ÉTIOLOGIE HE LA PNEUMONIE
Pleuck (1) et Dugës surtout (2) aient signalé les refroidissemens comme étant .la seule cause évidente des inflammations pulmonaires qu'on observe dans le jeune âge, cependant, quand on veut vérifier sérieasement Fexactitude d'une par^e assertion, on trouve que la chose est le plus souvent impossible, parce que tantôt on manque de renseignemens , et d'autres fois les petits malades ont été placés dans des conditions telles, qu'un refroidissement a été peu probable. Ainsi , à l'hospice des Enfans-Trouvés, comment savoir , dit M. Valleix , si les enfans ont été exposés au froid ? Toutes les pneumonies surviennent dans les salles qui sont tenues à une température constante de 15 à 17 degrés. Tous ont les mêmes vêtemens, tous sont soignés avec les mêmes précautions; il paraît donc impossible de dire pourquoi , dans des circonstances semblables, quelques-uns échappent aux pneumonies dont tant d'autres sont victimes , et l'on n'a pas plus de raisons de croir^ que les uns ont été exposés au froid que les autres (3).
LorMpie le froid agit comme cause déterminante dans la production des pneumonies , c'est surtout, comme Laënnec Tobserv^ (4) , dans les cas où le corps est médiocrement ëcfaauflK et couvert de sueur moite, ou bien encore lorsque son acUon se prolonge assez longtemps. Les phlegmasies pulmonaires sont au contraire moins a craindre dans les cas où l'impression du froid succède brusquement à une haute températiu'e, et que son action est peu prolongée. Ainsi, le Kusse qui sort de son étuvc pour se rouler dans la neige ne contracte pas, dit-on^ de pnea* monie. Laënnec dit que la même immunité se remarque pour les boulangers qui , quittant à peu près nus l'atmosphère brûlante de leurs fournils, s'exposent ensuite à un froid de plusieurs degrés au-dessous de 0. Mais il est bien nécessaire alors que l'action du froid ne scût^ pour ainsi dire , qu'instantanée et ne se prolonge point. Dans les quatre cinquièmes des cas où le froid a agi comme cause déterminante , les individus ayant chaud
(j) Dict. clecong.f p. 146.
(2) T/ièse 182^, no 34, p. 23.
(s) Loc. cit.f p. «70, (4) T. I, p. 5 4(5.
RBFBOIDISSCIIENT. 153
8*étaient exposés à un courant d'air froid; on bien avaient eu leurs vêtem^s mouilles par la pluie. Bans les autres cas , la pneumonie avait été consécutive à l'ingestion dans l'estomac d'une certaine quantité d'eau froide , pendant que le corps échauffé par un violent exercice était couvert de sueurs.
Tontes les fois que le froid a agi comme cause déterminante, son action a été prompte et ses effets se sont bientôt fait sentir ; c'est ainsi que sur 34 observations, dans lesquelles j'ai noté avec précision le temps qui s'était écoulé entre Faction de la cause et le début de la maladie, j'ai trouvé que chez 18 sujets les symptômes pneumoniques , ou du moins le malaise et les symptômes prodromiques se sont déclarés pendant^ Tim pression même du froid ou peu dUnstans après; chez 11, IVffet nuisible du froid ne s*est fait sentir qu'après une , deux ou trois lieures ; eaûn , chez 4 malades^ il y a eu un intervalle de un à deux jours entre l'action de la cause et le début des premiers syinptômes. Mais , dans ces derniers cas , doit-on croire que le froid a agi réellement pour produire la maladie? et si on répondait par l'affirmative, jusqu'à quelle époque faut*il admettre que se prolonge l'action de cette cause? C'est une question qu'il parait difficile de résoudre. Cependant , si on réQécbit que dans la majorité des cas , le froid , à l'instar doB causes traumatiques, a une action presque instantanée ; que, dans la presque totalité des autres , les premiei*s phénomènes morbides suivent de près l'impression du froid , on sera tenté de croire qu'il n'y a eu qu'une simple coïncidence, lorsqu'il se sera écoulé vingt-quatre heures, et à plus forte raison deux jours, entre l'action de la cause et le développement de la pneumonie. Il importe bien dans ces cas d'interroger les malades avec le plus grand soin ; il ne suffirait pas alors de leur demander d'une manièi e générale , si immédiatement après Faction du froid , ils se sont sentis malades ou indisposés ; car beaucoup n'ayant éprouvé que peu de malaise , pourraient bien répondre négativement ; mais on devra passer en revue toutes les fonctions^ et si on apprend que peu après avoir reçu l'impression du froid l'individu a éprouvé un malaise général, ou dans un point quelconque du corps , qu'il a perdu l'appétit ou les forces , on devrait dans ces cas reconnaître Faction délétère du froid , quand même les symptômes caractéristiques de la pneumonie ne surviendraient
