‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 9 sur 103 · PREMIER DEGRE DE LA PNEUMONIE · texte numérisé non relu

PREMIER DEGRE DE LA PNEUMONIE

pression comme le ferait un tissu œdématié. Lorsqu’on divise cette partie du poumon, il s’échappe aussitôt de la surface des incisions une grande quantité d’un liquide séreux, rougeâtre, trouble et spumeux ; la texture de l’organe n’est pas profondément altérée ; il est encore facile de reconnaître l’état spongieux du tissu; celui-ci offre seulement une coloration rouge ou livide plus ou moins foncée, sa consistance est diminuée; on le déchire plus facilement que dans l’état normal , et l’on peut le pénétrer avec les doigts sans employer beaucoup de force. Cette friabilité du tissu avait été donnée autrefois comme pouvant différencier l’engouement inflammatoire de celui qui n’est que passif ou mécanique, et qu’on voit se former dans les parties déclives du poumon, dans les derniers instants de la vie ou même après la mort. Mais de nombreuses observations ont démontré que la friabilité du tissu pulmonaire pouvait être indépendante de tout travail phlegmasique , et cj[u’elle était souvent le résultat d’une accumulation toute passive des liquides, qui produisent alors une sorte de macération. On a prétendu que, dans les cas où le tissu pulmonaire n’était qu’engoué, il suffisait de le laver, de le malaxer sous un filet d’eau, et de le priver par l’expression de tous les liquides qu’il contenait pour lui rendre sa couleur et sa consistance normales ^ tandis qu’en opérant de la même manière sur une portion de poumon qui présente l’engouement inflammatoire , on parvient souvent à diminuer sa coloration morbide , sans faire perdre au tissu sa friabilité. Mais il est reconnu maintenant que cette même friabilité peut persister dans des cas où il n’y a eu qu’un engouement purement mécanique. Je pense donc avec M. Bouillaud, (1) qu’il est des circonstances où il est difficile et même impossible de dé' terminer , d’après la simple inspection cadavérique, si l’engoue ment qu’on observe est inflammatoire ou simplement mécanique. Il faut alors comparer les lésions anatomiques qu’on trouve, aux symptômes qui ont été observés pendant ia vie.

Quoi qu’il en soit , dans cette première période de la maladie le tissu pulmonaire est encore perméable. Mis dans l’eau, il surnage plus ou moins complètement; mais les cellules paraissent être obstruées et leur cavité est plus ou moins rétrécie. MM. Hour-

(l) Diction, cleméc/., art. Pnkumo.mu.

ANATOMIE PATHOr.Or.IQDE.

nifinn ot Declianibi'e ayant, en oflet, dessÉclié clos tranches do ponnion cnjjoué, cl les ayant exaininces à la loupe , ont trouve; que les cloisons qui circonscrivent les cellules et les lamelles suspendues dans leur aire, étaient pénétrées d’arborisations de plus en plus tenues et multipliées, suivant le degré de la congestion sanguine (1); mais pour peu que cette congestion soit lorte, les vaisseaux sont si nombi*eux et confondus, qu’ils ne laissent entre eux aucun intervalle appréciable. Suivant M. Gluge, le sang ainsi combiné au tissu des poumons subirait divers changements, diverses transformations. Cet auteur a prétendu dans une note adressée à l’Académie des Sciences , que, si on examine les capillaires dans l’engouement inflammatoire des poumons, on ne voit plus le sang rouge, solidifié ou liquide, mais une masse noirâtre , dans laquelle on aperçoit de petits vides, et qui, examines sous un fort grossissement, se montrent être une agglomération de globules ayant un diamètre de l/éOO ou 1;500 de millimètre. Isolés , ces globules sont parfaitement transparents; mais leur agglomération, qui se fait par l’interaiécliaire d’une substance blanchâtre , est à peu près opaque. Il paraît que ces petits corps ne sont autre chose cjue les globules sanguins réduits à leur noyau, l’enveloppe ayant été détruite par l’effet d’un travail pathologique [2). J’indique ces résultats sans en garantir l’exactitude; mais je les donne afin de provoquer de nouvelles recherches; ayant en effet déjà remarqué combien l’inspection seule était insuffisante pour faire distinguer l’un de l’autre l’engouement inflammatoire et cadavérique, il convient de rechercher si l'examen microscopique ne pourrait pas fournir quelques renseignements utiles.

D’après M. Stokes (3) l’engouement inflammatoire c[ue je viens de décrire ne devrait point constituer le premier degré de la pneumonie, puisque, suivant cet auteur, il serait consécutif à une autre altération. Le médecin de Dublin donne comme marquant la première période du travail inflammatoire des poumons, unétat de sécheresse, deduretédu tissu, avecuneinjection,

(1) ^rchwes, 2^= série, t. X, p. 271.

