La guérison est solide et complète
2 t. — Exeat.
Nous avons observé dans ce cas un commencement de ce que nousavons décrit autre part sous le nom de faux avortement des abcès. On a vu en effet que le quatrième jour après la première application de sangsues tout l’appareil inflammatoire était tombé et il n’eût tenu qu’à nous de'
voir dans cet état un commencement de résolution franche. On répondra que cela n’a rien d’extraordinaire et que tel est en effet, dans une foule de cas, la période qui précède immédiatement la suppuration et accompagne son début. Trois terminaisons bien différentes de l’inflammation s’accompagnent de cette délitescence, de cette disparition subite de ce qu’il y a d’âcre et d’aigu dans des phénomènes inflammatoires. — Dans ces trois modes de terminaison un coup d’œil même exercé peut s’égarer parfois à la vue du calme qui apparaît. — L’erreur, il est vrai, n’est pas de longue durée et l’on sait généralement bientôt à quoi s’en tenir sur l’existence soit d’une résolution franche, soit d’une suppuration, soit d’une gangrène.
Toutefois nous avons vu des cas où la solution restait assez longtemps indécise pour qu’après avoir cru à une résolution pendant huit, dix jours, on s’aperçût en fin de compte que la suppuration s’était établie, mais sourdement. — C’est surtout dans des cas où, à raison du grave intérêt qui s’attachait à obtenir la disparition d’un phlegmon dangereusement situé à la partie inférieure et médiane de la région sous-hyoïdienne, oh avait déployé avec la plus vigoureuse énergie toutes les ressources du traitement antiphlogistique, dans des cas où en un mot on avait employé la méthode qu’on peut appeler jugulante. C’est parce que dans ces cas on paraissait avoir fait avorter une suppuration imminente que j’ai désigné ce fait sous le nom de faux avortement des abcès.
Abcès extéro-ganglionnaires.
Le plus grand nombre des abcès angioleucitiques de l’aisselle siègent en dehors du tissu des ganglions, et nous les nommons pour cela extéroganglionnaires. Nous nous contenterons de rapporter les observations suivantes comme exemples d’abcès extéro-ganglionnaires de l’aisselle traités avec succès par le lavage et l’occlusion.
Obs. SCO. — Abcès angioleucitique cxtéro-ganglionnaire de l’aisselle. Lavage. Occlusion. Réunion immédiate. — Vieillard, jardinier, âgé de 22 ans, entre le 1er février 1851, a 1 hôpital Saint-Antoine, salle Saint-François, 22. Il présente dans l’aisselle droite un abcès facile a constater, et paraissant dû à une angioleucite causée par une écorchure de la face dorsale de la main. Cet abcès est peu volumineux, très-douloureux à la pression. Le malade en fait remonter l’origine à une quinzaine de jours environ. Le 2 février, on se contente de mettre un cataplasme sur la région affectée et l’on fait prendre un bain.
3 février. Ouverture de l’abcès avec le bistouri. Lavage jusqu’il limpidité. Occlusion. Le pus qui est sorti est presque concret. L’injection est assez douloureuse. La région axillaire est, pour ainsi dire, pétrie avec les doigts.
"U De malade est très-bien. Cet abcès qui était excessivement douloureux hier ne présente aujourd hui aucune sensibilité à la pression, aucune trace d’inflammation, aucune trace de pus.
Obs. 570. — A becs angioleucitique extéro- ganglionnaire de l’aisselle. Lavage. Occlusion. Réunion immédiate primitive styhe. — Junien (Edmond), 21 ans, peintre, entre le il avril 1851 à l’hôpital Saint-Antoine, salle Saint-François, no l.
Trois semaines après une blessure au doigt indicateur de la main droite, le malade a vu survenir dans l’aisselle du même côté, une tumeur qui s’est bientôt convertie en abcès. M. Prost, interne du service, ouvre cet abcès qui a le volume d’une petite pomme. Il fait une ponction, aspire le pus au moyen de la ventouse, lave avec soin l’intérieur de l’abcès et fait l’occlusion avec les bandelettes de sparadrap.
Le lendemain, 12, réunion. Aucune trace ni de pus, ni de lymphe. Adhésion bien marquée des lèvres de la petite plaie.
13. — La cicatrisation parait définitivement établie. Le malade sort. Il doit revenir à la consultation.
Nous citerons l’observation suivante en témoignage de ce fait que l’âge avancé n’est nullement un obstacle au succès de notre méthode de traitement.
