‹ Traité pratique de la suppuration et du drainage chirurgicalChapitre 246 sur 264 · Exeat · texte numérisé non relu

Exeat

Ouvrir les abcès variqueux de la jambe, les laver et les panser à 1 occlusion, tel est le mode de traitement que nous avons employé plusieurs fois avec succès.

Nous ne devons pas omettre de rappeler ici que, depuis l’emploi du

perchlorure de fer pour la cure radicale des varices, il est arrivé, dans quelques cas, que les veines devenaient le siège d’une inflammation suppurative qui ne paraît avoir eu, jusqu’à ce jour du moins, aucune suite

funeste.

Art. 4. — Abcès profonds de la jambe.

L’attention nous paraît surtout devoir être appelée sur ceux de ces abcès qui siègent à la partie postérieure de la jambe, surtout quand leur origine se rapproche de la région poplitée.

Ces abcès sont excessivement dangereux. Nous ne les avons guère observés que comme conséquence d’altérations osseuses de la face postérieure du tibia. Leur marche est très-insidieuse. La maladie peut s’annoncer par des douleurs profondes, d’une intensité excessive, portant un trouble grave dans l’état de la constitution. Ces douleurs, exemptes de tout empâtement, et qui persistent pendant des mois entiers à la manière d’une névralgie profonde, peuvent mettre en défaut l’attention la plus soutenue.

Elles constituent, à la vérité, un grand obstacle dans les recherches diagnostiques, parce qu’elles rendent insupportables l’exploration et même le moindre contact.

Plusieurs fois, dans des cas semblables, j’ai eu recours à l’emploi du chloroforme. Mais il y a un fait certain, c’est que l’altération osseuse et la suppuration commençante, peuvent rester pendant longtemps tellement circonscrites et tellement exemptes de toute manifestation extérieure, sauf la douleur, que vous avez beau plonger le malade dans l’anesthésie la plus complète, manier et comprimer en tous sens la région qui est le siège de cette douleur, vous pouvez ne rencontrer aucune trace de la présence de l’abcès, alors même que depuis longtemps déjà existent les indices d’un travail profond.

On pourrait bien, quand on rencontre un de ces cas de douleur profonde, pertérébrante, à la face postérieure des os de la jambe, proposer la ponction explorative, mais ce n’est pas chose très-exécutable que de ponctionner profondément, même avec un instrument très-fin, la partie postérieure et supérieure de la jambe.

L’idée de blesser la terminaison de la poplitée, la bifurcation des artères tibiale postérieure et péronière arrête la main du chirurgien.

Et cependant la temporisation est funeste. D’une part, elle laisse persister les douleurs, et nous avons dit quelle est leur dangereuse influence sur la constitution ; d’autre part, elle permet une propagation sourde qui peut conduire le mal jusqu’à l’articulation du genou. Nous en avons vu un exemple chez un malade sur lequel nous avions porté le diagnostic et fait l’ouverture de la collection d’aussi bonne heure que possible.

La marche de ces collections profondes qui se rattachent de toute évidence aux abcès sous-périostiques est la suivante. Dans certains cas, l’abcès abandonné à lui-même envahit le creux du jarret, atteint l’articulation du genou, et donne lieu à des accidents tellement graves, que le malade succombe, et que la seule chance de salut qui lui reste est l’amputation. Nous ferons même remarquer à cet égard, que l’indication d’amputer donne lieu quelquefois à de très-grandes difficultés pratiques. Voici de quelle manière.

Aussitôt que l’envahissement purulent arrive à déterminer un état fébrile continu, la sollicitude du chirurgien s’éveille. Il sent bien que des accidents d’une haute gravité se préparent. Pour conjurer le danger, il a recours à des moyens plus ou moins énergiques, et notamment à des incisions ; les accidents s’amendent un peu; on n’ose point encore formuler d’une manière absolue la nécessité immédiate de l’amputation, et c’est sur ces entrefaites que se déclarent quelques-uns de ces troubles généraux, l’infection purulente par exemple, qui viennent enlever au chirurgien cette dernière ressource. Il résulte de là que le mal passe, pour ainsi dire, sans transition d’une période où les indications d’amputer n’étaient pas assez flagrantes à une période dans laquelle l’amputation cesse d’être possible avec chances de réussite, à raison de l’état général du sujet.