154 ETIOLOGIS DU Lh. PKSIJMONIE.
que plusieurs joues après.Si anccuitraireuii maladlfi aoiis di^ €piâr près avoir subi un refroidissement quelconque, ila f^biea poiy tant sous tou3 les rapports, pendant un oi^ deu;x îowSf.îL #eva fort douteux de rattacher à cette cause la pneuioonie qui snrvi^iidrait plus tard« Pour moi, je n'hésita pas à ne voir Ukqu'iiiie simple coïncidence ; mais comme ce fait peut paraître encore incertain à quelques personnes, j'ai dû tenir compie de3 4 cibsi^vations dans lesquelles un intervalle de ua à deux joiiraasépsgr^ l'action du froid et le début du premier malaisg^
Dans les pneumonies qui reconnaissent poujr c%ui|e V^Miioiji du froid , celui*ci ne peut être considéré que comme cauift pccar sionnelle , c'est-à-dire que la maladie préparée pluA ou moio^ longtemps d'avance par une prédisposition intérieiir^, éclatfs à Tûccasion d'un refroidissement auquel l'individu s'est expose. La prédisposition est ici la condition essentielle, indispensable; car la plupart des individus qui contractent une pneumoniç après l'action du froid s'étaient exposés nombre de foie , quelr ques-uns même s'exposent tous les jours impunément à la même influence. Il faut donc admettre que le jour où le froi4 a déterminé une pneumonie chez l'individu qui l'avait bfftvç tai\t de fois , il y avait quelque circonstance qui n'existait paa ai^t^ rieuremeut. Ajoutons que le froid n'a pas toujours les mémet résultats ; ses effets varient cLez les divers individus, prédsér ment en raison de la prédisposition de chacun d'eux. G'^ ainsi que l'un contractera une angine , un autre un rhumatisme , un troisième une pneumonie , une bronchite ou un coryza, suivant qu'ils étaient prédisposés à Tune ou à l'autre de ces maladies avant l'action de la cause déterminante.
Quel est le mode d'action du froid lorsqu'il détermine unç pneumonie ? Nous avons dit qu'il produisait généralement c0 effet chez des individus qui s'étaient exposés à son influence, le corps échauffé et baigné de sueurs. Dans ce cas , le premier effet du froid est de supprimer la transpiration et de refouler brusquement le sang de la périphérie du corp^ vera les cavités. De ces deux effets quel est celui qui agit dans la production de la pneumonie, c'est ce qu'il est impossible de déterminer. Je m'abstiendrai donc de toute explication à ce pujet, et dans un ouvrage destiné aux praticiens, je crois pouvoir
INFLUENCES DE F1.USIEIXR8 ClOIES OGCW^IONNELLES. $5$
m'abeteÉir de ciler, pour ks coinhttitre» des théories qui Bit re^ posent wnr Mifpne donnée posilm.
^ ly^ -T- De quelques (uUfts causes ocwsiomelles.
J'ai rec^erelié avee beaueoHp de soin rinfinenoe qu'avaienl pu exercer , dane la production des pneumonies , les dîvcrsef causes occasionnelles signalées partous les auteurs , telles qu'usç fatigue excessive des orjjanes respiratoires, comme dans l'adlon de crier , de chanter on de jouer des instr amena à vent ; les elibrU 9 les fortes éxiotîons morales , les excès alcooliques ^ etc. Or, voici ce que )'ai appris par l'interrogatoire de nies malades. Oans aucun cas la pneumonie n'a été produite par l'exercice immodérë des organes de la voix ; je n^en ai jamais obsenrë d'exemple smr ces troubadours ambuiacs , si nombreux à Paris, qui toute ki }Cfumée hurlent leui^ chansons , ou jouent des iustrumens à vent les plus durs et les plus fatigans.
L'inflammation des poumons peutéclaterà l'occasion d'une "vive émotion morale de joie ou de frayeur ; c'est ce que j'ai observé sur une fcmine qui, ayant appris qu'elle avait été volée, éprouva à l'instant même un saisissement violent, qui fut promptement suivi d'un frisson et d'un point de côté.
