‹ Traité pratique de la gravure à l'eau-forteChapitre 32 sur 44 · DÉSIGNATION, ÉTAT ET QUALITÉ DES ÉPREUVES · texte numérisé non relu

DÉSIGNATION, ÉTAT ET QUALITÉ DES ÉPREUVES

Une planche terminée, c’est avec une légitime impatience que le graveur en désire voir l’épreuve; sans doute il peut courir chez l’imprimeur de taille-douce qui souvent interrompt tout travail pour lui donner satisfaction; mais combien il est préférable, selon nous, d’avoir sous la main une presse d’amateur qui attend là et nous invite au travail. Tirer une épreuve d’eau-forte terminée est une opération délicate qui demande de l’expérience, du goût, beaucoup de tact et mieux vaut, sans doute, pour ce tirage définitif où les papiers employés sont d’un prix élevé, recourir à l’ouvrier habile en son art. Mais pour toute la durée du travail rien ne vaut, croyons-nous, le tirage fait à l’atelier par le graveur luimême, car les épreuves qu’il sort de la presse lui indiquent nettement les défectuosités de sa planche comme aussi les ressources que pourra en tirer l’imprimeur de métier dont la part est si grande dans le rendu de l’eau-forte. Procurez-

vous donc une presse d’amateur et tirez vous-même les épreuves de vos états successifs, vous y aurez, dans la suite, économie de temps et progrès dans le travail.

Donc, vous aurez une presse; à côté, une caisse de tôle avec un réchaud à chaufferette, un tampon, du noir posé sur un marbre, des chiffons, de la mousseline raide, demiraide et d’autre très douce, un tampon d’ouate et du blanc d’Espagne.

Votre planche étant prête, c’est-à-dire parfaitement nettoyée, vous la placez quelques instants sur le réchaud et en même temps commencez l’encrage; en la tenant par un de ses coins, de la main gauche, vous étalez le noir à l’aide du tampon que vous promenez sur toute la surface, tapottant partout d’une manière égale, de façon que l’encre pénètre complètement au fond des tailles. Vous essuyez successivement d’abord à la mousseline raide, puis demi-raide, puis fine ; en dernier lieu, vous donnez les brillants avec la paume de la main, le tout très également. Quand la planche est ainsi bien encrée, vous nettoyez les marges au blanc d’Espagne.

Vous placez alors la planche sur la table de presse qui s’engage entre les cylindres, vous appliquez la feuille de papier préalablement humidifiée, vous rabattez les langes de flanelle et donnez le coup de presse. Pour que l’humidité du papier soit au degré voulu , il faut le préparer quelque peu d’avance1 et pour cela le mouiller amplement des deux côtés ; au moment de s’en servir, il est bon de le brosser légèrement du côté de l’estampe.

On obtient ainsi une épreuve nature ; selon qu’on voudra la parer en certains endroits, on l’adoucira à la paume de la

1. Abraham Brosse conseille de préparer les papiers la veille du tirage.

Page 1