Obs. 571. — Abcès angioleucitique de l’aisselle chez une femme de 71 ans. Lavage. Occlusion. Guérison sans suppuration. — La nommée Bouin (Jeannette), 71 ans, fileuse, entre à l’hôpital Saint-Antoine le 10 juin 1850, pour un abcès situé à l’aisselle gauche, plus près de la poitrine que du bras.*Cet abcès a le volume d’un œuf de poule.
Le 13 juin, on fait une ponction à l’abcès avec le bistouri. On lave avec soin l’intérieur de la cavité avec une seringue remplie d’eau tiède. On vide la poche complètement au moyen de pressions avec les doigts. Pansement par occlusion. On laisse ce dernier en place pendant 6 jours, et le 19 juin, quand on lève l’appareil, on ne trouve aucune trace de pus sur la face interne de la cuirasse. L’abcès et la plaie de la ponction sont complètement guéris. La malade sort le 22 juin.
C’est là un cas de réunion primitive sèche, puisque rien de liquide, soit pus, soit lymphe, n’a été trouvé sous la cuirasse. Toutefois ce mode de réunion sèche ne serait pas démontré par une semblable observation. Il ne s’établit définitivement que par les observations dans lesquelles la cuirasse a été enlevée dès le lendemain, et la petite plaie mise à nu chaque jour pour constater son état de siccité parfaite et continue.
La méthode de l’incision appliquée au traitement des abcès expose souvent à des indurations qui deviennent une cause de retard dans le travail de cicatrisation et un obstacle plus ou moins sérieux à l’accomplissement des fonctions du membre.
Plusieurs fois il nous est arrivé, alors que nous faisions de l’incision un usagepresque constant, de voir survenir, après l'ouverture de l’abcès, des indurations très-rebelles des bords de l’incision, indurations qui se modifiaient, il est vrai, très-avantageusement en apparence par l’action des cataplasmes, mais qui reprenaient bientôt tous leurs caractères, quand on cessait l’emploi des émollients. Entre autres faits que nous pourrions citera l’appui de cette assertion, nous rapporterons le suivant.
Obs. 572. — A becs axillaire. Ouverture du foyer par incision. Induration rebelle des bords de la plaie. — Ané (Jean), 30 ans, menuisier, entre, le 27 juin 1857, à l’hôpital Lariboisière.
Après avoir souiïert pendant dix jours de la formation d’un abcès qui s’était développé dans l’aisselle du côté gauche et qui parait avoir été adénitique, cet homme s’est fait ouvrir par le bistouri la collection purulente. 11 y a de cela un mois. A dater de ce moment la plaie ne s’est pas cicatrisée, ses bords se sont indurés et tuméfiés, et aujourd’hui nous les trouvons violacés, calleux et menaçant de garder cette apparence pendant un temps encore assez long. Cataplasmes.
Sous l’influence des cataplasmes, il semble qu’il y ait de temps à autre des rémissions et que l’induration des bords de la solution de continuité disparaisse. Mais aussitôt qu’on cesse les émollients ou que ceux-ci perdent leur humidité, l’induration se reproduit aussi intense, aussi prononcée qu’auparavant. Il en résulte pour ce malade l’impossibilité de se servir de son bras et par conséquent de reprendre son travail.
Il est évident pour nous que, si, au lieu d’ouvrir l’abcès par incision, on eût employé le drainage, on aurait évité ce genre d’accident.
9 juillet. — Le malade sort non entièrement guéri. Il continuera l’application des cataplasmes.
Les observations suivantes prouveront avec quelle rapidité les malades atteints d’abcès axillaires peuvent être soulagés et guéris par l’emploi du drainage.
Obs. 573. — Abcès de Vaisselle. Drainage. Soulagement immédiat; guérison en cinq Jours. — Lanne (Joseph), 37 ans, homme de peine, entre le 4 juin 1857 à l’hôpital Lariboisière.
Cet homme se présente avec un énorme abcès placé dans l’aisselle droite, abcès dont il fait remonter le début à environ douze jours et dont la cause parait être une chute faite il y a un mois sur le coude du même côté.
II y a quelques années, M. Chassaignac traitait ces abcès par l’incision et le lavage jusqu à limpidité ; mais en raison du nombre considérable de malades placés dans son ser- \ice, il a dû n employer qu’à titre exceptionnel une méthode qui entraînait une très-grande perte de temps. Le drainage par les tubes a remplacé avec beaucoup d’avantages à ce point de vue et à plusieurs autres le drainage par les douches. Avec les sétons perforés point d’hémorrhagies, point de larges plaies suppurantes, etc.
Pour ces motifs on établit dans la tumeur deux tubes à drainage suivant une direction perpendiculaire a l’axe de l’humérus. Cataplasmes et un bain.
6 juin. Cessation de toute douleur; plus d’accès de fièvre; soulagement considérable.