Enfin , cheat 5 malades , la pneumonie s'est déclarée i l'occasion d'excès alcooliques ; il était impossible chez eux de reconnaître d'autre cause occasionnelle , comme un refroidissement, par exemple^ parce que ces individus avaient été placéftdbBS des conditions telles que le froid n'avait pu agir sur eux. Chez tous ces malades, l'influence de la cause s'est fait rapidement sentir ; diez 2 , en effet ^ les symptômes de pneumonie se déclarèrent dans les premières heures qui suivirent la ribotte ; chez le troisième malade , il y eut un intervalle de quatre jours entre l'excès alcoolique et le début des phénomènes caractéristi* ques de Faflection. Cependant , en interrogeant le malade avec soin, on trouvait qu'immédiatement après l'excès de vin qu'il avait fait , il était resté faible , et avait perdu l'appétit; c'est-à-dire qu'il présentait un ensemble de symptômes qui constituaient réellement les prodromes de la pneumonie. Il est important, toutes les fois que l'individu a été affecté de pneumonie à l'occasion d'un excès alcoolique , de rechercher si aucune autre cause, et surtout un refroidissement, n'aurait pu agir
iriOLOCt* DE Lt rVEOlfOIflE.
concurremment. On conçoit, en effet, qu'un individu ivre, ayant le corps échauiTé et couvert de &ueurs, se refroidisse sans en avoir la conscieoee ou du moins sans eu conservei' le souvenir. Il importe donc alors de rechercher avec le plus grand soin toutes les circonstances qui peuvent éclairer sur l'étiologie de la maladie, et dès qu'il y a douiu, s'abstenir de tout jugement.
On a prélendu que certaines substances introduites dans l'économie pouvaient exercer une action spéciale sur le poumon , et l'euflamnier. On a surtout attribué ct;t effet aux poisons des serpents, et spécialement à celui du serpent à sonnette (Crofulus horridus). On dit que les individus mordus par ces reptiles succombaient fréquemment à des pneumonies. Dans l'absence de renseignemcos précis , il m'est impossible île rien affirmer sur ce sujet. Quant aux pneumonies qui auraient été
l'action de l'opium, de connais aucun fait positif qui
produites par le virus rabiqut l'émétique, du plomb, etc., j prouve l'action de ces différei
Chacun sait que les anciens auteurs ont déciit des pneumonies symptomaiiques de la présence des vers, dessabures dans les voies dijjestives ou d'une altération paiticulière de la bile. Il serait oiseux aujourd'Iiui de cotubattre longuement des opinions qui ne s'appuient sur aucun fait positif. On a dit Clément que des pneumonies avaient quelquefois succédé à la suppression d'une liémorrba[>ie constitutionnelle, et spéciale* ment du flux hémorroïdal ou des règles, ou encore à la suppression d'une suppuration ancienne. Sans en nier la possibilité* je dirai que je n'eu connais aucune observation authentique , et pour ma part, je n'ai jamais rien vu qui justiEe cette opinion. Enfin, ou a cité deux faits pour prouver que la supprct< sion brusque de la sueur des pieds pourrait être suivie de pneumonie (1); mais ces deux observations ne sauraient être invoquées, attendu que le diagnostic de la iiialadie n'a pi ■uffitamment établi.
S V. — CoiitUlutioiis t'piJc'nûijiies, De temps en temps on voit les pneumonies apparaître en pint
[)) TlLheAen. Salonn mire (SSB.Ti- fil, p. <8
I8ï5, n- U, p. IS.ct Joiu
Mi}ni. àr M. tVrrirJiilTC.
