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CHAPITRE III

SUPPURATIONS DU COUDE.

Art. 1er. — Altcès i»l»lél»itique «lu l>Ii «lu cotule.

Parmi les abcès qu’on peut observer au pli du bras, il n’y a guère que les abcès phlébitiques qui offrent quelque chose de particulier.

Ces abcès toujours consécutifs à la lésion traumatique d’une des veines du pli du bras, mais surtout à la phlébotomie peuvent siéger soit dans le vaisseau lui-même, soit dans le tissu cellulaire qui l’entoure. Tout ce qui concerne la suppuration de la veine appartient à l’histoire générale de la phlébite et nous ne pouvons que renvoyer à ce que nous avons dit sur ce sujet dans la première partie de cet ouvrage.

Quant aux abcès qui se forment au pourtour du vaisseau intéressé par un traumatisme quelconque, ils sont généralement peu volumineux, peu graves et une fois ouverts guérissent rapidement par l’emploi des moyens les plus simples.

A la partie postérieure du coude on observe deux espèces intéressantes

SECT. XI. — SUPPURATIONS DES MEMBRES SUPÉRIEURS. o3;>

d’abcès', 'des abcès traumatiques et des abcès de la bourse muqueuse de l’olécrâne.

Art. ‘i. — Abcès traumati«iMcs «te la région cubitale.

Les abcès traumatiques se manifestent particulièrement après des chutes sur le coude, ainsi que cela a eu lieu dans l’observation suivante :

Obs. 594. — Abcès ancjioleucitique du coude. Ouverture. Pansement par occlusion. Guérison en six jours. — Gauthier (Paul), mégissier, 40 ans, rue de Charonne, G3, entre à l’hôpital Saint- Antoine, le 14 octobre 1852.

11 y a cinq jours, le malade fit une chute dans laquelle il se blessa le coude. Gonsécuti- \ement à la plaie contusequi se produisit en ce point, une inflammation plilegmoneuse se déclara dans cette région, du pus s’y forma et actuellement il y a de la rougeur, de la tuméfaction et delà douleur dans une zone de 18 centimètres de diamètre. Une incision pratiquée au niveau de l’olécràne donne issue à une certaine quantité de pus et permet de constater que la peau est décollée dans une certaine étendue, si bien qu’il y a communication entre l’incision qui vient d'être faite et la plaie qui se trouve obturée par une plaque sphacélique. Cataplasmes.

21 octobre. — Aussitôt après l’incision, le travail de réparation a commencé. L’empàtement et la rougeur du voisinage se sont dissipés, et la pression exercée au niveau du point où le recollement des tissus n'est pas encore complet n’en fait suinter qu’un peu de lymphe plastique.

Le malade demande sa sortie.

Art. 3. — Suppurations ostéopatbûiucs «le lu région «lu coude.

Nous avons traité dans une autre partie de cet ouvrage de l’ostéite des tètes articulaires. L’observation que nous allons rapporter est un exemple de cette forme de suppuration. Elle prouve une fois de plus qu’en conduisant bien le traitement des fistules qui succèdent à l’ostéite des tètes articulaires on peut prévenir l’un des dangers les plus graves auxquels celte affection expose, nous voulons parler de l’envahissement de l’articulation voisine.

Obs. 595. — Suppuration des trois tètes osseuses qui forment l' articulation du coude, b ts Iules multiples. Injections iodées. Guérison complète. — Herber (Nicolas), 17 ans, fabricant d’allumettes, entre le 25 septembre 1855, à l’hôpital Lariboisière.

Le jeune garçon présente au coude droit trois fistules correspondant chacune à l’une < c.*> te tes osseuses qui concourent a tonner l’articulation du coude. U exploration avec le s ; c einontieque chacune de ces têtes articulaires est atteinte d’ostéite suppurée. On

|u,i îque < e» injections iodées, puis 1 on place des canules en Y dans chacun des trajets llsluleux.

On pan ient a 1 aide de ces moyens à maîtriser une affection qui, si elle ne comprometai pas necessaii ornent 1 existence du malade, pouvait au moins le conduire à perdre l’usage de son membre et peut-être ce membre lui-même.

