Les bourses sont rouges et tuméfiées
Les jours suivants on touche l’érysipèle avec la solution.
18. — Le malade sort guéri de son érysipèle et de son abcès urineux.
Obs. 55i. — Abcès du fourreau de la verge. — Corvé (Céleste), 32 ans, camionneur, entre le 12 mars 185G, à l’hôpital Lariboisière.
On constate à la partie inférieure de la verge une tumeur fluctuante, rouge et douloureuse à la pression et faisant corps avec le fourreau de la verge. Voici la cause probable de cet abcès.
Cet homme avait une blennorrhagie qui est encore actuellement très-intense. 11 y a une quinzaine de jours, il s’est donné deux injections avec, une solution de pierre divine de Sampso. 11 est présumable que ces injections auront déterminé l’inflammation des vaisseaux lymphatiques qui siègent à l’entrée du canal de l’urètre. Ces vaisseaux se portant au dehors pour se rendre sous la peau de la verge et gagner les ganglions inguinaux, il y aura eu communication de l’inflammation aux vaisseaux lymphatiques du fourreau, par suite suppuration et formation d’un abcès. On passe un tube à drainage dans le foyer. Cataplasmes. Cubèbes et copahu, ;ùî 10 grammes.
SECT X. — SUPPURATIONS PELVIENNES.
14 mars. — Toute douleur a disparu ; mais il y a encore un peu d’induration.
19. — Le malade ne souffrant plus, et son tube à drainage ne l’empêchant pas de travailler, il sort de l’hôpital, il reviendra il la consultation.
Ce malade est revenu comme il l’avait promis. Trois jours après l’anse à drainage a été enlevée, et à la consultation suivante, la guérison était complète.
Art. 3. — Suppurations périnéales.
Les abcès qu’on peut rencontrer au périnée chez l’homme sont de plusieurs espèces.
Les uns, placés sur les limites du périnée et de la marge de l’anus, ‘empruntent aux abcès de cette dernière région tous les caractères propres à ces derniers et se confondent par conséquent avec ces sortes de collections purulentes.
Les autres, situés plus en avant, ne sauraient être distingués des abcès de l’urètre, soit qu’ils communiquent, soit qu’ils dp communiquent pas avec ce conduit, parce qu’ils reconnaissent les mômes causes que ceuxci, présentent les mêmes symptômes et réclament le môme traitement.
Le périnée peut cependant être le siège d’abcès phlegmoneux, indépendants de ces influences de voisinage, survenant, par exemple, à la suite d’une violence extérieure, d’un coup, d’une chute ou de toute autre cause et offrant là les mômes caractères que dans les autres parties du corps.
Obs. 552. — Abcès périnéal par cause directe. Drainage. Guérison. — Garin (François), 30 ans, courtier, entre le 23 mai 1857, à l’hôpital Lariboisière.
11 y a un mois, cet homme a fait une chute sur le périnée en tombant de voiture. Il n’y prit pas autrement garde et continua ses occupations, il se fatigua ; de la douleur survint, puis gène dans la marche, tuméfaction à la région périnéale; fièvre dans les huit derniers jours. Le malade fut traité par les sangsues, les grands bains, les cataplasmes. Mais le repos n’ayant pas été absolu, ce traitement n’amena aucun résultat favorable.
Garin dit avoir eu autrefois une blennorrhagie. Cependant il n’y a pas de difficulté dans la miction. Jamais on n’a été obligé d’employer les sondes.
A l’examen on constate dans la région périnéale l’existence d’une tumeur dure, arrondie; les bourses sont rouges, tuméfiées; la verge a ses dimensions normales, pas d’infiltration.
Un cathéter introduit dans le canal y cause de la douleur et donne une sensation de friabilité. Il pénètre pourtant sans trop de difficulté dans la vessie, et ramène, quand on le retire, quelques caillots sanguins.
Le toucher rectal ne fournit aucun renseignement et l’urètre paraît sain dans sa portion prostatique.
Diagnostic: abcès phlegmoneux de la région périnéale, probablement compliqué d’une infiltration urineuse.
