‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens âges, et dans ses rapports, avec les autres maladies aiguës et chroniquesChapitre 14 sur 76 · ÉTIOLOGI£ DE LA PNEUMONIE · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGI£ DE LA PNEUMONIE

bronches provot[ue dans le poumon correspondant un travail inflammatoire qui emporte le sujet; et suivant que la maladie a âuré quelques jours ou plusieurs mois, ou trouve une bépatisation (1) bu un abcès circonscrit dans le parenchyme pulmo* naîre (2).SL le^fps étranger est de nature à pouvoir cheminer profondément dans l'épaisseur du.poumon, il y provoquera alors nécessairement une inflammation dont la marche sera plus ou moins rapide. C'est ainsi que les Mémoires de V Académie de chirurgie (3), les Ephértiérides (4), les Actes dé Leipdk (5), les jircfûtfes de médecine (&), les bulletins de la sqciéié analomique Çl)j etc., contiennent de nombreux exemples d^épis de graminées y qui ajant pénétré dans la trachée et les bronches, avaient déterminé des accidens de pneumonie* laquelle affecte presque toujours uA même mode de termin^dson, que j'étudierai plus tard.

S II. — Vapems irtifanies.

L'inspiration de vapeurs irritantes a été notée par tous lés auteurs comme pouvant déterminer une pneumonie plus ou moins grave. On a surtout signalé comme produisant cet effet, l'ammoniaque, les acides chlorhydrique et sulfureux. Yan Swiéten (8) et J. Frank (9) surtout citent Phistoire de plusieurs individus qui s'étant exposés sans précaution aux vapeurs des acides dont je parle, furent affectés de pneumonie et dliémoptysies graves. Il est probable qu'il n'y eut dans ces ^ras qu'une bronchite capillaire avec exhalation sanguine ,..afieetion que les anciens confondaient généralement avec la pneu- 4iionie. Pour ma. part je n'ai jamais vu d'inflammation du parenchyme puhnoaaire survenir sous l'influence des causes qoe

(I) Journal de DùbUn^ vol. V, IS54.

(a) Edinb. med, and surg, journal, vol. XJfXV, 18SI.

(3) Tome 1er, p. 414, Paris, IS4 9,in-8.

(h) I dx., I an, obs. 184; 2 déc. «n I, obs. 444, cent* 1 et 3 append.

(3) Année 4 74 0, p. 4 57.

(6) T. XII, p. 465.

(7) 3* série, 4855, p. 85.

(8) Lac, cit„ § 824.

