SUPPURATIONS DE LA MAIN
Les suppurations des diverses parties de la main peuvent être rangées parmi les maladies les plus communes et parfois les plus fâcheuses. Nous signalerons parmi les variétés les plus fréquentes le durillon froissé et le panaris. Avant d’aborder l’étude de ces deux importantes variétés, étude quia été de notre part l’objet de recherches longues et attentives, nous dirons quelques mots des abcès idiopathiques delà face palmaire et de la face dorsale de la main.
Art. 1er. — Abcès idiopathiques «le la face palmaire.
Ils se développent le plus souvent à la suite de percussions violentes, de piqûres, de pressions répétées, ou bien consécutivement à l’amputation des doigts, soit dans leurs phalanges, soit dans leur articulation métacarpo-phalangienne , après l’incision de kystes placés dans la paume de la main, de plaies profondes de cette région, etc.
Considérés relativement à leur siège, les abcès de la face palmaire peuvent être sous-épidermiques , sous-cutanés ou sous-aponévrotiques.
Les abcès sous-épidermiques se confondent par leurs caractères et
Soi PART. III. — DE LA SUPPURATION DANS LES ORGANES.
leur étiologie avec ce que nous appelons la forme ampuHaire clans le durillon froissé. (Voir plus loin.)
Les abcès sous-cutanés s’annoncent par une tuméfaction douloureuse de la paume de la main, tuméfaction qui, dans quelques cas, se propage à la face dorsale. Quand l’inflammation ne dépasse pas l’aponévrose, le gonflement ne gagne pas le poignet et encore moins l’avant-bras. Le lissu fibro-celluleux qui unit la face profonde du derme aux aponévroses du poignet, est en effet assez dense pour résister longtemps à la transmission de l’inflammation de ce côté.
Quand les phlegmons sous-cutanés sont arrivés à la période de suppuration, le pus s’accumule d’abord entre le derme et l’aponévrose, et le plus fréquemment il se fraye une issue au dehors en amincissant la peau. Une fois vidée , la poche suppure pendant quelque temps, puis guérit par le recollement de la peau avec les parties sous-jacentes.
Dans les abcès sous-aponévrotiques, qu’ils résultent de l’extension des foyers sous-cutanés ou qu’ils se développent primitivement, la tuméfaction s’étend rapidement , non-seulement à la face dorsale de la main, mais encore au poignet et à l’avant-bras, ce qui s’explique par les larges communications que les gaines synoviales de la paume de la main ont avec ces régions.
Les abcès sous-cutanés, aussi bien que les abcès profonds de la face palmaire, veulent être ouverts de bonne heure. Car le pus a la plus grande tendance à se porter dans le premier cas vers les parties profondes, dans le second vers l’avant-bras en passant sous le ligament annulaire du carpe et en suivant la voie naturelle que lui offrent les gaines tendineuses. Quant aux autres détails du traitement, on les trouvera longuement exposés à l’article : Durillon froissé.
Nous avons l’habitude, dans les régions où l’on est exposé à rencontrer des vaisseaux d’un certain calibre, de recourir à un mode particulier de drainage, qui consiste , après avoir fait à la peau une légère ponction, à pénétrer par l’ouverture avec une sonde cannelée, à écarter les tissus et à arriver ainsi en louvoyant jusque dans le foyer pour en sortir de la même manière et soulever la peau dans un point plus ou moins éloigné, sur lequel on fait encore une petite piqûre. Au lieu d’employer ce mode de transfixion que nous avons imaginé pour éviter la lésion des organes délicats dans les régions dangereuses, on peut tout simplement, si l’on ne redoute la blessure d’aucun vaisseau, d’aucun nerf important, se contenter de traverser la partie malade avec un trocart. Nous donnerons l’observation suivante comme un spécimen de ce dernier mode d’ouverture par le drainage.
Obs. Gl 3. — Phlegmon de V éminence thénar. Drainage par le trocart. Guérison. — Helmer (Joseph), lSans, forgeron, est entré le 9 octobre 1855, à l’hôpital Lariboisière.
Quinze jours avant son entrée à l’hôpital, cet homme a commencé à éprou\ei une douleur assez vive dans la main gauche. L’éminence thénar est devenue rouge, gonflée ; puis les ganglions axillaires se sont engorgés. Obligé de renoncer a son travail, le malade entie à l’hôpital.
Oh constate à la face palmaire de la main gauche un vaste phlegmon. L’exploration de l'éminence thénar y fait percevoir une fluctuation profonde. Un séton perforé est introduit à travers les muscles de cette région au moyen d’un trocart à drainage, et donne issue à un pus mêlé de sang. On enveloppe ensuite la main avec de larges cataplasmes recouverts de taffetas gommé ; élévation du membre sur un coussin ; repos complet.
15 octobre. — La main est complètement désenilée ; les douleurs ont disparu ; la suppuration continue, mais en s’affaiblissant.
17. — Diminution de plus en plus marquée de la suppuration ; l’engorgement des glandes de l’aisselle n’existe plus; on supprime le séton.
18. — La suppuration a fait place à une sécrétion de lymphe plastique. État général excellent. Exeat.
Voici deux exemples de la rapidité avec laquelle on peut, par le drainage, conduire à bonne fin des phlegmons de la main d’une extrême gravité.
Obs. 014. — Phlegmon de la main. Drainage. Guérison. — Wagniart (Henri), 57 ans, entre le 11 octobre 1855, à l’hôpital Lariboisière.
Cet homme souffrait depuis quelques jours de douleurs assez vives dans l’espace compris entre le second et le troisième métacarpien, lorsque, le 8 octobre dernier, il fit son déménagement et se fatigua beaucoup la main.
A son entrée à l’hôpital, cette main était dans un tel état que non-seulement on craignait pour l’avant-bras, mais qu’on avait même conçu de vives appréhensions pour l’existence du malade. Au moyen d'un trocart à drainage on établit un séton perforé dans la paume de la main, et à dater de ce moment tous les phénomènes inflammatoires tombèrent avec une rapidité extrême; tout envahissement purulent fut enrayé, et il s’établit une sorte de tolérance eu égard aux accidents locaux. Point de fièvre, d’inappétence, de céphalalgie; ventre parfaitement libre ; 4 portions d’aliments au bout de quelques jours ont pu être très-bien supportées.
La cicatrisation resta un instant entravée par la présence d’un tendon réduit en bouillie et qui, ne pouvant être extrait, joua dans la plaie le rôle de corps étranger.
La partie nécrosée de ce tendon ayant été enfin éliminée, la cicatrisation marcha avec rapidité et le malade put sortir parfaitement guéri le IG octobre 1855.
Obs. 615. — Phlegmon de la main. Drainage. Guérison. — Collet (Henri), 21 ans, serrurier frappeur, entre le 2 janvier 185G, à l’hôpital Lariboisière.
Le frottement continuel du marteau sur la paume de la main a déterminé un durillon auquel a succédé une ampoule que le malade essaya d’ouvrir lui-même. Il s’ensuivit un phlegmon de l’éminence thénar, phlegmon dont on put constater l’existence au moment où le malade entra il l’hôpital.
La légion malade fut aussitôt traversée au moyen du trocart par un tube à drainage. Cataplasmes.
Le lendemain, 3 janvier, on trouve dans le cataplasme les traces d’une suppuration abondante. Douches dans le foyer. Le mieux continue les jours suivants, la douleur cesse, et le foyer se vide entièrement.
8 jamier. Le séton perforé devenu inutile est enlevé.