Traitement : incision sur la tumeur périnéale, puis introduction du doigt dans le foyer pour iacilitci 1 écoulement du pus. 11 sort par la plaie une quantité considérable de pus altéré et ayant une odeur gangréneuse. On introduit dans la plaie un tube qui vient ressortir à la paitie supéiieuie et interne de la cuisse près de la racine du scrotum ; un autre, tube passé également dans la plaie va ressortir comme le précédent près de la racine des
bourses, mais du côté, gauche. Il y a une distance de 7 centimètres entre les ouvertures d’entrée et de sortie des anses élastiques. Les deux tubes sont donc disposés de manière à former un angle dont le sommet occupe la partie moyenne du périnée et les côtés interceptent un espace dans lequel sont comprises les bourses et la verge.
Un second débridement est fait au-dessous du premier au moyen d’un bistouri boutonné qui pénètre à une grande profondeur et permet de constater un décollement considérable. Grand bain ; douches : cataplasmes. Eau de Sedlitz ; potion cordiale.
25 mai. — Amélioration locale remarquable ; consistance el volume de la tumeur notablement diminués. Pas de réaction inflammatoire ; langue à peine blanche. Bains, cataplasmes.
26. — Continuation du mieux; les bourses ont repris presque entièrement leur volume normal. Miction facile.
27. — Bourses normales. La tumeur est complètement affaissée.
28. — Le mieux se maintient ; l’état local est très-satisfaisant et le malade, peut être considéré comme guéri. Il ne reste plus à la région périnéale qu’une légère induration.
2 juin. — Le malade sort avec ses tubes. Il reviendra ùla consultation pour se les faire enlever.
Ce malade est revenu à la consultation. Les tubes ont été supprimés dix jours après la sortie de l’hôpital et la cicatrisation définitive s’est opérée.
CetLe observation présente un double intérêt, au point de vue thérapeutique et au point de vue diagnostique.
Eu égard au traitement, ce fait nous fournit un exemple des avantages que présente la méthode du drainage appliquée aux abcès de la région périnéale, comme le prouve la rapidité avec laquelle a disparu la tuméfaction des bourses et du périnée.
Mais cette prompte cessation des accidents laisse dans le doute sur la question de savoir s’il y a eu réellement infiltration urineuse. L’inflammation œdémateuse des bourses s’est-elle produite par voie de propagation, ou bien y a-t-il eu passage de l’urine dans le tissu cellulaire? En d’autres termes s’agissait-il ici d’un abcès urineux ou simplement phlegmoneux? C’est ce qui n’a pu être parfaitement éclairci.
On peut rencontrer à la région périnéale, aussi bien d’ailleurs que dans toutes les autres régions du corps, des abcès angioleucitiques. L’observa Lion suivante en est une preuve.
Obs. 553. — Abcès périnéal angioleucitique . Drainage. Guérison. — Bastien (Jules', 35 ans, journalier, entre à l’hôpital Lariboisière le 17 juin 1857.
Bonne constitulion. Pas d’antécédents syphilitiques ; pas de rétrécissements; miction facile. Point d’excès de travail, ni de marche forcée.
Il y a quinze jours, éruption de furoncles. Deux d’entre eux, d’un volume assez considérable, apparurent à la partie postérieure du bassin, l’un il gauche sur la partie interne de la fesse, l’autre près du grand trochanter droit. Ces furoncles n’ont pas été incisés. Ils ont laissé une induration facile à constater.
Quelques jours après l’apparition de ces furoncles, douleurs lancinantes dans la région périnéale du côté gauche, gonflement rapide, rubéfaction de la peau; station difficile et marche impossible ; réaction fébrile peu marquée. Diagnostic : abcès consécutif à une angioleucite trajective suppurée.
SECT. X. — SUPPURATIONS PELVIENNES.
. Le malade entre à l’hôpital le 17 juin 1857.
On constate un abcès du volume d’un œuf de poule. Peau tendue, d un îouge violacé, très-chaude ; fluctuation peu sensible. Un trocart introduit de bas en haut et d’avant en arrière vient ressortir près de la naissance du scrotum à gauche. Le tube établi dans la voie tracée par l’instrument livre passage à un pus épais, mélangé de sang, d’une odeur fétide. On attribue cette fétidité à un commencement de sphaeèle du tissu cellulaire, sphacèle résultant de l’étranglement produit par les plans aponévrotiques périnéaux.
Le lendemain, les symptômes généraux s’amendent. Pas de fièvre; sommeil bon; il n’y a plus de tuméfaction.
Les jours suivants, les phénomènes locaux se sont très-notablemeut amendés, et le malade peut sortir guéri le 20 juin.
