II. PROCÉDÉS PHYSIQUES
1. — Chaleur. — La chaleur est un puissant auxiliaire pour activer le tannage, mais malheureusement on n'obtient que des cuirs spongieux, n'ayant que peu de résistance et surtout à fleur cassante. On ne doit pas dépasser 25 à 30 degrés. Tous les procédés tendant à chauffer les cuves ou les fosses, alternativement à une température basse et haute ou tout autrement, donnent des produits inférieurs.
2. — Vide. — L'emploi du vide pour accélérer le tannage a été la base d'un grand nombre de procédés qui n'ont aucune valeur, attendu que le vide ne produit aucun effet sur la peau, sur le tannin et sur l'absorption de ce dernier par la peau. Tous les procédés se résument en ceci : mettre les peaux dans une cuve en bois ou métal hermétiquement close ; ces peaux pourront être agitées par un des appareils cités plus haut ; on introduit du jus de tannin, on le laisse en contact avec la peau pendant un certain temps en faisant le vide au-dessus du liquide; évacuer le liquide, faire rentrer l'air, le laisser en contact avec la peau pour qu'elle
s'en pénètre bien, faire Je vide nouveau, introduire le jus un peu plus fort que le précédent, et ainsi de suite une ou deux fois par jour pendant tout le temps que dure le tannage.
Tels sont les procédés Poole, Knowlis, Dnesbury, Knoderer, Eason, Hamer, Macrum, Lanvin Schraen, etc., etc.
On a appliqué le vide pour faire traverser sous l'influence de la pression atmosphérique, le liquide tannant à travers la peau (Sautelet). Ce procédé est trop compliqué et peu pratique tout en donnant un cuir creux.
3. — Evaporation. — Ce procédé consiste à faire pénétrer le tannin dans les peaux en les humectant d'un côté avec du jus de tan, et au moyen d'une chaleur artificielle on fait évaporer par l'autre côté une portion de l'eau qui passe à travers le cuir. Une peau est tannée en dix jours (Rotch).
4. — Electricité. — L'électricité, qui vient de bouleverser le monde par ses utiles et avantageuses applications, a eu beaucoup moins de succès dans l'opération du tannage. On sait que le courant électrique décompose l'eau en ses principes constituants : oxygène et hydrogène, qui, à l'état naissant, agissent sur les matières tannantes pour les détruire. On ne pouvait songer que sur l'effet du courant sur le liquide pour faciliter la combinaison, mais jusqu'à ce jour on n'en a reconnu aucunement l'utilité.
Le premier inventeur qui eut l'idée d'appliquer l'électricité au tannage est Willam-Henry Ward, à Auburn (comté de Cayoya), Etats de New-York, qui prit un brevet le 10 décembre 1859.
En 1883, Gaulard donnait un procédé consistant à suspendre les peaux dans un bain de tannin que traverse un courant électrique. L'hydrogène dégagé parle courant agissait, suivant l'auteur sur le cuir pour détruire les matières azotées (???). Au bout de huit jours d'immersion dans ce bain, on remplace la solution de tannin par une autre plus concentrée, et on change le sens du courant en renversant les pôles des électrodes. L'oxygène agit alors sur le liquide, oxyde le tannin et entraîne la précipitation de ce dernier dans les cellules de la peau.
En 1887, deux Suédois, MM. Aborn et Lanclin de Stockholm, ont indiqué un procédé basé sur l'emploi de courants électriques pour abréger le tannage. Les auteurs prétendent que l'électricité favorise les actions capillaires et endosmotiques grâce auxquelles le tannin pénètre dans les pores de la peau. La peau à traiter est placée dans une solution de tannin entre 2 électrodes, par exemple entre 2 plaques de cuivre plongées dans la solution. On peut aussi faire l'opération dans une cuve métallique qui constitue alors un des électrodes. Il serait indispensable d'employer des courants alternatifs : les courants continus donneraient un dégagement gazeux, d'où 11 résulterait une oxydation et une perte de la substance tannique.
5. — Pulvérisation. — Nous avons mis à profit le procédé de Bandsept pour l'imprégnation des tissus par pulvérisation. Nous l'avons appliqué au tannage des petites peaux: chèvre, chien, mouton, etc. Les peaux sont tendues sur un cadre en bois et fixées rapidement au moyen de crochets en enivre. On dirige dessus la peau placée verticalement un jet de matière tannante liquide, pulvérisée, dans une direction faisant 20 degrés avec la surface de la peau.
Pendant la première heure on injecte du jus à 5 degrés au pèse-tannin, pendant la seconde heure du liquide à 10 pendant la troisième du liquide à 15, pendant la quatrième du liquide à 20, pendant la cinquième du liquide à 26, et pendant la sixième du liquide à 30.
Pratiquement, voici comment doit s'exécuter l'opération: On coud les chèvres 2 à 2, puis on réunit ces séries de 2, à la suite les unes des autres, de manière à former une chaîne sans fin. On a ainsi 40 peaux, formant une chaîne de 18 mètres de longueur que l'on fixe sur 2 rouleaux ; le supérieur fixé au fond est immobile, l'inférieur fixé au plancher est mobile dans un coulisseau et sert à donner à la chaîne une tension convenable ; il est en outre mis en mouvement à raison de 1 tour par minute , de façon que la peau n'avance que de 25 centimètres à la minute. A lm,50 du sol se trouve le jet pulvérisateur, obtenu par les appareils connus, et dirigé horizontalement dans
le sens de la largeur des bandes de peau. Il faut deux heures pour que tout le ruban de peau soit imprégné.
On donne 2 tours pour ehaquejus, qui sont gradués comme cidessus. Le tannage demande vingt-quatre heures pour la bande de 40 peaux.
Une peau de veau a été tannée convenablement en cinq jours. Une peau de vache en sept jours et une peau de bœuf en quinze jours.
G. — Lumière. — Un procédé bizarre s'il en est un est celui de Coccolhk, qui active et fixe le tannin (??) par emploi de cuves lumineuses. Il est inutile d'ajouter que cette idée n'a rien de sérieux et nous ne faisons qu'en signaler l'absurdité.