Sorti guéri
Bien que ce soit généralement sur les parties osseuses saillantes ou anguleuses que se développent les bourses sous-cutanées, il peut s’en former sur des parties rentrantes ou creuses. Mais il faut pour cela bien plus encore que pour les parties saillantes qu’un frottement habituel s’exerce sur ces parties rentrantes. C’est ce qui a lieu pour le cou-depied au niveau duquel existe chez certains individus un véritable durillon produit par des chaussures plus ou moins grossières.
Or, partout où il y a durillon sur un tégument qui glisse à la faveur d’un tissu cellulaire lâche, on peut être sûr qu’il y a déjà toute formée ou en voie deformation une bourse sous-cutanée.
Il est bon de noter aussi, et c’est une remarque qui nous est propre, que les suppurations angioleucitiques paraissent affecter une prédilection spéciale pour les bourses sous-cutanées. Nous ne savons quel lien secret unit les suppurations angioleucitiques et celles des bourses souscutanées. Mais nous avons plusieurs fois constaté l’existence des suppurations hygromatiques dans les cas d’angioleucite suppurante.
Nous citerons à l’appui de ce qui vient d’être dit l’observation suivante dans laquelle une angioleucile dépendant d’une écorchure sur le dos du gros orteil a paru donner lieu à un abcès bygromatique du cou-de-pied.
Obs. 781. — Abcès angioleucitique et hygromatique du cou-de-pied. Ouverture, lavage, occlusion. — Juillard (Louis), imprimeur, 18 ans, rue du Faubourg-Saint-Antoine, 229, est entré le 25 mai 1852 à l’hôpital Saint-Antoine, salle Saint-François, 25. ■
A la suite d’une écorchure siégeant sur la face dorsale du gros orteil, un abcès par angioleucite s’est produit sur le cou-de-pied. Pour arriver à cet abcès, le bistouri est obligé de traverser une couche épaisse de tissus indurés. En explorant, après l’évacuation du pus, l’intérieur du foyer au moyen d’un stylet, on se sent arrêté dans un certain rayon comme par les parois d’une cavité close qui n’est autre chose qu’une bourse muqueuse accidentelle. Lavage, occlusion.
1er juin. — Le foyer de l’abcès s’est oblitéré. Il n’y a plus qu’un peu d’écartement des lèvres de l’incision. Exeat.
Aux observations qui précèdent, nous en joindrons une dans laquelle on verra un abcès de la face dorsale du pied, lequel abcès s’est développé consécutivement à un érysipèle de la face et de la partie supérieure du tronc. Si, comme la chose est très-probable, l’érysipèle est lié par un rapport de causalité avec l’abcès du pied, il est remarquable
de voir que c’est sur un point très-éloigné du siège de la phlegmasie érysipélateuse qu’a eu lieu la suppuration critique.
D’une autre part, le cas dont il s’agit nous paraît mériter d’une manière toute particulière l’attention du praticien à raison de la netteté du résultat que nous a donné la méthode du lavage et de 1 occlusion. Nonseulement nous avons obtenu la réunion primitive, mais encore la réunion primitive sèche, c’est-à-dire qu’en levant le pansement, nous n’avons pas trouvé sur la face interne de la cuirasse la moindre trace de pus ni même de magma lymphatique. Et cependant, après l’ouverture du foyer, nous avions pu constater que la suppuration n’était pas bornée à la superficie de la face dorsale du pied. Car en comprimant la plante du pied et le quatrième espace inter-osseux on fit refluer par la plaie d’ouverture environ deux cuillerées de pus. Yoici d’ailleurs l’exposé du fait.
Obs. 782. — Abcès du pied, suite d’érysipèle. Ouverture, lavage, occlusion. Réunion primitive. — Rigny (Jules), 18 ans, homme de peine, faubôurg Saint-Antoine, 195, est entré le 13 juillet 1851, à l’hôpital Saint-Antoine, au n° 39, de la salle Saint-François.
Cet homme se présente, avec un érysipèle de la face et de la partie supérieure du tronc, érysipèle qui parait avoir pour cause, cinq à six ulcères scrofuleux siégeant les uns au col, les autres aux régions sus-claviculaires, un autre devant le sternum. L’érysipèle parcourt ses périodes en s’accompagnant des symptômes les plus graves et s’arrête dans sa marche descendante, à la hauteur de l’ombilic.
25 juillet. — L’exanthème est en pleine desquamation.
29. — Guérison de l’érysipèle. L’épiderme est à peu près complètement renouvelé.
Ce jour-là, le malade nous fait voir un gonflement assez notable qui siège à la face dorsale du pied gauche à la hauteur de l’articulation métatarso-phalangienne du quatrième orteil. Ce gonflement n’est autre chose qu’un abcès. Ouverture. Lavage. Occlusion. La région n’a pu se prêter à l’application de la ventouse aspiratrice. L’abcès, qui ne s’accompagne pas de rougeur à la peau, nous avait paru, au premier abord, très-circonscrit; mais en comprimant la plante du pied et le quatrième trajet inter-osseux nous faisons refluer une quantité de pus équivalente à deux cuillerées à peu près. Lavage réitéré.
