APPLICATION
Notre maître, M. A. Mongin, a bien voulu exécuter pour nous le portrait en deux états que nous donnons pour type; suivons le pas à pas dans la conduite de ce travail :
Premier étal. — Le calque sera fait comme il a été dit, avec soin, accusant bien la construction générale, précisant le dessin des contours extérieurs qu’on repasse aussi franchement que possible ; puis on massera les cheveux qui s’enroulent légèrement autour de la tête, donnant bien la taille dans le sens des mèches et la différence de l’éclairage ; de même pour les chairs qui, devant être peu mordues, seront exécutées par une taille simple dans la lumière et croisée dans les ombres.
La cravate, accessoire ici fort important comme valeur, sera d’une taille souple, allongée, afin de produire la sensation du flou d’une étoffe légère.
LA GRAVURE A L’EAU-FORTE
Le reste des vêtements sera rendu par une taille libre et longue, croisée dans les accents.
Morsures du premier état. — La planche étant ainsi gravée, on fera mordre légèrement, ce qu’on nomme ce aux premiers bouillons ; » puis on couvrira la cravate pour remettre dans le bain et l’on fera remordre les cheveux et les chairs qu’on couvrira ensuite pour une troisième morsure, destinée seulement à accuser les vêtements.
On le voit, la cravate est la valeur la plus légèrement mordue, tandis que les vêtements seront attaqués par l’acide durant les trois morsures, et leur vigueur est encore augmentée par le croisement des tailles.
Dernier état. — Pour terminer le portrait ainsi préparé, on revernira la planche au rouleau et l’on fera remordre les parties faibles, après avoir recouvert à nouveau, au petit vernis, celles qui n’en ont pas besoin :
1° Le vêtement de dessus et le gilet qui ne se détachent pas assez de l’ensemble ;
2° L’œil du même côté sous l’arcade sourcilière ;
3° Le front dans la partie d’ombre afin de masser le haut de la tête ;
4° Les cheveux sur le haut de la tête et du côté de l’ombre ;
5° Le coin de la bouche dans la lumière pour lui donner plus de fermeté.
Cette remorsure générale faite, il faut reprendre à l’outil les chairs, en vue de les colorer, en reliant la lumière à l’ombre, de manière à rendre les cheveux légers par rapport aux chairs.
Ce travail sera poussé aussi loin que possible, en ménageant la lumière, en ramenant les modelés vers les parties dans l’ombre et en affirmant les accents et les reflets dans cette ombre.
A. MONGIN
Portrait de J. -B. Greuze
Fac similc du cuivre gravé par l'artiste ,
LE PORTRAIT ET LE GENRE
La cravate sera laissée légère et peu travaillée.
Les vêtements seront terminés à l’eau-forte, afin de bien établir la différence de nature et de qualité entre eux et les autres travaux, ceux qui rendent les chairs et les cheveux.
Dans l’épreuve terminée, toutes les interruptions de tailles ont dû disparaître ; les ombres doivent se fondre dans la lumière par des demi-teintes légères. Si quelque dureté subsiste encore, la pointe sèche en aurait raison, comme le burin ajouterait aux vigueurs ; enfin une dernière remorsure pour les ombres, si les fermetés sont venues un peu dures par le creusement des tailles et ont besoin d’être fondues en teintes.
On voit, par cet exemple, que les principes généraux ont été scrupuleusement respectés ; il doit en être ainsi lors des premiers essais, car l’amateur ne pourra s’en écarter qu’après un certain nombre d’exercices et lorsqu’il aura acquis une expérience suffisante.
Je ne voudrais pas ici faire une digression sur les maîtres du portrait à l’eau-forte, ceci est du ressort de l’histoire et nous entraînerait trop loin. L’amateur qui veut faire le portrait doit évidemment en voir beaucoup d’abord, observer la marche du travail chez les différents artistes qui les ont traités avec talent et, par dessus tout, étudier l’œuvre de Rembrandt, le génie même de l’eau-lorte. Oh! ce n’est pas qu’il faille chercher à Limiter, loin de moi cette idée, je pense qu’en art ce qui est excellemment rendu n’est plus à chercher, et bien que l’œuvre du grand Hollandais soit de tous les temps, le graveur d’aujourd’hui doit répondre à des besoins tout autres de modernité. Mais il apprendra, dans la contemplation des œuvres du maître, quelle préoccupation constante doit le tenir dans la recherche de l’effet, quelle précision de forme il doit imposer à sa pointe, s’il veut fixer
sur le cuivre une œuvre durable. Et à ce point de vue, l’œuvre de Tiepolo est également à étudier. Pour les sujets de genre, nos maîtres du xvm° siècle présentent les meilleurs enseignements. On trouvera toutes références à cet égard dans l’excellent ouvrage des de Goncourt, et l’un de ces maîtres, Cochin, a laissé des conseils écrits que nous croyons devoir relater ici.
La gravure diffère du dessin en ce que, dans celui-ci, on commence par préparer des ombres douces et ensuite les touches par dessus, au lieu que, dans la gravure, on met les touches d’abord, après quoi on les accompagne d’ombres, parce qu’on ne rentre point les tailles sur le vernis qui n’a pas assez de résistance pour assurer la pointe, et faire qu’elle ne sorte pas de traits déjà faits.
Il n’est pas nécessaire de dessiner partout à la pointe le trait de ce qu’on veut graver, avant de l’ombrer, parce qu’il pourrait se trouver, dans la suite de l’ouvrage qu’on aurait tracé, des endroits où il n’était pas a propos de le faire ; on peut donc tracer, :par^petites parties, à mesure qu’il en est besoin, pour y placer les ombres, en marquant les principales touches, et ensuite dessiner le côté du jour, avec une pointe très fine ou même avec de petits points, si ce sont des chairs ne formant de traits que dans les endroits qui doivent être un peu plus ressentis ; il faut aussi accompagner ces traits soit de