Exeat
Dans l’observation qui va suivre, c’est à la méthode du lavage et de l’occlusion que nous avons eu recours.
Obs. 744. — Abcès de la bourse synoviale répondant à la tubérosité antérieure du tibia. Ouverture. Lavage. Occlusion. — Peltre (Léopold), 39 ans, menuisier, faubourg Saint-Antoine, 186, entre à l’hôpital Saint-Antoine, le 31 octobre 1850, salle Saint-François, n° 31.
11 y a cinq jours, cet homme travailla pendant une heure seulement à un parquet, genre de travail pendant lequel il reposait sur ses genoux. Dès le soir du même jour, il éprouve dans le genou droit une douleur qui augmente au point de l’empêcher de vaquer à ses occupations les jours suivants. C’est alors qu’il se décide à entrer à Saint-Antoine, le 31 octobre 1850.
1er novembre. — A la visite du matin, voici ce que l’on constate :
Cet homme est d’une constitution bonne. Je m’informe s’il ne se serait point agenouillé du genou droit sur quelque corps anguleux, sur quelque clou, s’il n’y avait pas à son pantalon quelque inégalité, quelque pli, quelque couture grossière, correspondant au genou .résultat négatif.
Au niveau de la saillie formée par la tubérosité antérieure du tibia existe une tuméfaction rouge et très-douloureuse. Cette tuméfaction est fluctuante : la rougeur qui l’accompagne, quoique plus vive au centre du gonflement, est diffuse. Elle s’étend sur les parties latérales et principalement sur le côté interne du genou. Les ganglions de l’aine sont un peu tuméfiés, ils ne sont nullement douloureux. J’ouvre avec le bistouri cet abcès que recouvre une peau épaisse et qui donne issue à une cuillerée à bouche d’un pus mal lié et comme mélangé de sérosité. J’exerce sur tout le voisinage des pressions concentriques. J’injecte l’abcès au moyen de la seringue à hydrocèle, et quand je crois avoir expulsé, d’une manière complète, le pus et l’eau injectée, je ferme exactement avec une cuirasse à ban-
delettes imbriquées en X. Linge cératé très-épais, charpie, compresses, bandes, repos recommandé au malade.
2 novembre. — Le malade a encore ressenti quelques élancements depuis l’opération ; cependant, comme il ne souffre plus, on ne touche pas à la cuirasse.
3. — On lève l’appareil. La plaie est parfaitement, cicatrisée. La sensibilité est à peu près nulle excepté à la partie interne du genou sur laquelle la pression cause encore un peu de douleur.'
4. — On ne touche pas au pansement. Le malade n’éprouve plus la moindre douleur.
C. — On lève la cuirasse. La guérison est complète. On garde quelques jours encore le
malade pour s’assurer de la solidité de la guérison. Rien ne se reproduit, et la sortie hors de l’hôpital a lieu le 10 novembre.
Il est difficile de trouver en chirurgie Quelque chose de plus décisif et de plus satisfaisant. Le chirurgien, par une opération très-simple, le lavage, suivi du pansement des plaies récentes, arrête instantanément le travail de suppuration pour y substituer d’emblée celui de cicatrisation. Il met d’un seul coup le malade à l’abri de toutes les suites désagréables, de toutes les complications auxquelles peut donner lieu un abcès dans cette région, et ces suites et complications sont nombreuses. Ce sont: les décollements, la diffusion du pus dans le tissu cellulaire, la nécessité des contre-ouvertures, les érysipèles, la suppuration prolongée, etc., etc.
Le diagnostic différentiel entre X'erythema nodosum et l’hygroma suppuré peut présenter des difficultés sérieuses, et il nous est arrivé quelquefois de prendre pour un abcès de la bourse séreuse prérotulienne une large plaque d 'erythema nodosum située sur la rotule.