(9) Loc, ciU, p. 347. ^

R£FIlOIDli>S£M£K?r. l^T

)'kidique. }'«i ^u quatre individus qui , ayant r^piré une grande qamtité d'acide sulfureux , ëprouv^eul à rinMut même une ^v^ioleiite QppressÛMiyiivec ohatenr f^mérjat^ià9^\à poitrine) la jfcQux deviiitir^quenle et 4oulM«rM|!P ; la;fièyre e'al* Imna; U y eiitjchik Tun d'eux 4e0 c^fhêU dllÊÊÊfi^y^^i «hep iQus je cpa^taftai une broucbite ^piUaJTe ^mn -intopes mate ekqii^auoiia deikitialitdeset à^ucuineiépoqae de V^SkoiM^i^Mê f»u94a$ouirMr d^eaf^i^ptâmesdepiieiiflliMiie. JecroUi^'il doitea être ib-Bw^daniB^ia plupart des 4saa; t'inspirattoindM vapeurs irritimt^ 'ii'ayaut Keu 4|ue ^pendant uu it^mfs iUMpi^ouiA^ ae borne à irriter, à f^hlpgoeer Ja memlNraue mnqueiiiie ^ croies aévifâiues aaus ,e»&uuin«r le paicepchy me 4^uliw>nait]e* Jjjmw»'nisque paraît devoir'exfœrcer lemiâme mode d^uati^n, comme }e jivottveiit4'aiUeui^>les observationi ptihliéeB'4ftns lA^Gm^eUû de Santé {1)9 daas le Journal ^Edimbourg (9) et dM9 hiflapwi ^çdiçale (3). Bien que je ue coiinaiBae aucun exemple «utb^utique de pn^uHlanie, produit par l'action de .vapeurs imtantee» j'en «admets «ependant la possibilité ornais il faut probaUemcnt pour que^^^ffet ait lieu que les malades restent «xpasàlipteia^ d^iit a^ez loK^mps à l'action de cette cause ; .c'est du jQswMi>ee que semble protu ver une expérience fake.par M, fiseitpmieaa:(3)<* Ce savant médecin ayant .plongé des animaux <lans des imr neaux d'pù se dégageait beaucoup d^adde 4:hlcHrlLydriqtte*<et les retirant seulement au moment ou ils allaient périr^ia trouvé ensuite k Tautopsie beaucoup d'bépatisations lobuUîresdisséaûnéessurles deux poumons, succédant, à une mukitude d'eochy- Itooses^ qui étaient l'effet immédiat de l'inspiration de l!acide. Mais peut-être c'était là moins encore dei^durations inflam^* matokes des poumons que des noyaux d'ajioplexie.

§ III. -^Itiflujence du R0vidissemenl,

On admet assez généralement que presque toutes les pneumonies reconnaissent pour cause occasionnelle les vicissitudes atmosphériques, les changeiiaÊiis brusques de température , les

(4) Du ai mai 4S46, 0&«.<<e NffUn. (2) T. XIV, p. 6*a.

(5) T. xvn, p. aos.

(4) Diphtériu^ p« 1 oo.

l4S l^TIOLOGIE DE L4

refroidissemeDs survenant chez des individus qui ayant le corps ecbaufl'é ou couvert de sueurs, s'exposent à un courant d'air froid ou ingèrent une plus ou moins gi-ande quanùté de liquide. Cette opinion régne dans la science comme parmi le vulgaire, qui désigne les pneumonies sous le nom de sueur rentrée, d'après l'idée qu'il se forme sur la nature de la cause qui lesproduit ordinairement. Personne, que je sache, n'aosé mettre en doute l'influence incontestable qu'exerce dans la production des pneumonies , le refroidissement du corps, survenant dans les circonstances que je viens d'indiquer. Je dirai même que parmi les causes occasionnelles saisissables , le refroidissement est celle qu'où constate le plus fréquemment ; mais prétendre avec un professeur allemand que le froid est la cause unique des pneumonies (1}, soutenir même que cette cause a agi d'une manière évidente dans la presque totalité des cas, c'est commettre une grave erreur d'étiologie , contre laquelle j'ai essayé dans un autre écrit (2) de prémunir les observateui'S.

Loi-squ'on interroge un malade pour connaître s'il a été soumis à un refroidissement quelconque , le praticien doit prendre quelques précautions pour ne pas être induit en erreur. Si l'on demande simplement au malade : Vous ètes-vous refroidi? le plus souvent il vous répondra par l'allirmative ; mais si vous préciseï davantage vos questions, vous pourrez vous convaincre que dans un grand nombre de cas il confond le refroidiGsement avec le frisson d'invasion qu'il est ordinaire d'observer au début des maladies aiguêî et de la pneumonie en particulier. D'autres individus confondront avec le refroidissement la sensibilité plus grande du corps au fi'oid extérieur dans l'imminence ou pendant les prodromes des maladies aiguës. On retrouve eufîn une autre cause d'erreur dans l'opinion de certains malades, qui, dominés, à l'instar de beaucoup de médecins, {lar une théorie ou par une idée préconçue, veulent ù toute force expliquer leur maladie par un refroidissement dont ils u'out eu aucune conscience ou dont ils ne couscrvent ifucun souvenir; mais ils disent s'être refroidis parce que beaucoup d'entre eux ne cORf oivcnl pas que leur maladie puisse reconnalurc d'autre caitse

(l) HildeuIirauJ, /iislit. pr,.

