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III. PROCÉDÉS CHIMIQUES

1. — Matières ajoutées au jus pour faciliter l'absorption du tannin. — On a ajouté des produits chimiques les plus divers pour faciliter la combinaison du tannin avec la peau. On peut remarquer que tous ces procédés ont pour but de dilater les fibres de la peau pour la rendre plus apte à recevoir le tannin dans son intérieur.

L'acide sulfurique employé par Macbride en 1778. puis en grand par Séguin en 179*0, n'a donné que des résultats défectueux. On ne doit l'employer que dans la passerie des gros cuirs^ et encore avec modération, comme nous l'avons indiqué. On doit l'exclure du travail des petites peaux et des cuirs mous.

Plusieurs procédés sont basés sur l'emploi de l'acide sulfurique, dont l'action est bien connue : Jones en 1810, Lawrance en 1804, Leprieuren 1833, Desmond en 1850, Derruys en 1854. On ajoute un millième d'acide sulfurique dans les cuves de bassement.

Tous les acides peuvent être employés économiquement, surtout ceux que nous avons cités à propos du gonllemcnt. Warrington emploie l'acide oxalique en 1841. Nickerson en 1878 propose pour le gonflement l'acide obtenu en distillant les jusées acides. Ador propose en 1879 l'acide phosphorique.

En 1853 Lapeyrouse propose les chlorhydrates métalliques, le chlorure de zinc en particulier.

En 1857 Kennedy emploie le sulfate de soude, le sulfate de magnésie, le sulfate d'alumine, le carbonate de soude, le borax, l'acide borique. M. Lowersidge, en 1867, ajoute à cette liste l'ammoniaque, le carbonate d'ammoniaque, pour faciliter l'absorption du tannin. Pour les mêmes raisons l'alun, l'acétate d'alumine, le sucre (Turnbull), l'urée (Blet), le sulfate de soude, l'hyposulfîte de soude, etc., ont été successivement employés séparément ou ensemble.

Tous ces procédés n'ont donné aucun résultat sérieux ; à part l'acide sulfurique, l'acide oxalique et le sulfate de magnésie, qui sont employés assez couramment, tous ces produits doivent être rejetés comme donnant un cuir spongieux et hygrométrique.

2. — Tannage à l'acide carbonique. — Nous avons déjà cité l'emploi avantageux de l'acide carbonique dans le purgeage des peaux de chaux et dans le gonflement ; dans le tannage il produit une action efficace très prononcée tout en donnant un cuir de bonne qualité. Il suffit de diriger un courant de ce gaz dans une cuve contenant les peaux suspendues verticalement, au moyen d'un serpentin percé de trous. Le procédé donne de meilleurs résultats lorsqu'on le comprime sous la pression de 2 atmosphères et demie dans des fosses hermétiquement fermées et remplies à la manière ordinaire, ou mieux dans des cuves renfermant les peaux suspendues verticalement près les unes des autres.

On obtient l'acide carbonique en aspirant avec une pompe l'air d'un foyer où se brûle activement du coke ou du charbon de bois ; l'acide carbonique mêlé d'oxyde de carbone (corps inoffensif) se lave et se refroidit dans un tonneau d'eau et est dirigé dans la cuve, qui porte un manomètre et que l'on ferme aussitôt à la pression voulue.

3. — Tannage à la cervelle de bœuf. — Cette méthode nous vient des sauvages qui tannent leurs peaux en les faisant macérer dans des grands pots en terre avec de la cervelle, à la température de 35 degrés centigrades. Cette méthode a été brevetée par Théodore Klemm en 1849, qui la vendit à Preller qui la modifia et laperfec-

tionna et la rebreveta en 1852. C'est de la tannerie de South wart que sortirent les premières peaux ainsi préparées et auxquelles on donne le nom de Crown- Leather.

Voici les détails de la préparation :

Les peaux préalablement débourrées, trempées et en partie séchécs, sont étendues sur de grandes tables, où on les enduit sur la chair d'une pâte demi-fluide ainsi composée : farine d'orge 25 parties ; cervelle de bœuf 25 ; lait 12,5 ; sel 5; graisse animale (de cheval ou huile de pieds de bœuf) 35. Ainsi enduites les peaux sont introduites dans de grands tambours semblables à nos foulons à vider de chaux ayant 3 mètres de diamètre et lm,50 de large, et foulées jusqu'à ce qu'elles aient absorbé le mélange. On aide souvent à l'opération au moyen de la vapeur. Après quelques heures, plus ou moins suivant l'épaisseur des peaux, on examine si le travail d'absorption et la dessiccation partielle se sont effectués avec énergie et uniformité, et si les peaux n'ont pas encore atteint le degré de saturation. On les enduit de nouveau de pâte et on répète le foulonnage ; on procède ensuite à une troisième opération.

Les peaux de veaux sont préparées en seize heures et les plus lourdes peaux de bœufs en deux jours et demi.

Ce cuir rend un poids de 75 p. 100 inférieur de celui préparé à l'écorce de chêne.

On obtient un cuir souple et 35 p. 100 plus résistant que le cuir au tan. Il est beaucoup employé dans la fabrication des semelles.

