‹ Traité pratique de la pierre dans la vessieChapitre 7 sur 44 · CONSIDÉRATIONS PRELIMINAIRES. — FREQUENCE DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRELIMINAIRES. — FREQUENCE DE LA MALADIE

L'urine, en traversant l'appareil urinaire, peut abandonner les différents sels qui entrent dans sa composition, soit normalement, soit accidentellement. Ces substances, devenues libres, forment des précipités ; d'autres fois elles se cristallisent, enfin elles peuvent, en s1 accumulant, donner naissance à des concrétions dont le volume varie à l'infini. Les observateurs ont divisé les dépôts salins en trois catégories, qui sont : les sables, la gravelle, et enfin les pierres. Les sables que laisse déposer l'urine, sont rendus sans que leur expulsion donne lieu à aucun phénomène saillant. Au contraire, la migration de la gravelle, et à plus forte raison celle des concrétions calculeuses, provoque une série

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d'accidents, qui constituent la colique néphrétique. Lorsqu'une de ces concrétions parvient dans la vessie, si au lieu d'être rendue elle y séjourne, son volume devient chaque jour plus considérable, et sa présence détermine des lésions bientôt suivies d'accidents variés, les individus sont alors atteints d'une maladie dont la marche peut être variable, mais dont la terminaison est presque constamment funeste. Ils ont la pierre.

On voit par ce qui précède que nous n'envisageons pas la pierre comme un simple corps étranger contenu dans le réservoir de F urine, mais bien comme une maladie dont le calcul constitue seulement un des phénomènes. Certes, les corps étrangers qui pénètrent accidentellement dans la vessie, peuvent déterminer des accidents qui rappelleront les symptômes de la pierre, mais ils en différeront par l'acuité des troubles morbides, par la rapidité de leur apparition, et enfin parla rémission brusque qui succédera toujours à l'extraction. On nous objectera que bien des calculeux, les jeunes sujets surtout, guérissent d'une manière radicale, et que chez eux la destruction de la pierre s'accompagne d'un soulagement immédiat, qui n'est comparable qu'à celui qu'on obtient en faisant disparaître un corps étranger venu du dehors. Cependant, la récidive de l'affection calculeuse s'observe, ce qui démontre que la pierre reconnaît pour cause des conditions vitales et physiques, qui peuvent persister et qui, pour n'avoir été que passagères dans la plupart des cas, n'en ont pas moins existé. Les nécropsies font encore voir que l'inflammation des reins n'est pas chose rare, même chez les jeunes sujets; enfin, la cli-

nique démontre qu'il existe chez les calculeux des perversions constantes ou momentanées de la sécrétion urinaire, ainsi que des troubles variés dans la miction. Nous reviendrons du reste sur ces diverses circonstances, qui se rattachent à la formation des calculs delà vessie ; mais ce que nous voulons établir c'est que, en traitant de la pierre vésicale, nous entendons parler d'une maladie qui a une marche et une durée déterminées, et pour laquelle l'hygiène et la thérapeutique peuvent être d'un immense secours.

La maladie qui nous occupe a une fréquence relativement considérable, cependant il est impossible de rien préciser à ce sujet : les statistiques que l'on a pu recueillir portent sur des faits tirés de la pratique des hôpitaux, et ne sont par conséquent relatives qu'à la classe indigente de la société. Civiale a réuni des documents sur l'affection calculeuse pendant une période de dix ans. Ses recherches sont basées sur des renseignements certainement incomplets, qui lui sont arrivés de France et des pays étrangers. De cette manière, il est arrivé à réunir 5900 calculeux pour une période de dix ans. La France, à elle seule, figure pour 28oA. Le royaume lombard-vénitien , pour 110/i. Viennent ensuite la Bavière, Naples, la Sardaigne, etc. Sur ce chiffre, 5900 calculeux, on compte 5/r97 hommes et 309 femmes.

Le tableau des calculeux de la France comporte 283/i individus affectés de la pierre; dans ce chiffre, la ville

l\ TRAITÉ PRATIQUE DE LA PIERRE.

de Paris figure pour plus de 1100 malades. Il ne faudrait pas en conclure que la pierre est si fréquente dans le département de la Seine, mais on doit reconnaître là une nouvelle preuve de l'affluence des malades vers le centre des lumières.

Quel est le rapport entre le nombre des calculeux et celui de la population en général ? Les renseignements sont insuffisants pour résoudre ce problème ; ils permettent seulement de supposer que ce rapport varie beaucoup suivant les localités. L'influence des climats sur la production de la maladie n'est pas moins problématique; cependant l'affection calculeuse paraît fréquente dans les pays chauds. Mais ce qui est bien remarquable, c'est la grande variation dans le nombre des calculeux d'une même localité, suivant telle ou telle époque.

Une chose plus importante , c'est la fréquence de la pierre aux différents âges de la vie. En consultant le tableau général donné par Civiale, on constate que la moitié des calculeux n'avaient point atteint l'âge de quatorze ans ; toutefois cette proportion considérable en faveur des enfants ne se retrouve pas dans certains pays, ce qui semblerait révéler une influence locale. On a, d'une manière générale, remarqué que les enfants qui ont la pierre appartiennent presque exclusivement à la classe indigente.

Le tableau que nous avons plusieurs fois cité contient les données suivantes : sur 5376 calculeux il s'est trouvé 2416 enfants, 2167 adultes et 793 vieillards; ou 1946 .jusqu'à dis ans, 9/l3 de dix à vingt ans, /i60 de vingt

à trente, 330 cle trente à quarante, 391 île quarante à cinquante, 513 de cinquante à soixante, 577 de soixante à soixante et dix, 199 de soixante et dix à quatre-vingts, et \ 7 au-dessus de quatre-vingts ans. On peut traduire ces résultats numériques en disant, que la plus grande fréquence de la pierre s'observe dans les dix premières années de la vie, puis qu'elle va sans cesse diminuant jusqu'à l'âge de quarante ans, époque à laquelle la proportion des calculeux augmente avec l'âge.

La condition sociale, la profession des individus, ont-elles une influence sur la production de la pierre?

Il est impossible de donnera cette question une réponse positive. Pour les enfants, il est démontré, comme nous l'avons déjà dit, que le plus grand nombre des calculeux appartient aux classes nécessiteuses de la société; par contre, la pierre, passé l'âge adulte, semble plus fréquente chez les individus riches et adonnés à la bonne chère. Mais ce sont là des résultats très-approximatifs, et les exceptions à cette prétendue règle sont nombreuses. Les professions sédentaires exposent, dit-on, à la formation des calculs. Quant à dire que les militaires sont rarement affligés de cette maladie, c'est répéter que l'affection calculeuse est rare de vingt à trente ans.

Une question importante, et sur laquelle on ne saurait trop appeler l'attention des observateurs, se rattache à l'influence de l'hérédité sur la production de la pierre vésicale. Ici les faits sont peu nombreux et contradictoires; mais il nous semble résulter de quelques observations authentiques que l'hérédité retentit de ses influences mystérieuses dans la production des calculs de la vessie.

La néphrite calculeuse est une des localisations de la diathèse goutteuse. Il est donc admissible que, dans ces circonstances, elle soit perpétuée par hérédité, avec la même cause héréditaire qui préside à son développement ; nous reviendrons plus tard sur l'étiologie de la pierre vésicale.

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