(a) JUànoiiv siu- laPitcum.^

:t. mcd., 1,111, [1. 104.

Joiu: hcltl,, 193a, (.11. I

BEFROIDISâltMENT^ 149

qu'un refroidissemeat. Pour parvenir a connaître la vérité, dans ces cas il faudra adresser au malade une série de quesdoi^s^ afin de constater qatsl était l'état de chaque fonction cl de la satité générale au moment même de l'action de la cause ; on précisera la manière dont ^refroidissement a eu lieu; on indiquera lea sensations éprouvées par les malades j et l'état de santé immédiatement ou peu après Taction du froid.

Or, sur deux cent cinq malades qui ont été interrogés par moi en suivant exactement les règles que je viens d'établir, je n'en ai trouvé que quarante-neuf chez lesquels l'impression du froid pût être considérée comme la cause qui avait déterminé le développement de la maladie. Chez quatre sujets je n'ai pu avoir aucun renseignement, ou ceux que j'ai obtenus ont été tellement vagues, que ces faits ont dû être écartés et considérés comme non-avenus. Il résulte donc de ce qui précède, que ce n'est guère que chez le quart des malades qu'un refroidissement quelconque a été la cause occasionnelle et évidente de la pneumonie. Ces résultats difièrent peu de ceux que M. Chomel (1) ^vait obtenus avant moi, puisque sur 79 malades atteints de pneumonie, qui furent interrogés par lui avec le plus grand soin, 14 seulement avaient éprouvé un refroidissement quelconque. Enfin sur IStS pneumonies observées par M. Barth à la clinique du même professeur, 38, ou un peu moins du tiers , reconnaissaient un refroidissement comme cause déterminante (2).

Suivant M. Bouillaud (3), au contraire, presque toutes les pneumonies auraient pour cause occasionnelle l'action du froid. Ce médecin signale comme vHaytuit aucune ^vocation pour la médecine en général, et particulièrement pour Vart d^ interroger les malades (4), tous ceux de ses confrères qui osent élever le moindre doute à ce sujet. J'ose espérer que ce jugement sévère ne sera pas sans appel. Voulant être d'ailleurs beaucoup plus charitable envers M. Bouillaud , je lui dirai seulement que si ses résultats sont dififérens de ceux de M. Chomel et de ceux que j'ai obtenus moi-même, cela dépend uniquement de

(1) Loc, cit,y-p, 215.

(2) Sestier, p. **6.

(3) Dict. de méd, ^t de chii\ prat,, art. Pneumonie, t. XIII, p. 559. {h) Clin. Mcd.y MI, p. 15«.

lâO ItIOLOGIE DR I.A PKEOlffOHIE.

ee ipi'il interroge ses malades «nlferaent cpie noiis. Gc preM lesseur ne croit pas à tentes les causes d'erreur que }'eà pré* oédemment indiquées; il pmndt dédaigner les précautioDs que J€f conseille pour découvrir la yérité dans une question plus dif« fidle qu'on ne croit (1). C'est U /sans contredit , une mauvnse disposition d'esprit; c'est se placer d'ailleurs dtfns des conditions bien fâcheuses , et c'est réunir contre soi beaucoup de chances d'erreurs, que de nier l'existence d'un péril auquel on s'eacpose tous les jouis; ou de prétendre qu'on peut l'éviter sans user des précautions que la prudence et l'expérience conseillent^