Parmi les abcès du périnée, il en est de forme globuleuse, à parois excessivement dures, et que nous avons observés comme étant la conséquence d’infiltrations urii>euses très-circonscrites. Toutefois il ne faudrait pas que cette forme donnât toujours à penser que le chirurgien a affaire à un abcès urineux, suite d’une petite fistule borgne interne du canal de l’urètre. — Nous avons vu des cas dans lesquels la marche des événements a semblé prouver qu’il n’y avait pas eu abcès urineux bien que la forme globuleuse fût très-manifeste. — Tel est le cas que nous allons rapporter.
Obs. 554. — Abcès globuleux du périnée. Drainage. Guérison. — Levasseur (Pierre), 38 ans, commissionnaire est entré, le 2 janvier 1856, à l’hôpital Lariboisière.
11 y a huit jours, ce malade sentit se développer 5 la région périnéale un bouton assez volumineux qu’il traita chez lui par les cataplasmes. Mais l’emploi prolongé de ce moyen n’ayant amené aucun résultat, cet homme se décida à entrer à l’hôpital.
Le 3 janvier, on constate l’existence au périnée d’un abcès à forme globuleuse, à parois dures et épaisses, exactement semblable pour l’apparence aux abcès qui se produisent dans certains cas consécutivement à des perforations de l’urètre par l’effet d’un travail ulcéreux, ou, si l’on veut, à des fistules borgnes internes très-circonscrites. Quoi qu’il en soit, on traverse la tumeur purulente à l'aide d’un trocart qui sert à y établir à demeure un tube à drainage.
4. — Le pus n’a pas cessé de couler depuis l’ouverture du foyer. Les douleurs ont complètement disparu. Bains et cataplasmes.
Le mieux se continue et l’abcès se vide entièrement.
Le 12, toute suppuration a cessé. On supprime le séton. Le malade sort entièrement guéri.
L’observation suivante est un beau cas de succès dû à l’emploi des débridements multiples dans les infiltrations urineuses. On ne saurait se dissimuler que, si les incisions multiples ont des avantages incontestables, elles ont aussi leurs dangers. Eh bien ! depuis l’emploi du drainage, nous sommes affranchis des graves inconvénients auxquels donnent lieu les débridements larges et nombreux. Tout au plus pratiquonsnous à la région périnéale deux incisions pour le passage des tubes.
Obs 555. —
( as te abcès urineux de la région périnéale, des bourses, de la racine de la
verge, etc. Débridemcnts multiples. Guérison. — Thomas (Antoine-Paul), CO ans, horloger, est entré le 20 décembre 1844 à l’ Hôtel-Dieu, salle Saint-Corne, n» 14.
A la suite de plusieurs blennorrhagies contractées dans sa jeunesse, ce malade a éprouvé des rétrécissements urétraux qui ont amené déjà plusieurs fois des infiltrations urineuses.
Le 10 décembre dernier, après avoir éprouvé pendant plusieurs jours des frissons multipliés et très-intenses, est homme a senti se développer à la région périnéale un empâtement douloureux, puis la tumeur se ramollit en même temps que les bourses devenaient elles-mêmes rouges, tuméfiées et dures.
Lors de l’entrée du malade à l’hôpital, on constate que les bourses ont acquis le volume d’une tête d’adulte. La verge elle-mcme participe à la rougeur et à la tuméfaction ; le périnée est le siège également d’une tumeur très-volumineuse et fluctuante ; enfin sur les côtés les symptômes inflammatoires se sont propagés jusqu’à la région inguinale. Cinq ou six incisions pratiquées sur le périnée et sur les bourses donnent issue à un pus abondant et fétide. Il est de toute nécessité, quand on emploie la méthode des incisions, de les faire multiples. Car, bien que l’épancliement urinaire soit partout continu à lui-même, l’observation a prouvé que la collection purulente qui en résulte ne présente pas pour cela la même continuité. Des aponévroses nombreuses localisent les foyers de telle sorte qu’une incision pratiquée au scrotum, par exemple, ne vide nullement la collection périnéale.
Le 27, un nouvel abcès profond s’est formé à l’hypogastre, abcès qui a été ouvert et qui renfermait une grande quantité de pus mal lié. Au moment de l’entrée, il y avait une fièvre intense, du délire, de l’insomnie, tous symptômes qui se sont modifiés rapidement sous l’influence du traitement employé.