Les trois têtes articulaires sont le siège d’une suppuration tellement bien circonscrite et localisée que la jointure est intacte, et que les divers mouvements qui s’y passent peuvent s’exécuter sans la moindre difûculté. Le trajet flstuleux du pli du bras est en dehors du tendon du biceps, de sorte que l’articulation paraît bien préservée.

A dater du 27 octobre 1855, le malade va très-bien ; les cicatrices se dépriment de plus en plus par suite de la formation d’un tissu modulaire. L’huile de foie de morue qui a été administrée dès le début est continuée à l’intérieur, en même temps que les injections iodées.

12 novembre. — Il existe encore un peu de rigidité dans le biceps.

11 décembre. — Le malade sort entièrement guéri. Depuis longtemps déjà, il se servait de son bras soit pour balayer, soit pour différents autres ouvrages auxquels on l’employait dans la salle.

Quand l’ostéite suppurative est très-circonscrite, elle peut donner lieu ■ à un petit abcès froid dont le diagnostic est quelquefois douteux, surtout s’il est situé sur le trajet d’un nerf plus ou moins volumineux. Du reste, ces ostéites suppuratives peuvent parfaitement guérir sur place sans l’intervention d’aucun moyen particulier, mais c’est le cas le plus exceptionnel; car le plus habituellement l’abcès une fois ouvert donne lieu à une fistule qui se prolonge pendant un laps de temps quelquefois considérable, mais que nous avons trouvé le moyen d’abréger singulièrement grâce à l’emploi du drainage par adossement.

C’est comme exemple d’un diagnostic laissé douteux pendant un certain temps, puis éclairé par le fait d’une fluctuation non équivoque, c’est surtout comme exemple d’une guérison assez rapide d’ostéite suppurative très-circonscrite que nous rapporterons le fait suivant :

Obs. 596. — Abcès froid peu volumineux dépendant d’une ostéite suppurative circonscrite. Obscurités diagnostiques. Incision. Pansement pur occlusion. Guérison. — Grapin (Jacques), cintreur, 29 ans, est entré à l’hôpital Lariboisière le li mars 1854.

Cet homme porte depuis environ dix mois au coude droit une petite tumeur qui ne l’a pas empêché de vaquer à ses occupations; mais, dans ces derniers temps la tumeur étant devenue douloureuse, il a cru devoir réclamer les secours de la chirurgie.

Au moment de l’entrée du malade, on constate, au niveau de 1 articulation humérocubitale droite, une tumeur de la grosseur d’une noisette. Cette tumeur est un peu mobile, et siège sur le trajet du nerf cubital ; elle est très-douloureuse a la pression et rend les mouvements d’extension et de flexion forcée impossibles.

Les trois premiers jours, on s’abstient de tout traitement, le diagnostic ne paiaissant pas assez évident.

18 mars. — On prescrit des cataplasmes et des coups de scarificateur tous les deux jours sur la partie malade.

Enfin au bout de quinze jours, c’est-à-dire, vers le 1er avril, on sent manifestement de la fluctuation. La tumeur en effet avait un peu grossi et s’était ramollie. Une ponction est pratiquée avec le bistouri et l’issue d’une petite quantité de pus en est la conséquence. On introduit un stylet, et Ton trouve l’humérus à nu.

1 G avril. On pratique un nouveau débridement, et l’on ouvre un cul-de-sac qui se trouve

en arrière de la première ponction. On continue les cataplasmes.

La suppuration étant presque tarie au bout de quelques jours, et des bourgeons charnus de bonne nature s’étant montrés à la surface de la plaie, on panse le malade à l’occlusion .

Ce pansement est renouvelé tous les huit jours jusqu’au 20 mai, époque de la sortie du malade. 11 n’existe plus alors de douleur; la plaie est complètement cicatrisée; la santé générale excellente. Exeat.

Ar<- 4. — Altcèsi rie 1» l»ourse miKiueuse olécranienne.

Les bourses sous-cutanées offrent partout, mais principalement dans les régions où elles sont subjacentes à une peau épaisse, une tendance extraordinaire à se mettre en communication avec le tissu cellulaire du membre où elles siègent. Ce sont des membranes mal constituées, facilement perméables et qui, sans beaucoup de résistance, laissent échapper dans le tissu cellulaire les liquides qui les distendent. C’est là un fait d’observation. Est-ce par une rupture que se fait cet épanchement? Est-ce par des voies antérieurement existantes? Nous l’ignorons. Mais le fait existe et il est important. Car non-seulement il explique.les phlegmons diffus consécutifs auxquels donnent lieu très-souvent les abcès des bourses muqueuses sous-cutanées et de celle du coude en particulier, mais il impose au chirurgien l’obligation de surveiller attentivement la marche de ces abcès.

