‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens âges, et dans ses rapports, avec les autres maladies aiguës et chroniquesChapitre 2 sur 76 · CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

- Les nœologistes emploient le mot pneumonie (pneumonia)^ de icveufADDV poumon , pour désigner rinflauimation du parenchyme ou de la substance même des poumons.

Synonymie. Cette maladie a reçu plusieurs autres noms : Bans la haute antiquité • le mot pleurésie servait à désignée testes les maladies aiguës de poitrine ; plus tard, l'usage le con^ sacra à Tinflammation de la plèvre et des muscles pectoraux, tandis que par péripneumonie ou péripleumonie , on désignait communément la phlegmasie du tissu des poumons. Ce mot de péripneumonie est celui dont Hippocrate et Arétée se sont servis ; c^est aussi celui qui a été préféré de tout temps par la généralité des médecins. De nos jours, quelques personnes, restreignant le sens du mot péripneumonie ont proposé de désigner par là l'inflammation qui n^envahirait que la superficie du poumon , tandis que l'expression pneumonie signifierait que la ].hlegmasie s'étend à une plus grande profondeur. Cette distinction ne peut être admise; car, comme Laënnec l'a fait observer , elle n'est nullement eu rapport avec le sens dans lequel Hippocrate et tous les médecins , jusqu'ici , ont pris le mot de péripneumonie (1).

L'expression pulmonie , celle de puînionana , sont inusitées aujourd'hui et n'ont guère été employées que par quelques auteurs latins. Beaucoup de médecins , surtout dans le siècle dernier , appelaient souvent la pneumonie fièvre pneumonique ou péripneumoïdque, Fréd. Hoffmann et Huxbam entre autres se servaient de cette locution ; les médecins semblaient vouloir expri-

(I ) La particule nspt dans le mot ?7«pt7rfEU{j.Gvia, ue signiile pp autour^ mais indique seulement importance ^ comme dans cette expression et Trspt TGV A'YoijM(i.v6va pour dire Aè^ujxmàon. lAëimec, Auscuk. , 1. 1 , p. 487.

2 GOHSIDÉRATIONS FREUMINAIBÇS.

mer par là que l'appareil fébrile était le phénomène principal ou du moins primitif, et que ce n'était que consécutivement que le mouvement inflammatoire s'était porté vers les poumons. Nous verrons plus t|rd fu'il lest qu|çlguea cas, rares il est vrai, où les mots de fièvrapneumonique peuvent encore être employés avec juste raison. Beaucoup, à l'exemple de CuUen, ont encore désigné la pneumonie sous les noms dejluxion de poitrine^ expressions V4|fu^, (}v'oD pç^nrait appliquer a^,^si\ bien à plusieurs autres maladies aiguës dont le thorax est le siège. Mais aujourd'hui les mots àejluxion de poitrine n'ont plus cours dans le langage scientifique et ne swt plus guère employés que par les gens du inonde. Enfin, beaucoup d'auteurs ayant remarqué que la phlegmasie du parenchyme pulmonaire était presque toujours accompagnée de celle des plèvres ; d'autres , admettant que la ptneumonie ne pouvait exbter sans un certain degré de pleuré- ^e, ont proposé de désigner la maladie par les mots de ptttffh pneumonie ou pleurorpéripneumonie. Mais , d'après les remarques de M. le professeur Ghomel (1), comme dans la plupart des cas l'inflammation de la plèvre qui accompagne la pneumonie ^<ç détermine pas ou à peine d'épanchement ; comme aussi la pleurésie est généralement très bornée , elle ne constitue qu'iiiMi affection secondaire çt à peu près de nulle importance t ayant la même marche , les mêmes limites que la pneunonîe, et ne formant avec elle qu'une seule et même maladie. U faut réserver les mots pleuro^pneumonie , pour exprimer les cas où la pleurésie , occupant une large surfsice , s'accompagne d'un épanchement plus ou moins considérable , et constitue alors une véritable complication. Lorsqu'on lit les auteurs des derniers siècles, ou trouve souvent dans leurs écrits les mots de peripneumonia vera, expressions qui sont synonymes depneu" manie franche , légitime , ou de pneumonie proprement dite. Ils avaient aussi une peripneumonia noiha^ catarrhalis^ spuria^ pitui" ^a , expressions inusitées à présent , et qai ne servaient à caractériser aucune maladie bien déterminée ; toutefois, la plupart paraissaient désigner par ces mots certaines formes du catarrhe pulmonaire surtout chez les vieillards.

