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CHAPITRE PREMIER

SUPPURATIONS DE L’AISSELLE.

Les abcès de l’aisselle , indépendamment de la division en abcès chauds et en abcès froids, qui leur est commune avec les abcès des autres

parties du corps, présentent au point de vue de leur siège, des variétés fort distinctes. C’est ainsi qu’on les a divisés en superficiels et en profonds. D’après une vue non moins pratique, nous pensons qu’on pourrait distinguer des abcès antéro-axillaires et des abcès postéro-axillaires. — Suivant que l’inflammation a pour siège les ganglions ou le tissu qui les environne, nous admettons également des abcès ganglionnaires ou des abcès péri-ganglionnaires.

Art. Ier. — Al»cès superficiel» ou tubéreux.

Cette variété d’abcès axillaires reconnaît pour cause les frottements, la malpropreté, l’irritation des follicules sébacés de la région , surtout dans les saisons chaudes, et chez les individus dont la profession réclame une action exagérée des membres supérieurs. — On a vu encore ces abcès se manifester sous l’influence d’un état général, dans la convalescence de certaines fièvres graves.

Quoi qu’il en soit, les phlegmons superficiels de la région axillaire, quelquefois uniques, le plus souvent multiples, apparaissent sous la forme de petites masses furonculeuses circonscrites, et ayant peu de tendance, soit à s’étendre en surface, soit à se porter vers les parties profondes.

Des douleurs fort vives accompagnent souvent ces petits phlegmons. — Leur marche est lente, la terminaison par résolution très-rare. Dans ce dernier cas, la tumeur se réduit à l’état de tubercule dur, mobile, indolent.

Au lieu de se présenter sous la forme furonculaire, les phlegmons superficiels de la région de l’aisselle peuvent consister dans des plaques dures plus ou moins circonscrites qui se produisent d’ailleurs sous l’influence des mêmes causes, présentent la même marche et les mêmes modes de terminaison que les phlegmons tubéreux proprement dits. On les a vus quelquefois cependant s’étendre vers l’aponévrose et offrir alors tous les dangers des abcès profonds.

Les abcès superficiels de la région axillaire doivent être ouverts aussitôt que l’on constate la présence du pus. Attendre que ce liquide soit suffisamment collecté, ainsi que le conseillent certains auteurs, ce serait s’exposer à voir la suppuration se propager du côté des parties profondes.

Le lavage et l’occlusion complètent le traitement.

Voici un exemple d’abcès tubéreux traité par cette méthode.

Obs. 559. — Abcès tubéreux de l’aisselle. Réunion immédiate primitive sèche. — RIondel (François), 21 ans, imprimeur, rue de Reuilly G3, entre le 23 janvier 1850 à l’hôpital Saint-Antoine.

SliCT. XI. — SUPPURATIONS DES MEMBRES SUPÉRIEURS. 509

Ce jeune homme présente, dans le creux de l’aisselle droite un abcès du volume d’un œuf de pigeon. On l’ouvre aujourd’hui, 23 janvier. Lavage, puis occlusion au moyen de la

cuirasse. , . , , , ,

On ne peut trouver chez ce malade aucune trace de piqûre, aucune plaie a la main. La

seule chose dont il se soit aperçu, c’est de l’existence d’un petit boulon qui s’était formé dans l’aisselle, il y a quelque temps. C’est après avoir écorché à plusieurs reprises ce bouton que l’abcès s’est déclaré. Cet abcès doit donc rester dans la classe des abcès tubéreux qui se forment si souvent dans la région de l’aisselle chez les sujets qui manquent des soins de propreté.

25 janvier. — La cuirasse ,n’est pas restée en place. Il n’y a du reste ni douleur ni suppuration .

Rétablissement de la cuirasse comme moyen de protection.

28 janvier. — La guérison chez ce malade a eu lieu en 24 heures. C’est-à-dire qu’il ne s’est plus écoulé une goutte de pus à partir du moment de l’opération. Il y a encore un léger engorgement.

Voilà un de ces cas dans lesquels la réunion immédiale a lieu sans un suintement quelconque soit de sérosité , soit de sang, soit de lymphe , soit de pus. Ce sont ceux que nous désignons sous le nom de réunion primitive sèche. C’est en quelque sorte l’idéal de la méthode, puisque cela suppose que sans aucun intermédiaire le travail réparateur a succédé immédiatement à l’opération.

