‹ Traité pratique de la gravure à l'eau-forteChapitre 33 sur 44 · DE L’IMPRESSION · texte numérisé non relu

DE L’IMPRESSION

main pour les blancs, on retroussera les noirs avec une mousseline douce pour avoir des demi-teintes légères entre les tailles, mais ce sont là des procédés qu’il faut surtout appliquer selon la nature même des travaux. Un graveur habile doit, selon nous, laisser le moins possible à l’initiative de l’imprimeur, car si pour les premières épreuves il se trouve présent au tirage, il n’en saurait être de même plus tard ; alors quel guide l’ouvrier, même habile , aura-t-il pour rendre la pensée de l’artiste. A notre avis, l’artiste doit pousser la planche suffisamment, y estamper les travaux, de telle sorte que l'effet qu’il a cherché soit rendu bien exact par le le tirage courant, sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours aux ficelles du métier. Il n’en est pas de même si l’artiste imprime ses eaux-fortes et les annule après son propre tirage ; oh ! alors, il sait où il va et peut se servir de toutes les ressources de l’impression, ayant compté sur le parti qu’il peut tirer des travaux même les plus légers, de la moindre esquisse à peine indiquée.

Il nous reste à dire quelques mots des papiers employés au tirage des eaux-fortes et des différentes qualités d’épreuves.

Les papiers sont de quatre sortes : le papier vergé courant pour le tirage général ; on l’emploie bien entendu pour les épreuves d’état ou d’essai ; les trois autres sont des papiers destinés aux épreuves de luxe, ce sont : le parchemin, le papier du Japon, le papier de Chine. Il y a ici comme en tout une mode; les plus belles épreuves anciennes et les plus rares sont tirées sur Chine extrêmement mince ; aujourd’hui, les parchemins translucides ou les Japons fermes sont plus en faveur.

C’est sur ces derniers que se font les premiers tirages : épreuves de remarque , épreuves d’artistes , épreuves avant la lettre.

LA GRAVURE A L’EAU-FORTE

On appelle épreuves de remarque celles qui contiennent en marge un petit croquis fait par le graveur lui-même et qui atteste par sa présence ce premier tirage, puisqu’au bout d’un certain nombre (cent en est ou devrait en être le maximum) l’artiste enlève cette remarque.

Après cette opération, on tire encore quelques épreuves que l’artiste signe en marge au crayon, ce sont les épreuves d’artistes.

Puis vient un tirage un peu plus important qui donne l’ensemble des épreuves avant la lettre.

Enfin l’épreuve courante est celle qui porte au bas le titre de la planche, à gauche le nom du peintre, à droite celui du graveur.

Jusqu’à l’épreuve courante, l’imprimeur tire généralement sur le cuivre nu ; lorsque toutes ces épreuves de luxe sont tirées, on acière la planche, opération sans laquelle un cuivre ne saurait fournir un nombre suffisant d’épreuves sans se détériorer et qui consiste à revêtir, par un procédé galvanique, toute la planche d’une légère couche d’acier qui lui donne une résistance à toute épreuve; on pourrait même tirer à l’infini, en ayant soin de faire aciérer à nouveau au bout d’un millier d’épreuves.

Toutefois cela nous semble bien superflu puisque la valeur d’une estampe dépend surtout de sa rareté et par conséquent de son tirage restreint. Aussi l’on peut dire que les épreuves véritablement artistiques, celles qui méritent toute l’ attention des amateurs, sont celles dont les planches sont restées aux mains des artistes eux-mêmes, dont l’amourpropre et la dignité n’ont autorisé qu’un tirage à petit nombre, après quoi ils renvoient le cuivre au planeur pour faire place à une oeuvre nouvelle.

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