4. — Tannage avec les matières albuminoïdes. — Ce procédé est dû à Putz, à Passau (Bavière) en 1879. On gonfle la peau avec une dissolution de sel et d'alun, on colore avec un peu d'écorce de chêne et on imprègne la peau avec une dissolution de poils, de déchets de cornes et autres débris d'abattoirs, dans la soude caustique ; on ajoute à celte solution un cinquième du poids de ces matières avec de l'huile de poisson, et on sature l'excès d'alcali exactement avec de l'acide sulfurique étendu. Cette solution est introduite dans le cuir par le foulage. On plonge le cuir dans la liqueur tannante (alun, sel et écorce) el on répète le foulage avec le liquide albuminoïde jusqu'à saturation du cuir.

DES DIVERS PROCÉDÉS DE TANNAGE On obtient du cuir raide ressemblant à du carton.

5. — Cuir transparent. — Breveté par L. Starck de Mayence se prépare comme suit :

Les peaux sont dépitées, nettoyées et étendues sur des châssis et frottées à l'aide d'un mélange de : 1,000 parties de glycérine à 26 degrés, 2 parties d'acide saiicylique, 2 parties d'acide picrique et 25 parties d'acide borique. Avant que les peaux soient parfaitement sèches, on les introduit dans une chambre à l'abri de la lumière solaire, et, là, on les imbibe d'une dissolution de bichromate de potasse ; puis on achève de les dessécher. On les couvre alors d'une solution alcoolique de shellac et on a ainsi du cuir transparent.

Le shellac est la gomme laque ordinaire.

Ce cuir est très résistant et donne d'excellentes courroies.

6. — Tannage à la pyrofuxine. — Découvert par le professeur P.-E. Reinsch, d'Erlanger. On extrait la pyrofuxine des charbons bitumineux. Pour cela on réduit le charbon en menus fragments, on fait bouillir avec une solution de soude caustique, on laisse reposer, on décante, on sature par l'acide carbonique et on obtient un liquide de densité 1,025 à 1,030, qui renferme 10 à 15 grammes de pyrofuxine par litre. C'est une matière inodore, insipide, insoluble dans l'eau, non vénéneuse, pâteuse; soluble dans les alcalis en donnant un liquide brun foncé. Elle possède des propriétés antiseptiques particulières, en contact avec les tissus épidermiques et musculaires, elle donne des combinaisons qui résistent à l'eau. C'est sur cette dernière propriété qu'est basé le procédé de tannage; il suffit de tremper la peau dans sa dissolution alcaline; le temps du tannage n'est que le quart de celui de la méthode au tan. Ce procédé donne des cuirs noirs et gonflés.

7. — Tannage au fer. — En 1842 Darcet tannait les cuirs en les plongeant dans une dissolution de sulfate de sexquioxyde de fer, mais l'acide sulfurique, qui restait toujours libre dans les cuirs, exerçait une destruction continuelle et une désagrégation complète. En 1856 Friedel tannait avec le même corps mélangé

avec de l'oxyde de zinc ou d'alumine. En 1858 Knapp indiquait la manière de tanner avec les sels de fer au moyen des savons, et trois ans auparavant, au commencement des études de Knapp, lîcllfond fait les premiers essais de tannage minéral au fer.

On prépare 2 bains, l'un d'eau de savon, l'autre d'une dissolution de fer. La dissolution ne doit pas contenir un vingtième à un trentième de savon et doit être maintenue à 35 degrés. La solution de fer est au dixième; on emploie de préférence le perchlorure. On plonge les cuirs dans la solution métallique, on les y agite pendant quarante-huit heures. On égoutte les peaux et on les jette dans la dissolution savonneuse; lorsque la réaction est complète, on les lave et on les sèche.

En 1877 Paesi proposa de tanner au perchlorure de fer et sel marin. Eau 100, perchlorure de fer 10, sel marin 5; à 20 degrés centigrades.

Le cuir ainsi obtenu est d'une mauvaise couleur et tôleux, c'est-à-dire roide comme une feuille de tôle. Il en est de même du suivant.

8. — Tannage au chrome. — On place les peaux ébourrées dans des cuves avec du bichromate de potasse en dissolution dans laquelle on fait passer un courant d'air de manière à la maintenir toujours en mouvement. Après une semaine le tannage est terminé. On leur fait absorber une certaine quantité de. paraffine et on les dirige au corroyage. Ce procédé, dû à M. C. Heinzerling en 1877, eut une certaine vogue qu'il n'a pas gardée à cause de la défectuosité du procédé qui donne un cuir rouge brun, peu résistant, dur et sans profit. Sa fabrication coûte 25 p. 100 de moins que celui à l'écorce de chêne.

M. Vanderstraeten imprègne fortement du cuir tanné à la manière ordinaire, avec une solution de bichromate, puis d'une imprégnation dans un bain à chaud de gélatine. Il se forme à l'intérieur du cuir un précipité de gélatine lorsqu'on trempe le cuir dans un bain acide.

MM. Balastschano et Trenk imperméabilisent les cuirs de la même façon.

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