GONSXlTUTIOlfS £P1D£1UQU£8. Iô7
grand nombre , et présenter tous les caractères d'une maladie épidéiniqae. I^ auteurs qui les ont décrites alors ont presque toujours essayé d'en expliquer le déyeloppement par quelque con« dition atmosphérique. C'est aiAsi qu'on a tour à tour invoqué l'action des vents du nord ou du nord*est, les variations baropiétriques, l'humidité, les alternatives de température, soit que ces causes aient immédiatement précédé l'invasion de l'éjûdémie, cas dans lequel on les considère comme occasionneUeSy soit que s'étant déclarées plusieurs mois auparavant, elles n'aient £^t pour adnsi dire que préparer Féconomie à l'action de quelqiie autre "^cause, ordinairement occulte. On n$ saurait blâmer le désir que l'oB a généralement de connaître les causes qui président au développement des maladies populaires; mais il faut convenir aussi, que, dans la plupart des cas , les auteurs, pour les expliquer , ont invoqué le concours de circonstances extérieures tout-à-fait insuffisantes, puisque nous voyons cbt» que année tes conditions se reproduire une ou même plusieurs fois, sans voir cependant apparaître de phlegmasies pulmonai«« res d'une manière aussi générale. Aussi on ne peut s'empêcher d'admettre que presque toutes les maladies épidémiques et que les pneumonies en particulier, pour la production et la propagation desquelles on invoque les changemcns atmosphériques, ne peuvent guère s'expliquer que par l'influence de quelque cause occulte insaisissable, dont les perturbations et les variations atmosphériques préparent ou favorisent l'action. Ce ne sont-là que des suppositions, j'en conviens , pour lesquelles on ne peut invoquer l'observation directe des faits , mais que le raisonnement justifie. Laënnec admettait, comme nous, que. les pneumonies épidémiques dépendaient souvent de quelque cause générale répandue dans l'air. Ce grand médecin supposait qu'il pouvait y avoir dams l'atmosphère quelques miasmes, qui en pénétrant dans Véconomie, par l'absorption cutanée et pulmonaire, exerçaient ensuite une fâcheuse influence sur les poumons ; car il avait reconnu avec tous les bons praticiens qu'on rencontre fréquemment des pneunionies, auxquelles on ne saurait assigner aucune cause occasionnelle. C'est encore pour s'expliquer l'extrcmc fré(iuence des pneumonies qui surviennent dans certaines circonstances, que les anciens avaient attribué im caractère contagietix à cette affection.
158 ÉTI0L061E DE LA PMEUMOfllE.
Cette opinioD a encore été sontenne an ceminenoenieiit ée ce siècle, par le docteur Maret de Diyoïi^ ph# réccBHiMQt M, Gaersent avait aussi considéré les pneameiiies consécutives comme étant contagieuses à lliàpital des eBTans. Mais «s médecin n'a appuyé cette opinioa maa WÊBUtt piame paflftmf je croîs mime qa*il Fa complètement atbandoiiiiée aaîoaril%idk Quant au5c faits invoqués par le docteur Maret en laveur deft contagion, aucun n'est concluant; d'ailleinv en étudiant les symptômes ofiertspar chacun des malades, flest-tiiBdosteiix que Tautenr ait observé une pneumonie réritriite.
En résumé , la pneumonie est une maladie de tmtt les âgw» plus commune aux deux extrêmes de la vie;^lilk^ mm maki* mum de fréquence , chez Tadulte, dans la période 4fe fiO à 30 ans. Si l'homme en est beaucoup plus souvent atteint ^e k femme 9 cela ne dépend point d'une action qiéciele exercée parle sexe, mais bien des conditions hygiéniques, ft IMttfluence des tempéramens «t de la constitution dans la pridwidoa de la pneumonie n'est pas encore suffisamment étsdilie, les iails précédens ont démontré que la conformation vicieuse da thorax ne paraissait pas prédisposer à la maladie; que celle-ci semblait être d'autant plus commune, que les individus étaient plus pauvres , qu'ils commettaient plus d'excès ou qa'ils se livraient à des travaux plus rudes. Des attaques ant^îeores en appellent de nouvelles , et dans les récidives la maladie a de la tendance à envahir toujours le même poumon. Noos avens tq la péripneumonie sévir dans presque tous les pays du globe ; mais nous l'avons trouvée plus commune dans les régions 8e|H tentrlonales ou dans les climats tempérés, et c^est dans les psys équatoriaux qu'elle parait avoir son minimum de fréquence. Si elle sévit suitout dans les lieux froids et exposés à de grudes vicissitudes atmosphériques , nous avons vu également qne la maladie pouvait être très fréquente dans des pays placés dans des conditions tout à fait opposées. La pneumonie peut r^guer sporadiquement ou épidémiquement à toutes les époques de l'année; mais on trouve qu'à Paris elle a en général son éuedmum de fréquence dans les mois d'avril et de mars. Quant aux causes occasionnelles , nous avons vu combien Icponmon s^enflammait difficilement par l'action des violences extérieures ; n'est guère que sur un quart des sujets qu'on a pu constater Y