3t. — On lève le pansement. Succès complet. Réunion primitive sèche. On ne trouve rien sous la cuirasse. La réunion est solide. Le malade est encore dans les salles : jusqu’au 10 août point de récidive. Point d’accidents généraux.
Parmi les abcès angioleucitiques trajectifs, c’est-à-dire ceux qui se développent sur le trajet des vaisseaux lymphatiques, il y a des cas où la suppuration se déclare sous la seule influence de l’inflammation des cordons lymphatiques et d’autres cas dans lesquels c’est une cause locale surajoutée qui décide du lieu dans lequel la suppuration doit se produire. Ainsi chez le sujet dont nous allons rapporter l’observation, il y avait eu sur le petit orteil une suppuration qui avait déterminé une angioleucite. Le malade serre avec une certaine force les cordons de son soulier, et il s’aperçoit bientôt qu’il porte sur la face dorsale du pied les signes d’une inflammation violente qu’il attribue à la pression produite par les cordons, tandis que c’est cette pression combinée avec l’angioleucite qui localise la suppuration sur ce point.
Oits. 783. — Abcès anyioleucitique de la face dorsale du pied. Incision. Pansement par occlusion. Guérison. — Pépin (Désiré), sellier, 44 ans, d’une bonne constitution et d’une taille moyenne, entre à l’hôpital le 10 février 1857.
Cet homme portait depuis longtemps un cor au petit orteil du pied droit. Il y a quinze jours, cet orteil se trouva écorché par des sabots très-lourds que portait le malade. Pépin n’en continua pas moins à marcher.
8 février. — Il commença à ressentir de la douleur et vit son pied se tuméfier considérablement, en même temps qu’un certain degré de sensibilité se manifestait au pli de l’aine.
Le malade nous apprend, et c’est à cette cause qu’il rattache l’abcès pour lequel il se présente à nous, qu’il a eu le cou-de-pied fortement serré par des cordons neufs qu’il avait mis à ses souliers.
Au moment de son entrée à l’hôpital, nous trouvons la face dorsale du pied gonflée, un peu œdématiée, la peau rouge, violacée, douloureuse à la pression ; et dans le point qui a été comprimé par les cordons de souliers, c’est-à-dire, sur le cou-de-pied, existe une collection purulente. Il s’agit donc ici d’un abcès phlegmoneux développé par le fait d’une cause accidentelle sur le trajet de vaisseaux lymphatiques enflammés ou tout au moins disposés à l’inflammation par l’écorchure dont nous avons parlé.
11. — On ouvre le petit Toyer purulent par une incision. Cataplasmes.
A dater de ce moment le gonflement du pied diminue sensiblement, les phénomènes d’angioleucite disparaissent, la peau reprend sa coloration normale, les douleurs cessent et les fonctions du pied se rétablissent.
17 . — On applique sur la petite plaie un pansement par occlusion et Pépin sort de l’hôpital parfaitement guéri.
On voit quelquefois la bourse séreuse accidentelle de laface dorsale du pied être prise d’une inflammation suppurative quia pu en imposer dans certains cas soit pour un simple abcès sous-cutané, soit pour un abcès froid, soit pour une affection des tendons. Cette variété d’hygroma suppuré présente souvent un état fongoïde sur lequel nous avons déjà appelé l’attention.
Nous en donnerons un exemple dans l’observation suivante.
Obs. 781. — Ilygroma suppuré de la face dorsale du pied. Drainage. Guérison. Dozat (Joseph), 18 ans, maçon, entre le 1er juillet 185G, à l’hôpital Lariboisière.
Ce jeune homme porte déjà depuis longtemps à la face dorsale du pied droit une tumeur qui n’est pas très-volumineuse, mais qui lui fait éprouver quelque gêne et qui s’est développée sans cause connue.
Le diagnostic de cette tumeur donne lieu à quelques incertitudes. On peut supposer, en effet, qu’il s’agit, ou bien d’un hygroma de la face dorsale du pied, ou biqn d une maladie des tendons, ou enfin d’un abcès lié à une affection des os ou des articulations qui les unissent. On peut encore admettre la possibilité d’un petit abcès sous cutané résultant de réchauffement d’un épanchement sanguin. Point d’engorgement inguinal ganglionnaire.
7 juillet. — Drainage de l’abcès. Un stylet introduit par l’ouverture ne fait reconnaître aucune dénudation osseuse. Mais on sent des fongosités qui tapissent une bourse accidentelle actuellement en suppuration. Le liquide qui sort par les tubes est constitué par un mélange de pus et de sang. Cataplasmes.