Dans le cours de cet ouvrage j'emploierai indistinctement, les mots de pneumonie ^ovl de péripneumonie pour désigner l'inflam-

(i) Dktionnùre de méd. «f* édît.» t. XVII, art. Pneumonie.

COMUmillATIQWS P&BUMUIAIAJU.

mation du parenchyme pulmonaire. J'ai déjà dit, dans la Fré-^ fiiecy le sens que j'attachais aux mots de pneumoniepnmîtîyey et à ceux de pnenmoniestf co/u2am, consécutive ou sjrmpiomatiqueê

On voit fMur ce qui précède que la pneumonie est une maladie dq»ais long-temps ô^nnue. Souvent indiquée par les auteurs les plus anciens, elle n'a jamais été décrite que très-inoomplétement par eux. Privés des méthodes d^ezploration que nous possédons depuis un quart desiècle, étrangers aux recherches d'anato^ mie pathologique, ils avaient nécessairement dû confondre entre elles des maladies différentes : c'est ainsi qu'ils n'avaient pu assigner aucun symptôme particulier pour distinguer sûrement la pneumonie de la pleurésie. Ces deux affections étaient confondues ; elles ne constituaient dans l'esprit des médecins qu'une eeole çt même maladie ; aussi roit-on les plus illustres d'entre f tels que Bâillon , Sydenham , etc. , parler à peine de la »nM, tandis que sous le nom de pleurésie ils avaient souvent décrit plutôt la phlegmasie des poumons que celle de la plèvre. Les recherches d'anatomie pathologique Csdtes depuis le XYT* aiècle, au lieu de diminuer la confusion, l'avaient peut-être même augmentée en fortifiant les médecins dans cette croyance erronée que la pneumonie et la pleurésie n'étaient qu'une seule et même affection. Cependant ,' les observations de Yalsalva et de Morgani (1), celles de Huxham (2) qui tendaient à prouver le contraire, ne modifièrent pas complètement les anciennes doctrines, puisque Portai a pu écrire, au commencement même de ce siècle (3), que la pleurésie n'était qu'une modification de la pneumonie , et que ces deux maladies ayant un siège unique ne devaient pas être distinguées l'une de l'autre.

Auîoard'hui, il serait presque puéril de vouloir prouver combien une pareille opinion était erronée. Grâces aux progrès que l'anatomie pathologique a faits depuis 40 ans, grâces surtout aux nouveaux moyens d^exploration dont la science s'est enrichie, il est possible de distinguer entre elles les différentes maladies aiguës de la poitrine; nous pouvons le plus souvent en marquer le début, en préciser le siège, en suivre le {développement et la

(4) Epistol. XX et XXI. '^

(i) Essai sur les fièvres, Paris 4 T78, p. ai 7.

(s) Anatomie méd,, Paris, 1S04. t. Y, p. S S. Voir aussi iUem. de tA^ cad, des sciences j année I7SS,

4 to.NSiijenAxiiiN^i pk^liminaibl^,

innirhe progressive, et ces alleciioiis, que l'un des plus grands maîtres des XVIle et XVni' siècles (I) regaidait comme étant les plus obscuies de la médecine, sont presque les plus fadles à leconnaitre aujourd'hui. C'est à LaëDuec, à son admirable découverte, que nous devons ce merveilleux progrès ; c'est à dater 6e cette époque aussi, l'une des plus glorieuses de la Diédecine moderne, que l'on a pu apprécier un peu exactement l'influentedes agents thérapeutiques sur la marcbe et la terminaison de la pneumonie, puisque c'est depuis loi'S seulement qu'on peut fixer avec quelque précision le diagnostic difiërenliet de cette maladie. Je ne veux point eiter tous les travaux dont la pneumonie a éli l'objet depuis la découverte de l'auscultation ; car en les énuuicrant, je ne pourrais m' ctn pécher d'en faire conualtro l'esprit et l'importance ; mais devant, dans le couis de cet ouvrage, exposer les résultats qu'ils renferment pour les compléter, les appuyer ou les combattre, j'ai préféré, afin d'éviter des répétitions inutiles , ne point placer ici une notice bibiiograpliic|ue raisonnée. Je ne ferai donc que mentionner en passant les travaux, remarquables à différents titres, qui depuis 20 ans ont été entrepris sur l'iiisioire et le traitement de la pneumonie , par MM. Andral (2) , Bouillaud (3J , Chomel (4) , Louis t5J, Piorry (6), W, Stokes (7), Houmiann et Dechambre (8), etc. Les auteurs que je viens de citer n'ont guère étudie la pneumonie que chez les adultes ou les vieillards; il importail cependant de savoir exactement si chez les enfants depuis la naissance jusqu'à la puberté, la maladie ue présentait pas quelque modification dans ses sjmplômes, dans sa forme, dans sa marche, dans ses lésions anatomiques, etc. Plusieurs jeunes médecins français ont entrepris des travaux dans le but de lonUjler cette lacune. Ce fut en 1823 que M. le docteur Léger publia la