Je crois que si, dans des cas analogues, on se décidait toujours à l’amputation, on s’exposerait à sacrifier quelque membre pour lequel cette opération aurait pu être évitée, mais l’on sauverait un plus grand nombre de malades.

Il y a, il faut le reconnaître, de ces envahissements articulaires purulents qui sont susceptibles de guérison, et, depuis que nous mettons largement en usage la pratique du drainage chirurgical , nous avons vu plusieurs fois des exemples de ce genre.

Toutefois, notre opinion est bien arrêtée sur ce point que l’on devrait, aussitôt que dans une lésion semblable il y a envahissement articulaire, recourir à l’amputation. Il faut savoir aussi, et c’est un point sur lequel nous avons déjà insisté dans notre Mémoire sur V ostèo-my élite , que les frissons auxquels donne lieu l’invasion articulaire, ressemblent à ceux de l’infection purulente.

Dans d’autres cas, l’abcès ouvert par la nature ou par l’art, donne lieu à des fistules péri-articulaires sur le caractère desquelles nous devons nous arrêter un instant.

Ces fistules, chez certains sujets, sont compatibles avec le rétablissement de la santé générale. Le malade les garde pendant dix, quinze, vingt années et plus, n’éprouvant que de loin en loin des accidents douloureux et inflammatoires, mais chez les sujets dont la constitution est moins forte ou plus irritable, elles sont une source fréquente d’accidents.

II y a plus ; elles peuvent devenir la cause de l’invasion articulaire et de ses désastreuses conséquences , de telle sorte que ce que la maladie n’avait pas fait dans son état aigu, elle le fait dans son état chronique.

Comme nous avons déjà indiqué les moyens de combattre cette espèce d’accidents, nous n’y reviendrons point ici.

Quelle que soit la bénignité actuelle de ces fistules, un chirurgien prudent doit toujours s’en défier, et, pour peu que son intervention soit réclamée par le malade, il doit s’attacher à les guérir aussitôt que possible, sachant bien qu’elles font courir des dangers réels, sinon dans le présent, du moins dans l’avenir.

L’observation suivante nous offre un cas d’abcès profond de la partie postérieure de la jambe très-intéressant, en ce sens : 1° qu’il s’agit ici d’une suppuration intermusculaire et non plus osseuse; 2° que la question du diagnostic, restée longtemps indécise, n’a pu être définitivement tranchée qu’à l’aide d’une exploration longue et minutieuse; 3° que les accidents n’ont pu être vaincus que par l’action du drainage ; 4° que, le malade ayant été traité dans les salles de médecine pour une pneumonie, il se pourrait que son abcès appartînt à la classe des abcès critiques.

Obs. 7C8. — Abcès profond intermusculaire de la partie postérieure de la jambe consécutif à une pneumonie. Drainage. Guérison. — Bertrand (Jérôme), 53 ans, rue de Lappe, 2, entre le 3 juin 1851 à l'hôpital Saint-Antoine.

Ce malade vient des salles de médecine où il a été traité pour une pneumonie. On l’envoie en chirurgie comme portant un abcès profond à la partie postérieure de la jambe.

Après une exploration minutieuse, M. Chassaignac déclare qu’il n’est pas fixé sur le diagnostic. Cataplasmes, onguent napolitain.

19. — Nouvelle exploration extrêmement douloureuse pour le malade. On constate par le procédé du pincement qu’il y a une fluctuation très-profonde. Saisissant à pleines mains le mollet du malade, on exerce avec chaque main des pressions alternatives et bilatérales de manière à refouler le liquide de l’une des mains vers l’autre. Un bistouri est plongé très-profondément dans la partie externe et moyenne de la jambe. Une quantité considérable de pus sort par l’ouverture, une canule en Y est installée dans la plaie.

23 juin. — Douches. Canule.

4 juillet. — On continue chaque jour l’emploi des douches; on pratique une nouvelle ouverture qui donne issue à une grande quantité de pus. Douches.

9. — Douches répétées tous les jours. Elles ont une action très-efficace grâce à la communication qui existe entre les deux ouvertures.

11. - Douches. Il faut décoller les parois de l'abcès pour permettre au liquide de passer par les deux ouvertures. Depuis quelques jours le malade a de la fièvre. Douches.

21 - Encore de la fièvre. Suppuration toujours aussi abondante. Agglutination des bords de la plaie. Continuation des douches.

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