Il est une variété d’abcès axillaires superficiels sur laquelle nous croyons devoir appeler l’attention , en raison de la forme remarquable qu’ils affectent et qu’ils doivent en grande partie à leur siège. Ce sont les abcès qui sont disposés en plis allongés ou en bourrelets dans le sens antéro-postérieur. En voici un exemple :

Obs. 560. — Abcès axillaire angioleucitique. Drainage. Guérison. — Perrin (Louis), 42 ans, taillandier, est entré le 26 juillet 1856 à l’hôpital Lariboisière.

11 y a huit jours environ que cet homme s’aperçut d'une tuméfaction assez considérable du creux axillaire . Il a continué à travailler, mais bientôt il a été forcé d’entrer à l’hôpital.

On trouve dans le creux de l’aisselle un abcès fluctuant qui présente cette particularité remarquable d’ètre divisé en trois parties par les trois plis cutanés qu’on observe dans cette région et qui sont dirigés dans le sens antéro-postérieur. Chacune de ces parties représente autant de foyers distincts. On établit un tube à drainage dans la cavité purulente. Le malade porte en môme temps au doigt médius de la main droite un panaris sphacélique qui a été ouvert et traité par les cataplasmes.

Quand on examine les mains du malade, on les trouve sillonnées par un grand nombre de fissures dues à la nature de son travail . Ce sont probablement ces déchirures de la peau qui ont amené de l’angioleucite puis l’adénite axillaire, laquelle est arrivée à suppuration.

12 août. — L’abcès a sensiblement diminué; cependant on laisse sortir le malade sans lui enlever son tube. II reviendra à la consultation.

Au bout de huit jours, le malade est revenu nous voir. Toute suppuration a cessé. On supprime le tube.

Arl. ‘4. — Abcès prol'omlN.

Ces abcès peuvent, ainsi que nous l’avons dit plus haut, être la conséquence des abcès superficiels, ou bien l’inflammation atteint d’emblée le tissu cellulaire profond de l’aisselle sous l’influence d’une cause générale, d’un état constitutionnel. Ces abcès peuvent occuper la totalité de l’excavation axillaire, mais le plus souvent ils n’en occupent qu’une partie et généralement la partie antérieure. Ils ont une tendance envahissante remarquable, tendance qui s’explique par la continuité , sans ligne de démarcation appréciable, du tissu cellulaire lamelleux profond avec le tissu semblable de toutes les régions circonvoisines. Le plus ordinairement c’est du côté de la poitrine que se portent ces abcès, dans les interstices celluleux que présentent , en avant les grand et petit pectoral, en arrière les muscles larges qui recouvrent la région dorsale du thorax. Les abcès profonds de l’aisselle peuvent, en un mol, présenter une des variétés que nous avons indiquées en commençant, c’est-à-dire, être antéro-axillaires, ce qui est le cas le plus fréquent, ou postéro-axillaires. Nous reviendrons sur ces variétés intéressantes des abcès de l’aisselle. ,

Quoi qu’il en soit, les phlegmons profonds de l’aisselle s’accompagnent souvent d’une réaction vive , de lièvre, de malaise, de douleurs sourdes, lancinantes, pongitives. Quelquefois il reste à la suite de ces phlegmons des tumeurs indurées, qui peuvent persister pendant des années entières. Ces engorgements consécutifs, nous pouvons le noter par avance, ne s’observent jamais à la suite de l’emploi du drainage. Dans le plus grand nombre des cas, la collection purulente une fois formée se porte vers la peau et l’évacuation du foyer est bientôt suivie de la résolution de la tuméfaction environnante.

Le pronostic des abcès profonds de l’aisselle est généralement favorable quand ils ne dépassent pas les limites de l’excavation axillaire , il devient grave lorsque la suppuration tend à envahir les parties voisines.

Le lavage et l’occlusion ou bien le drainage par les anses élastiques sont les meilleurs moyens à conseiller.

Ce mode de traitement employé dans le cas suivant a été suivi d’un plein succès.