(î) Cliai'jiie luÉdicaUi, *' c.lit.P»riB, ISiÛ. t. in,p. SSÏ. (s) DiclionnaliE de médecine et de chirurgie pratiquei, art. Pumi- MONIE, t. XIII, p. 3S9.

(1) Diction, de mêd., I " edit. att. PnedUOKII.

(a) Fià-re typhoïde. Rech. lui- Us effeU de lu saigiulc.

(6) JUém. siir la ]iaeum.-hxp. — Delà Percussion. — Séincinhgie,

(7) Diiemei of ihe cAcff. Dublin, ISîT,p. 308. (») Arçhii/ei de médecine, t. X cl XIl, î' série.

CONSIDÉRATIONS PRELIMINAlâBS. 5

première monographie sur la pneumonie des enfants (t) ; depuis lors, un grand nombre de travaux furent entrepris sur le même sujet; je cilerai en particulier ceux de Billard (2), de MM. Berton (3) et Burnet (4), ceux beaucoup plus importants de Delaberge (5), de MM. Gerhard et Rufz (6), Valleix (7), Rilliet et Barihez (8). Vers la même époque, des travaux semblables ont été publiés en Angleterre et en Allemagne^ Ces dernières recherches sur la pathologie de l'enfance ne sont pour la plupart connues guêtres imparfaitement en France; mais, à en juger ps^r des extraits publiés dans les journaux , on peut se convaincre qu'à part quelques exceptions ils sont loin d'avoir le degré de précision et d*importance que l'on reconnaît h plusieurs des travaux des médecins français que je viens de citer (9).

Gomme pour bien saisir l'importance et la cause de plusieurs des symptômes que nous étudierons plus tard , il est nécessaire de connaître exactement les changements queTinflammation apporte dans la structure des poumons, je dois commencer l'histoire de la pneumonie par l'étude des le'sions auatomiques.

(1) Thèse, 1885, n» 49.

(jt) Maladies des enfants. Paris, ISS7, p. S4S.

(5) Thèse de 1838 et maladies des enfants, Paris, ISS7, in-8<*. (4) Journ, hebdom, I8SS.

(8) Journ. hebdom, 1834.

(6) Journ, des con, méd. chirur, 1838. 7%e amer ican Journ, 1834. Le mémoire du docteur Gerhard, quoique publié en Amérique, doit être reyendiqué comme un travail français; ayant été fait diaprés des obser* valions que Tauteur a recueillies à Paris.

(7) Clinique des enfants nouveau-nés, Paris, 1858, p. 40.

(8) Maladies des enfants, l>^ partie Pmbdmomib. Paris, 1838.

(9) Mémoires de la Société impériale de Wilna, t. I, p. H 8 . — Prax. méd, vol. Il, p. 515, Lipsiae 1823. Voir surtout Ritschcr, -P/iewmo infantile Rust magaz. t. XXXI, p. H 5. Liraan, Pneumo infantium, Berlin, 1820. Succow, Hufeland journal, — • Savatier ybrie/ï'^ notizen, u<* 21. t. XIX. Klûge medic Zeit, heransg 4 855, 4« année, n* 50. — Lorinser. Maladies des poumons ^ Berlin 4 825. — Henkcy Maladies des enfants, Francfort S. M. 1821, t. Il, p. 59. — Meissner, Malad, de t enfance, Leipsick, 4 828, t. Il, p. 250. — J. Chr. g. Jœrg, Manuel des

maladies de Venfance, Leipsick, 'IK56, p. 429 et 451. •*- Cuming, Observ, ofthe perip, of children, Dublin Traiisac, vol. V, and med, chir, Heview. vol, XIII, p. 67. ; — Medicinisehe jahrbuch des esterstaates, vol. XXX, par le docteur Kiwisch de Prague, etc., ctc.

anatomie pathologique.

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