31 . — Le scrotum est presque revenu à son volume naturel. Les différentes plaies laissent écouler un pus de bonne nature. La verge est tendue et douloureuse. Quelques mouchetures avec la pointe d’une lancette donnent passage à du sang mêlé d’une assez grande quantité de pus.
10 janvier. — La suppuration est très-peu considérable. Les deux ouvertures des aines sont presque cicatrisées.
20. — Le mieux continue. On passe des bougies dans le canal pour remédier aux rétrécissements qui sont l’origine de la maladie.
8 février. — Toutes les plaies sont cicatrisées ; la fistule périnéale est fermée. Le malade sort guéri.
L’observation suivante nous fournit un exemple très-remarquable des succès qu’on peut obtenir dans le traitement des abcès urineux du périnée, quand on attaque avec vigueur les désordres locaux auxquels ils peuvent donner lieu, et surtout quand on agit avec persévérance et à propos. — Le malade dont nous allons rapporter l’histoire était, lors de son arrivée à l’hôpital, dans les conditions les plus déplorables. Il présentait un abcès urineux qui s’était ouvert dans le rectum en même temps qu’il avait perforé l’urètre. — Je fus obligé de recourir à un débridement très-large, analogue à celui qu’on pratique pour l’opération de la taille, à une sorte de cystotomie qui, non-seulement ouvrit une large issue aux produits purulents, mais encore permit à la vessie, depuis longtemps distendue par l’urine, de se vider complètement. — Après avoir porté ainsi remède aux premiers accidents, j’ai tenté au moyen des sondes à demeure le rétablissement du canal et mes effort? ont été couronnés d’un plein succès.
SECT. X. — SUPPURATIONS PELVIENNES. 499
Obs. 556. Abcès urineux périnéal. Cystotomie. Sondes à demeure. Guérison. — Moine
(Jean), 40 ans, terrassier, est entré à l'hôpital Lariboisière le 18 octobre 1854.
Ce malade a eu dans l’espace de douze ans, trois blennorrhagies très-intenses qui ont laissé après elles un rétrécissement du canal de l’urètre. Depuis deux ans ce rétrécissement a toujours été en augmentant et le 14 octobre dernier, l’ischurie s’est accompagnée d’accès fébriles, puis de douleurs intenses à la suite desquelles une tumeur douloureuse s’est développée dans la région périnéale.
19 octobre. — L’examen permet de constater ;\ l’hypogastre l’existence d’une tumeur ovoïde d’un volume considérable et qui n’est autre chose que la vessie distendue par l’urine. Au périnée on trouve une tumeur tluctuante du volume d’un œuf de pigeon. Le malade a rendu des urines par le rectum. 11 est pâle, aftlaibli, fébricitant et dans un état trèsprononcé d’agitation et de délire. En présence de ces symptômes alarmants, on se décide à débrider largement comme pour l’opération de la taille ; on incise l’urètre jusqu’à la vessie. Par l’ouverture qui résulte de cette incision on introduit une sonde jusque dans la vessie et l’urine s’écoule au dehors. Cette évacuation est suivie d’un soulagement considérable.
19 novembre. — On introduit par l’urètre une sonde qui est portée jusque dans la vessie et qu’on laisse à demeure. Amélioration notable dans l’état général.
24. — On change la sonde, après avoir lavé toutefois la plaie avec de l’eau mêlée d’alcool camphré. — Les parties malades sont toujours le siège d’une grande suppuration.
1 0 janvier 1 855. — Le malade change lui-même ses sondes sans éprouver aucune douleur; chaque fois cependant que ce changement est opéré, il vient un peu de sang et de pus, et l’extrémité de la sonde est comme enduite d’une matière sablonneuse. D’ailleurs l’état général continue d’être satisfaisant.
21. — Le malade change la sonde tous les trois ou quatre jours ; il va bien et se lève tous les jours.
30. — Même état; la plaie périnéale fournit toujours une grande suppuration. Météorisme abdominal.
2 février. - La sonde ramène toujours à son extrémité une certaine quantité de matière sablonneuse ; l’évacuation urinaire est suivie de l’expulsion de mucosités glaireuses. État général bon.
26, — La suppuration périnéale a beaucoup diminué: le canal urétral se reforme; le malade continue à se lever tous les jours et se promène sans éprouver aucune souffrance.
1er mars. — Il ne reste plus qu’un orifice fistuleux assez étroit et bourgeonnant qu’on touche avec la solution de nitrate d’argent.