‹ Traité pratique de la suppuration et du drainage chirurgicalChapitre 200 sur 264 · Guérison complète · texte numérisé non relu

Guérison complète

ï Art. 8. — Abcès froids idiopathiques «le la région inguinale.

On comprend généralement sous cette dénomination les abcès froids de l’aine qui se forment soit dans les ganglions lymphatiques, soit dans I le tissu cellulaire. Or nous avons déjà parlé des différentes suppurations adénitiques de la région inguinale. Il ne nous reste plus qu’à dire un mot de celles qui ont leur siège dans le tissu cellulaire.

I Tantôt 1 abcès, après avoir été précédé d’une inflammation sourde, I lente, apparaît sous la forme d’une tumeur fluctuante qui s’accroît in-

sensiblement. Tantôt la collection purulente est précédée d’un état d’induration avec engorgement et tuméfaction du tissu cellulaire, état qui persiste plus ou moins longtemps avant que la suppuration ne s’établisse.

De quelque manière que la maladie ait débuté, l’abcès froid de l’aine se présente avec les apparences d’une tumeur molle , circonscrite, presque toujours indolente, placée immédiatement ou presque immédiatement sous la peau qui n’a pas changé de couleur; la fluctuation est d’autant plus manifeste dans la tumeur que le pus qu’elle contient, à la fois séreux et floconneux, n’a pas à beaucoup près la consistance du pus des abcès phlegmoneux; enfin ces abcès ne pointent pas comme les abcès phlegmoneux.

L’abcès froid idiopathique qui s’est développé dans le tissu cellulaire ne se distingue facilement de celui qui s’est formé dans les ganglions inguinaux qu’autant qu’on a assisté au début de la maladie et constaté dans ce dernier cas les tumeurs dures , mobiles , roulantes sous le doigt, constituées primitivement par les glandes lymphatiques hypertrophiées. — Plus tard, la détermination précise du point de départ de la collection purulente pourrait offrir des difficultés sérieuses; mais il importe peu pour le traitement qu’on ait affaire à un abcès froid adénilique ou non adénitique.

Là méprise n’aurait de gravité qu’autant que l’cn confondrait un abcès froid non symptomatique avec un abcès par congestion. Nous indiquerons plus tard à quels caractères on reconnaît ces deux variétés d’abcès froids.

L’abcès froid de la région inguinale doit être ouvert aussitôt qu’on en a constaté l’existence. Car si d’un côté on peut temporiser sans inconvénient à cause de la lenteur du progrès de la maladie, d’un autre côté il est indispensable d’évacuer artificiellement la collection purulente, parce que l’ouverture spontanée se ferait trop longtemps attendre et qu’à partir du moment où l’abcès froid est constitué, des mois pourraient s’écouler avant qu’il ne se formât une ouverture spontanée.

Le procédé auquel j’ai recours pour l’ouverture de ces abcès est le suivant.

Avec un trocart recourbé que j’appelle trocart à drainage , je pénètre dans le foyer purulent à l’une de ses extrémités et, après avoir parcouru toute l’étendue de la collection, je fais ressortir la pointe de l’instrument à l’extrémité opposée. — Puis je retire le trocart en laissant la canule. Par cette canule je fais passer une bougie armée d’un fil, lequel entraîne un séton perforé qu’on laisse dans le foyer aussi longtemps que la suppuration persiste ou que les besoins du traitement l’exigent.

Au lieu du trocart je me sers quelquefois du bistouri. A chacune des deux extrémités opposées du plus grand diamètre de l’abcès, je pra-

tique une petite ouverture avec la pointe de l’instrument. Par ces deux ouvertures j’introduis un stylet armé d’un fil, lequel me sert comme dans le cas précédent à établir un séton à drainage.

Au drainage institué d’après le procédé dont je viens de parler, on peut joindre les douches détersives, et, si le lavage était insuffisant, les injections iodées.

Enfin on doit associer à ces moyens locaux des moyens généraux propres à modifier la constitution.

Obs. 702. — Abcès froid de la région inguinale. — Adenau (Auguste), bonnetier, 20 ans, entre à l’Hûtel-Dieu, salle Saint-Côme, n» 36, le 31 décembre 1844.

Ce malade porte dans la région inguinale gauche, une tumeur complètement fluctuante, indolente, sans changement de couleur à la peau. Il y avait eu antécédemment des douleurs dans l’épine iliaque antérieure et inférieure. Ces douleurs durent encore. Point d’autres maladies sérieuses antérieurement. Le malade n’avait point eu de chancres, mais une gonorrhée seulement un an auparavant. Jamais de douleurs à la colonne vertébrale. Du reste apparences d’une très-bonne constitution.

A raison des douleurs senties par le malade, on était naturellement porté à soupçonner l’existence d’une carie de l’épine iliaque antérieure et inférieure. Il est fort possible qu’il en ait été ainsi. La chose reste douteuse si l’on a égard à la rapide guérison de ce malade et à l’excellence de sa constitution. Dans ce cas nous n’aurions eu affaire qu’à un abcès froid idiopathique. O uverture avec le bistouri le 4 janvier 1845. Écoulement très-abondant d’un pus floconneux . Cataplasmes, suppuration très-abondante pendant quinze jours.

18 janvier. — Débridement au côté externe pour faciliter l’issue du pus qui avait lieu incomplètement.

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