Que les médecins qui consentent à n'accepter que des iârts parfntement démontrés, lisent les observations particulières de M. Bouillaud , ils éprouveront le même embarras, le même doute que moi. Suffit-il, en effet, quand on recherdbe la cause déterminante de la pneumonie^ de dire simplement qu'elle s'est déclarée k la suite d'un coup d^air ou parce que le malade a travaillé exposé au vent^ etc., etc. Qaand il s^agit de l'étiologte, il faut procéder avec un peu plus de précision et ne pas dédai«> gner des précautions^ peut-être minutieuses j'en conviens, mais indispensables ce pendant si on veut éviter de graves er* reurs. C'est parce que M. Bouillaud s'en affranchit que nous devons nous montrer plus exigeant envers lui ; nous avons d'autant plus de droit de l'être, qu'un jeune médecin a d^à prouvé à ce professeur, que, relativement à l'influence du froid et des causes occasionnelles dans la production des maladies^ ses assertions n'étaient pas toujours d'accord avec l'analyse dé ses observations particulières (î).

Convenons donc une fois pour toutes que dans le plus grand nombre des pneumonies il est impossible de reconnaître comme cause déterminante l'influence du froid; et que si un refroi^ dissement a eu lieu, dans ces cas, il ne nous est pas permis du moins de le constater. Gardons-nous bien surtout de croire avec quelques médecins , qui si l'on rencontre des cas dans lesquels il est impossible au malade d'indiquer le temps, le lieu , les circonstances où un refroidissement a pu agir, pour

(1) Clin, médicale de Vhôp. de la Charité. Paria, 1887, t. H, p. 245. (S) Voirie mémoire de M. Hache sur la Péricardite, Archives, t. IX, ac 8<?rie.

. REFROI DI88EHENT . 1 S 1

produire la maladie , l'action de cette cause n'en est pas moips certaine , parce qu'il faut supposer dans ces cas que les malades ont été inattentifs à la sensation du froid qu'ils ont dû éprouver. Mais ce serait appliquer alors à la pneumonie le raisonnement illogique que Giauni faisait pour se rendre compte des nombreux cas de rhumatisme articulaire , pour lesquels il ne pouvait saisir aucune cause appréciable. Gomme s^ , dans les sciences d'observation et surtout en médecine , quand il s'agit 4*étiologie, il était permis d'admettre compile réelles, l'influence de causea qu'il a été impossible dé constater. M. Bouillaud, qui nous.accused'impuissance, parce que nous n'exagérons pas comm& lui l'influence des refroidissemens , ignorait sans doute que des observateurs dont la science s'honore ajuste titre, sont loin de partager ses croyances. M. le professeur And rai , par exemple, ^'est exprimé avec une grande réserve sur l'influence du refroi-* dissement, comme cause de pneumonie. Parmi les individus, dit-il, qui ont été exposés à l'action d'une température froide, tandis quUls étaient en sueur , le plus petit nombre est frappé d'une inflammation du poumon ; d'un autre côté, une phlegmasiei pulmonaire se manifeste souvent sans qu'on puisse la rapportera aucune cause occasionnelle appréciable (1). C'est ce que Van Swiéten avait lui-même déjà observé (2), et J. Frank, médecin aussi érudit que praticien éminent , a dit avec raison et avec un grand bonheur d'expression : « Fanum est originem peri'^ pneumoniarum solum ducibus harometro et therinometro expîicare "velle, Enimvero sicuti oculum non mordet sua lacryma, sicuti urina non vellicat vesicam suam^ ita etiam aer densus et frigidus perse non lœdit pulmones {2i), » Enfin, même les résultats donnés récemment par M. Briquet (4), quoique différeus des miens et de ceux de M. Cliomel , prouvent encore combien M. Bouillaud a exagéré l'influence du refroidissement comme cause occasionnelle des inflammations pulmonaires.

L'action du froid dans la productioa des pneumonies est plus obscure et plus difficile encore à constater chez les enfans. Bien que

(1) Clin, Tnédf, *c e'dit., t. III, p.

(2) In aphor.t^SBi, (S)ZrOc. cit,f p. SIS.

(4) Archives, 3» série, t. VII, p. 484.

Page 1