Voici plusieurs exemples qui prouvent avec quelle facilité l’inflammation suppurative de la bourse muqueuse olécranienne se propage au tissu cellulaire des parties voisines.

Obs. 597. — Abcès de la bourse muqueuse ole'crânienne du coude gauche. Inflammation phlegmoneuse consécutive de l’avant-bras. Ventouses. Lavage. Occlusion. Guérison au bout de dix jours. — Laurent (Antoine), 53 ans, garçon, marchand de chevaux, rue de la Roquette 34, entre le 25 juillet 1851, à l’hôpital Saint- Antoine, salle Saint-François, n» 28.

Cet homme a reçu, il y a 13 jours, un coup de pied de cheval directement sur le coude gauche. Pas de fracture, mais inflammation phlegmoneuse de la bourse sous-cutanée du coude.

L’inflammation s’est propagée à l’avant-bras. Elle y donne lieu l°à une tumeur fluctuante qui n’est autre chose qu’un abcès plus volumineux que celui de la bourse sous-cutanée lui même et communiquant avec lui ; 2° à cet empâtement caractéristique qui précède et accompagne la diffusion du pus , diffusion qu’il faut bien distinguer de la phlegmasie spécifique nommée phlegmon diffus.

Deux incisions distinctes vident les deux abcès. Le stylet fait reconnaître une dénudation de l’olécrâne. Malgré cette dernière circonstance, je tente la réunion immédiate. Aspiration avec la ventouse. Lavage. Occlusion. A la suite du coup, la main était restée tuméfiée, l’aisselle douloureuse. L'épiderme s’était exfolié à la surface de l’abcès qui présente une rougeur phlegmoneuse.

30 juillet. — Absence complète de douleur à la région du coude. On ne renouvelle que le pansement externe.

3t. On lève la cuirasse. Les parois de l’abcès sont réunies. Les ouvertures ne le sont pas. Une forte pression fait sortir par la plaie inférieure des grumeaux albumineux et sanguins; mais point d’inflammation, point de sensibilité même à une forte pression.

1er août. Renouvellement du pansement.

2. L ouverture supérieure est cicatrisée ; la seconde ne l’est pas. On trouve sous la cuirasse un peu de magma lymphatique purulent. Toute rougeur a disparu.

Les jours précédents existait le long de l’avant-bras un œdème rouge. Il y a encore un peu d’œdème, mais pâle et nullement douloureux. Lavage. Occlusion.

i. — Cicatrisation complète et solide des deux ouvertures.

On se rappelle que tout mélange de lluides organiques, sang, pus, sérosité, dans lequel se rencontre de la lymphe plastique est qualifié par nous de magma. La lymphe joue le rôle d’une substance collante, qui lie entre elles les diverses parties du liquide, les épaissit, leur donne une cohérence et une viscosité caractéristiques.

Obs. 598. — Abcès de la bourse sous-cutanée du coude. Propagation de la suppuration au bras et à l’ avant-bras. Lavage. Cataplasmes. Guérison. — Castel (Pierre), 28 ans, commissionnaire, boulevart Montreuil, 20, entre le 18 janvier 1851, au n° 32 de la salle Saint-François, hôpital Saint-Antoine.

Cet homme a fait une chute sur le coude, il y a quelques jours. — La bourse souscutanée de cette région ayant été froissée s’est enflammée. Un abcès considérable s’est formé, et déjà le pus commence à fuser dans le tissu cellulaire de l’avant-bras et du bras.

On ouvre l’abcès le 1!) janvier. La bourse sous-cutanée s’est principalement développée vers l’épitrochlée, et c’est dans ce point que la diffusion brachiale et anti-brachiale du pus s’est effectuée. On traite l’abcès par le lavage. On se contente d’envelopper le coude, le bras et l’avant-bras dans de larges cataplasmes.

Le 20 janvier, le malade va très-bien. On continue les cataplasmes.

22. — Aucun accident n’est survenu. Le dégorgement s’opère avec rapidité.

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