‹ Traité pratique de la gravure à l'eau-forteChapitre 24 sur 44 · EXÉCUTION D’UN PORTRAIT - GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

EXÉCUTION D’UN PORTRAIT - GÉNÉRALITÉS

La première et la plus importante opération est celle du calque dont l’exactitude ici doit être rigoureuse ; quelle que soit l’œuvre originale, le dessin sur lequel le calque est pris doit être ferme et de contours voulus, plutôt heurtés que doux, afin que toutes silhouettes s’accusent, que toutes formes s’imposent, sans risque d’être amollies par l’opération du report et les travaux consécutifs. De ce calque dépend la réussite de la gravure ; il est donc de toute nécessité que le dessin en soit cherché et fouillé, pour ainsi dire, jusqu’en ses moindres détails, car la gravure ici doit avant tout être con-

LE PORTRAIT ET LE GENRE

sidérée comme œuvre de précision, s’il s’agit de traduire à l’eau-forte une œuvre peinte, dont il faudra rendre l’esprit et la touche môme. Aussi, doit-on avoir soin d’indiquer de suite le sens des travaux et surtout de bien établir les plans et la limite de l’ombre et de la lumière.

Le calque étant fait et réussi, l’exécution ainsi soignée ayant déjà mis en l’esprit les formes exactes du sujet à reproduire, il n’est pas nécessaire de le suivre au transport, trait pour trait : on en tracera toutefois le plus exactement possible les contours et tout ce qui constitue le dessin, puis les masses d’ombres par un travail régulier et bien dans la forme, en tenant compte des règles de la perspective pour les parties fuyantes et les raccourcis qui peuvent se présenter.

Il faut déjà, dans ce premier travail, que la pointe soit conduite de façon à donner pour les cheveux une exécution souple et soyeuse, ferme ou molle pour les chairs, suivant que celles-ci reposent sur des parties osseuses ou non ; enfin, que les étoffes en diffèrent par des coups de pointe libres et variés.

Lorsque le travail du premier état est terminé, c’est-àdire, lorsque tout est parfaitement indiqué soit dans l’ombre, soit dans la lumière, on procède à la morsure.

Il faut laisser mordre d’abord légèrement l’ensemble de la planche. Aussitôt qu’on est certain que tout est mordu, on couvre au vernis les travaux faits dans la lumière, auxquels on ne veut donner que l’importance d’une indication légère au crayon ; cela fait, on remet la planche dans le bain et on laisse mordre un certain temps, de manière à doubler à peu près la valeur de la première morsure.

On couvre alors les parties intermédiaires, de manière à réserver franchement le parti-pris d’ombre qu’on veut obtenir sur le portrait.

LA GRAVURE A L’EAU-FORTE

On remet dans le bain pour la troisième fois, et on laisse mordre un temps suffisant pour que les tailles aient pris une importance double de celle de la seconde morsure et triple de la première.

On peut alors dévernir la planche et l’on a le premier état, dont il est urgent de faire de suite tirer une épreuve. Nous disons de suite, parce que plus la comparaison de cette épreuve avec le dessin original est rapprochée des premiers travaux et des morsures, meilleures sont les observations qui en résultent, et les causes de défectuosités pratiques, s’il en existe, apparaissent plus nettes à l’esprit.

Le dessin doit être correct, l’aspect général bien en valeur, mais il peut subsister des lacunes ou des duretés ; en plus, il y a toujours un certain décousu dans les travaux de premier état.

Pour terminer une gravure, portrait ou autre, ce sont toujours les mêmes principes : ou bien il faut retirer des travaux, en diminuant leur importance à l’aide du brunissoir, afin de mieux laisser voir et dominer les travaux utiles, ou bien il faut en ajouter de nouveaux ; l’étude comparative du modèle et de l’épreuve de premier état est le seul guide en ceci, d’autant plus que, presque toujours, les deux moyens devront être employés simultanément.

Après avoir constaté que tout est bien en valeur, on devra relier les ombres aux lumières, à l’aide de la pointe sèche, de façon que les partages deviennent insensibles ; on peut, pour cela, continuer finement les premières tailles en les prenant par l’une de leurs extrémités et les perdre en mourant dans les tailles voisines.

On peut également ajouter de nouveaux travaux croisés ou intercalés longitudinalement. Le portrait sera terminé, lorsque rien dans la masse de lumière ne viendra heurter

LE PORTRAIT ET LE GENRE

l’œil et que les ombres bien dessinées seront parfaitement douces à leur passage dans la lumière.

Le burin peut être employé, mais très sobrement, conjointement avec la pointe, soit pour aider à la transition entre l’ombre et la lumière, soit pour quelques traits de force dans les vigueurs. Enfin, si quelque noir plus intense est nécessaire lorsque toutes les ressources sont épuisées, on peut encore recourir à une dernière morsure, au moyen de laquelle on peut également redonner de la fraîcheur à une planche trop fatiguée par le travail de l’outil. On fait alors tirer quelques épreuves de l’état définitif, afin de s’assurer que l’œuvre est bien complète, qu’elle est bien et suffisamment modelée, que tous les travaux y sont fondus et que plus n’est besoin de quelque retouche de pointe sèche.

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