Le 24 avril 1852, une marchande des quatre saisons, âgée de 49 ans, nommée Dillon (Cécile), est entrée à l’hôpital Saint- Antoine, présentant au-devant de la rotule gauche une tumeur circonscrite, fluctuante, ayant commencé, il y a environ quinze jours, sans cause appréciable.
Bien convaincu qu’il s’agit là d’un hygroma suppuré, j’y pratique une incision, qui est suivie d’un écoulement de sang visqueux, sans mélange aucun de matière purulente.
Les jours suivants, point de suppuration; mais une éruption d 'erythema nodosum se manifeste sur différentes parties du corps, et vient nous éclairer sur la nature du phlegmon supposé de la bourse prérotulienne. Il s’agissait évidemment d’une large plaque d’érythème noueux.
Dans des cas analogues à celui dont nous venons de parler, l’absence de toute fluctuation et l’existence de plaques d’érythème noueux sur d’autres points du corps serviraient à faire éviter l’erreur.
Les prolongements qu’envoient sur les parties latérales de l arliculation du genou les abcès hygromaliques prérotuliens, pourraient en imposer, dans certains cas, pour une hydarthrose ou une collection purulente intra-articulaire. Si la cavité du genou renfermait du pus, l'erreur n’aurait aucune conséquence grave, car il faut ouvrir, et dans le cas
d’hygroma suppuré, et dans le cas d’abcès intra-articulaire, mais il n’en serait plus de même, si l’on avait affaire à une simple hydarthrose. Un diagnostic précis est ici de la plus haute importance. En effet, ne pas ouvrir l’abcès, alors que, franchissant les limites de la capsule prérotulienne, le pus est venu faire saillie sur les parties latérales du genou, c’est vouer le malade à tous les dangers du phlegmon par diffusion; d’un autre côté, ouvrir la synoviale d’une articulation aussi vaste que celle du genou pour une hydarthrose, que le simple repos aurait peut-ôtre guérie, c’est commettre un acte répréhensible au premier chef. Les commémoratifs devrontêtre invoqués ici pour l’appréciation exacte de la tumeur, de son origine et de sa nature. S’il s’agit d’un hygroma, la profession du malade, une violence extérieure exercée sur la rotule, la marche de l’abcès, permettront de porter le diagnostic. Dans le cas d’hydarthrose, l’absence de tout travail inflammatoire, la marche lente de la maladie, la saillie du liquide au niveau de l’interligne articulaire, et principalement des condyles du fémur, le soulèvement de la rotule, etc., éclaireront le chirurgien et le mettront à l’abri d’une erreur grave.
Nous devons signaler ici deux complications assez fréquentes dans l’hygroma suppuré du genou, nous voulons parler de l’angioleucite et de l’adénite inguinale.
Les observations suivantes fourniront des exemples de ces complications.
Ods. 745. — Hygroma suppuré du genou, angioleucite de la face interne delà cuisse. Canidés en 1 . Cataplasmes. Occlusion. Guérison. — Auzanne (Pierre), maçon, 25 ans, est entré le 3 juin 1S52, à l’hôpital Saint-Antoine, salle Saint-François, 19.
11 y a six jours, apparition de douleurs, puis de rougeur et de gonflement au-devant de la rotule droite. Douleur concomitante sur le trajet des vaisseaux lymphatiques de la partie interne de la cuisse, ainsi qu’au niveau des ganglions inguinaux. Incision assez profonde sur 1 hygroma; issue d’un pus concret mélangé de sang. Canule en Y dans la plaie. Cataplasmes. 8 ventouses à la partie interne de la cuisse.
S- U angioleucite a disparu ; les phénomènes inflammatoires ne font point de progrès; toute la maladie est limitée au genou; canule; cataplasmes.
13. — La suppuration fournie par la plaie est peu abondante ; les lèvres de l'incision tendent à la cicatrisation.
19. — Les bourgeons charnus ont atteint le niveau des tissus environnants; et la plaie se trouve dans l’état le plus satisfaisant.