(2) Séance Je Vylcad, des Sciences du 21 novembre 18 57,

(.5) Treatise oj llie diagnostic and treatineni of diseascs oj tJie cliesi, p. 51 0,

DEUXli'ME Dr.CRK DE LA PNEUMONIE.

artciielle intense, ce qui lui donne une coloration vermeille éclatante sans aucune 'eirusion de sang dans les cellules. M. Stokes prétend avoir trouvé cet e'tat au voisinage des pneumonies arrivées au premier et au deuxième degré; il convient d’ailleurs qu’on l’observe rarement, ou qu’il passe inaperçu, e'tant masqué facilement par les congestions cadavériques. Cependant M. Stokes ne me paraît pas avoir démontré d’une manière rigoureuse que rengouement inflammatoire fût réellement un état consécutif; pour moi, je n’ai encore rien observé qui justifie son opinion ; je sais bien qu’en théorie elle paraît fondée, car il est rationnel de supposer que le piemier degré de Laënnec, caractérisé par un état de sécrétion ou d’exhalation morbide dans les vésicules pulmonaires, a dû être précédé d’une période d’irritation pendant laquelle le tissu simplement congestionné présente au contraire plus de sécheresse que d’habitude. Nous verrons plus tard que cette opinion semble aussi justifiée par l’état symptomaticfue. Toutefois nous n’avons encore à ce sujet aucune donnée certaine.

Le premier degré ou l’engouement du poumon existe rarement seul ; je ne l’ai vu comme lésion unique , que dans les cas de pneumonies secondaires , survenues li une époque plus ou moins voisine de la mort. Chez tous les malades sans exception qui eurent une pneumonie primitive, l’engouemeiit existait en même temps que une ou plusieurs des altérations qui me restent à décrire.

Deuxième degré de la Pnëumonie, ou hépatisation, — Endurcissement, Hamollissement rouges.

Lorsque la pneumonie a passé au deuxième degré, le tissu du poumon est dur; il résiste comme le ferait le foie) il ne crépite plus quand on le comprime; il est en effet absolument imperméable à l’air; si on met une portion ainsi indurée dans un vase rempli d’eau , elle se précipite aussitôt au fond du liquide. En général , le poumon est moins livide qu’au premier degré ; et il ofï’re le plus souvent à l’extérieur une couleur rouge plus ou moins foncée. Si on rinclsc on retrouve la même couleur à l’intérieur, tantôt assez uniforme, mais dans la phqiart des cas irrégulière, inégale, nuancée différemment , de manière à imiter l’aspect de certains maibre.s ou granits. Sur cette surface

10 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

on voit encore se dessiner les tuyaux bronchiques, les vaisseaux sanguins, la matière noire pulmonaire , enfin les cloisons celluleuses qui séparent les lobules entre eux. En général, il ne s’échappe pas beaucoup de liquide de la surface des incisions j celui qui s’écoule n’est point aéré, il est rougeâtre, plus épais et plus trouble que celui que nous avons vu dans la période d’engouement. Ce liquide est parfois mêlé à une matière plus épaisse, blanchâtre, d’aspect puriforme, ce qui indique que la pneumonie commence à passer au troisième degré.

Le caractère anatomique le plus important est fourni par l’aspect des surfaces incisées. Celles-ci sont en effet hérissées d’une multitude de granulations rouges, ou rougeâtres, de forme obronde et légèrement aplatie. Cette disposition granulée est bien plus apparente lorsqu’au lieu de diviser les parties avec l’instiument tranchant, on les déchire. Ces corps arrondis ne sont assurément rien autre que les vésicules pulmonaires transformées en corps solides par l’épaississement des parois et l’oblitération de leurs cavités. La couleur qu’a le poumon dans le deuxième degré de la pneumonie, la dureté, la pesanteur qu’il acquiert, l’aspect granulé de sa surface lui donnent beaucoup de ressemblance avec le tissu du foie. Aussi les médecins désignent généralement cet état du poumon par le mot d’ hépatisation rouge : quelques-uns ont proposé celui de carnification ^ mais c’est une expression impropre et qu’il convient de réserver à une autre forme d’induration pulmonaire dont je parlerai plus tard. Cette comparaison qu’on a faite entre le tissu du foie et celui du poumon enflammé au deuxième degré est parfaitement juste, et elle s’est présentée à l’esprit des médecins dès qu’ils ont commencé à faire de l’anatomie pathologique. Cependant M. le professeur Andral paraît blâmer le mot hépatisation ; il préfère appeler le deuxième degré de la pneumonie ramollissement rouge (1), parce qu’en effet le parenchyme pulmonaire , quoique plus dur, est néanmoins devenu plus friable; il se déchire facilement et se laisse pénétrer par le doigt sans efforts. C’est ce que n’exprime pas le mot hépatisation , qui emporte avec lui l’idée de propriétés physiques toutes différentes. Ces objections sont fondées ; ce-

(1) Clinique^ A® édit, t, I, p. 460.

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