Obs. 561.— Phlegmon profond de l’aisselle ayant intéressé la gaine des vaisseaux axillaires. Incision, lavage, ventouses, canules en U. Guérison. — Knetb (Nicolas) , 33 ans, garçon boucher, boulevard Montmartre 7, entre le 5 avril 1853 à l’hôpital Saint-Antoine.

Cet homme éprouve depuis six semaines des douleurs très-aiguës dans l’épaule droite. Mais depuis huit jours ces douleurs sont devenues continuelles. On constate dans le creux de l’aisselle une tumeur dure, d’apparence érysipélateuse, douloureuse au toucher et donnant en arrière la sensation d’une fluctuation très-profonde. M. Chassaignac fait une ponc-

tion exploratrice qui donne issue ù une certaine quantité de pus. On pratique alors une large incision avec le bistouri. Le doigt introduit dans le foyer permet de constater que le pus a dénudé les parois des vaisseaux et que les tissus qui recouvrent la face antérieure de l’omoplate sont décollés, mais que d’ailleurs l’articulation scapulo-humérale est intacte. Ventouses, lavage, occlusion .

Le lendemain, le malade va bien. Pas de frissons ; peu de fièvre. L’épaule est beaucoup moins douloureuse.

Le 13 avril. — On lève la cuirasse. La réunion primitive n’a pas eu lieu. Une grande, quantité de pus s’écoule par l’ouverture restée béante. Canules en Y. Cataplasmes.

Les jours suivants, le pus s’écoule bien .

22 avril. — Cicatrisation . Sort guéri .

Ari. îî. — Aiïcès «nlero-axillaires.

Nous avons dit que les abcès profonds de l’aisselle pouvaient, selon le siège qu’ils affectent dans cette excavation, être divisés en antéroaxillaires et postéro-axillaires. Les abcès antéro-axillaires sont de beaucoup les plus fréquents. Us doivent à cette situation de faire une saillie plus' ou moins appréciable au bord antérieur de l’aisselle. Ce sont ces abcès que l’on voit aussi s’étaler du côté de la poitrine dans les espaces celluleux qui séparent le petit pectoral de la paroi thoracique ou le petit pectoral du grand pectoral.

L’observation suivante nous offre un exemple d’abcès antéro-axillaire traité avec succès par le lavage et l’occlusion malgré une récidive due à l’imperfection du lavage qui était trop douloureux pour que le malade pût tolérer la prolongation des manœuvres expulsives.

übs. 562. — Abcès antéro-axillaire. Incision, ventouses, lavage, occlusion. Récidive. Guérison complète. Guérin (Paul), 17 ans, ébéniste, cité Popincourt 22, entre le 8 octobre 1850 à l’hôpital Saint- Antoine, salle Saint-François, 34.

11 y a un mois, chute sur le coude gauche . Dans cette chute il y a déchirure à la peau . Nous trouvons dans le point qui a subi la violence les traces d’une cicatrisation récente.

11 y a quinzejours, douleurs dans l’aisselle gauche. Les douleurs vont en augmentant, et, quand le malade entre à l’hôpital, nous trouvons l’aisselle occupée par une tumeur du volume du poing. Au centre de la masse phlegmoneuse ferme et compacte dans son ensemble, très-douloureuse au toucher, soulevant la partie antérieure de l’aisselle, nous trouvons dans le creux axillaire un point fluctuant. J’y fais une ponction avec le bistouri. Du pus s’en écoule en plus grande abondance que ne semblait le comporter l’étendue très-circonscrite dans laquelle la fluctuation était perceptible.

Lavage assez .abondant, mais pas autant qu’on l’aurait désiré, car il fut arrêté avant le moment où l’eau revient avec une limpidité parfaite, mais les douleurs étaient tellement vives que je ne crus pas devoir insister davantage. Malgré cela le pansement par occlusion fut appliqué.

10 octobre. — Ce matin, cessation de toute sensibilité anormale à la tumeur. On ne touche pas au pansement.

IL — Un lève la cuirasse. On en trouve la surface interne aussi sèche que si elle eût été en rapport avec tout autre point du corps exempt de piqûre à la peau. Néanmoins il existe encore dans l’emplacement du phlegmon un peu de cette sensibilité que les Anglais appellent tenderness; mais la détente est remarquable.

13. — Plus (le sensibilité au palper médiat à travers la cuirasse. On ne lève pas cotte dernière.

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