus rapide le jour que la nuit et vers le milieu de la journée qu'au commencement ou à la fin.
6° La chaleur humide, surtout celle d'août et septembre, est nuisible ; elle favorise le développement de ferments ou organismes eryptogamiques avec une rapidité extrême en produisant des taches noires difficiles à faire disparaître. Dans ces conditions on ferme toutes les ouvertures du séchoir, même les volets pour empêcher les désastres. Mais malgré toutes ces précautions, le brouillard, comme l'appellent les tanneurs, tombe quand même et produit des taches, mais moins intenses ; nous avons cherché à préserver les cuirs de ces végétations microscopiques et voici comment : on passe à la surface du cuir, avec une éponge, l'antiseptique suivant :
Eau 1000
Bichlorure de mercure 10
7° Les changements brusques de température, le temps orageux, sont à redouter. On doit opérer comme pour la chaleur humide.
8° La gelée casse les cuirs, l'eau en se cristallisant coupe les fibres de la peau ; on doit l'éviter en fermant le séchoir.
La sèche doit être menée régulièrement en tenant compte des observations précédentes, on y arrive plus ou moins par le jeu des persiennes.
o. — Séchage par agitation de l'air. — On facilite la circulation de l'air en employant un ventilateur place en haut, à l'une des extrémités du séchoir. En faisant passer la triple quantité d'air qu'il en passe naturellement, on augmente d'autant de fois le degré de saturation de cet air, et la sèche s'active proportionnellement.
M. Lumpp a construit un agitateur aspirateur qui produit le meilleur effet par suite d'un déplacement d'air vertical et continu. Use compose de deux palettes qui tournent horizontalement (fig. 34) que l'on place dans le comble ou le haut du plafond.
L'appareil est actionné soit par une transmission, soit par une roue d'angle ou au moyen de poulies. La force exigée est de 1 à 2 chevaux. Un appareil suffit pour un séchoir dont la longueur ne dépasse pas une fois et demie sa largeur. Le séchoir est muni d'une ou plusieurs cheminées de dégagement, de tabatières ou autres ouvertures à la partie supérieure ; de persiennes ou autres ouvertures à celle inférieure, toutes fermables facilement; celles du haut pour évoquer l'air saturé d'humidité ; celles du bas pour laisser pénétrer l'air extérieur en remplacement de celui qui est refoulé.
A la température de 25 degrés, les gros cuirs au sortir des fosses sont secs en vingt-quatre heures, le ventilateur ne marchant que dix heures.
6-' — Séchage à l'air chaud. — Nous savons que plus l'air est chaud plus il est avide d'humidité ; ce système est rationnel et employable dans toutes les circonstances. L'air peut être chauffé extérieurement ou intérieurement du séchoir. Nous allons examiner le premier cas.
Il serait onéreux de chauffer de l'air directement ; on se sert de la chaleur perdue des foyers en disposant des tuyaux en fonte inclinés au retour de flamme des fovers, ou encore à base de la cheminée. Ces tuyaux sont ouverts par les deux bouts : par la partie inférieure entre l'air qui doit s'échauffer et par l'autre il sort chaud, est reçu dans un collecteur en bois qui le mène au séchoir.
On utilise plus généralement la chaleur de la vapeur d'échappement de la machine. L'appareil le mieux approprié à ce service est l'aéro-condenseur de Fouché. Il se compose d'un faisceau de tubes verticaux, assemblés dans deux plaques de tôle, sur lesquelles viennent se boulonner deux calottes creuses en fonte, de manière à former, à chaque extrémité des tubes, une chambre où ils aboutissent tous. Un ventilateur à hélices lance un violent courant d'air sur les parois extérieures de ces tubes. La vapeur arrive par une tubulure dans la chambre supérieure, se distribue dans les tubes verticaux et s'y condense sous l'action du courant d'air qui passe autour de ces tubes. On sait que la vapeur qui a épuisé son effet mécanique dans le cylindre d'une machine n'y a
perdu qu'une faible partie de la chaleur qu'elle possédait. Elle contient donc encore une grande quantité qu'elle cède à l'air qui circule autour des tubes. Un aéro-condenseur recevant la vapeur d'une machine de 15 chevaux, dans des conditions de marche moyenne, peut fournir à un séchoir par heure : 20,000 mètres cubes d'air chauffé à 20 degrés, ou 13,000 mètres cubes à 30 degrés, ou 10,000 mètres cubes à 40 degrés.
Fig. 34.
Le séchoir doit être mieux agencé que lorsque Ton opère à l'air libre. Yoici les meilleures dispositions desquelles on tâchera de se rapprocher autant que possible : longueur 20 mètres, largeur 4 mètres, hauteur 10 mètres. La hauteur sera partagée en trois parties égales avec trois planchers à doubles planches espacées de 5 centimètres et remplies de tannée. On formera de la sorte quatre chambres 1,2, 3, 4 espacées entre elles de 2m,50. On y étendra les peaux comme dans un séchoir ordinaire. Le premier plancher AB (fîg. 35) portera une couverture M, carrée de 50 centimètres de côté, le plancher CD a la même ouverture en N; ainsi que le plancher EF en O. Des croisées vitrées a, b, c, d donnent la lumière suffisante pour la manœuvre et la surveillance ; enfin un monte-charge placé extérieurement fait communiquer les quatre étages, par quatre portes que Ton a soin de maintenir constamment fermées.
Ici le séchage se fait méthodiquement, c'est-à-dire que les cuirs les plus humides sont en contact avec l'air le moins chaud, et vice versa.
L'air chaud arrive par la partie supérieure, il emplit la pre-
mière chambre, passe par l'ouverture M dans la seconde chambre, puis dans la troisième et dans la quatrième, d'où il sort par le bas par le tuyau R, légèrement relevé pour éviter tout courant d'air. Les peaux sont d'abord mises à sécher dans la première
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