ABCÈS I1YGROMATIQUES DE LA PLANTE DU PIED
M. Lenoir a décrit à la région plantaire du pied ( Presse médicale , 25 janvier 1837), trois bourses muqueuses sous-cutanées normales, c’est-àdire, qui se rencontrent chez tous les sujets et à tous les âges.
De ces trois bourses, l’une est située sous le calcanéum, et répond spécialement aux tubérosités de sa face inférieure et à l’aponévrose qui s’y insère. Cette capsule est séparée de la peau par une couche de tissu adipeux plus ou moins épaisse, suivant l’embonpoint du sujet, et il faut inciser toute cette couche pour arriver jusqu’à la bourse séreuse. On la rencontre quelquefois au-devant des tubérosités calcanéennes. Elle est oblongue ; son plus grand diamètre, qui est parallèle à l’axe du pied, n’a jamais plus de 27 millimètres d’étendue; chose remarquable, elle est proportionnellement plus grande chez les enfants, et c’est la seule des trois dont M. Lenoir ait constaté l’existence sur le fœtus à terme.
La seconde bourse sous-cutanée plantaire, est placée sous l’articulation de la première phalange du gros orteil avec le métatarsien qui le supporte ; elle est arrondie, globuleuse et multiloculaire à son intérieur; sa face inférieure répond au derme de la plante du pied ; sa face supérieure repose sur l’os sésamoïde interne et le tendon du muscle court adducteur du gros orteil qui s’y insère, et plus en dehors, elle repose sur le tendon du muscle long fléchisseur propre de cet orteil, dont elle est séparée par une expansion mince de l’aponévrose plantaire qui concourt à former sa gaîne ; cette bourse n’envoie pas de prolongement vers le bord interne du pied, mais quand celle qui existe, dans le cas de durillon, sous la tète du métatarsien est très-développée, elle s’en rapproche beaucoup, et l’on conçoit que par contiguïté, l’inflammation puisse se propager de l’une à l’autre.
Une troisième bourse sous-cutanée plantaire, est placée sous l’articulation du petit orteil avec le cinquième métatarsien ; elle répond en bas à la face profonde, du derme, en haut au tendon d’insertion du muscle abducteur du petit orteil , et à l’expansion que l’aponévrose plantaire envoie à cet orteil, mais elle n’est pas limitée à la plante du pied, elle remonte sur sou bord externe au moyen d’un prolongement, sorte de diverticule de la cavité principale, et n’est là re-
vêtue que par une peau mince sur laquelle il se développe fréquemment une callosité circonscrite, ou un véritable cor, par le fait de la pression de la chaussure. Cette disposition rend compte de l’inflammation de cette bourse, qu’on observe bien plus souvent que celle des autres capsules déjà décrites.
Ceci posé, si l’on considère qu’en raison des pressions et des frottements qui déterminent le développement de ces bourses sous-cutanées, l’épiderme qui leur correspond a presque toujours une épaisseur trèsgrande, que souvent il est dur et calleux, et dans quelques cas se change en une plaque cornée, on concevra que, froissé par la marche ou un agent extérieur, il enflamme la peau ainsi que la bourse celluleuse qui lui est sous-jacente. Dès lors les symptômes du phlegmon se déclarent. La région occupée par la capsule sous-cutanée plantaire devient douloureuse, se tuméfie. Bientôt on peut y percevoir.de la "fluctuation ; et la douleur, acquérant plus d’intensité, se propage aux parties voisines.
La suppuration de ces bourses sous-cutanées, abandonnée à ellemême, se comporte de deux manières très-différentes; tantôt elle perfore le derme, se répand sous l’épiderme plus ou moins épais qui recouvre la région, et donne lieu à une ampoule qui s’ouvre elle-même vers sa circonférence. Tantôt la perforation du derme n’ayant pas lieu, la collection purulente se fait jour dans le tissu cellulaire sous-cutané, et y détermine un phlegmon par diffusion qui peut envahir une partie plus ou moins considérable de la plante du pied.
Le traitement est celui que nous avons déjà indiqué pour les abcès hygromatiques, ouvrir la collection aussitôt qu’on a perçu la fluctuation. Si en même temps il existe une callosité épidermique très-épaisse, on l’excisera pour éviter les inconvénients de la rétention du pus sous cette espèce de carapace. La cautérisation de l’intérieur du kyste avec la solution de nitrate d’argent complète la guérison, quand celle-ci se fait trop attendre.
On ne devra jamais permettre aux malades de marcher aussitôt après l’évacuation du pus contenu dans le kyste. M. Cloquet a vu dans ces cas se former, au niveau de la collection hygromatique, un ulcère sordide, Irès-douloureux, à bords coupés à pic, et autour desquels on trouvait un large décollement représenté par la circonférence de la bourse qui n’avait pas été détruite par l’uleéralion. Dans ce cas, le recollement des parois du foyer est presque impossible à obtenir, et il faut recourir à l’excision circulaire des bords de l’ulcère.
L’observation suivante, communiquée par M. Cloquet à M. Lenoir, est un exemple des fistules qui surviennent quelquefois à la suite de l’ouverture spontanée des abcès hygromatiques de la plante du pied.
Obs. 78G. — Fistule consécutive à un abcès hygromatique de la plante du pied. Insuc ■
cès des cautérisations. Excision des bords de V ouverture fistuleuse, de la peau et d’une portion des parois du kyste. Guérison. — Une dame âgée d’environ 36 ans, d’une faible constitution, vint me consulter dans le commencement de l’année 1835, pour une fistule qu’elle portait à la plante du pied gauche au-dessous et en dehors de l’articulation métatarso-phalangienne du cinquième orteil. L’ouverture existait depuis environ trois mois et s’était formée à la suite d’un petit abcès. Celui-ci paraissait reconnaître pour cause l’extraction d’un cor. L’ouverture listuleuse était fort étroite et laissait suinter une humeur visqueuse et purulente. La pression déterminait de la douleur au-dessous de l’articulation; le stylet introduit parcourait une cavité arrondie, profonde d’environ dix à douze lignes et déterminait de vives douleurs Plusieurs cautérisations faites sur l’ouverture fistuleuse avaient amené une tuméfaction inflammatoire et douloureuse qui ne s’était dissipée qu’après l’application prolongée de cataplasmes émollients.
Je fis l’excision des bords de l’ouverture fistuleuse et enlevai complètement la peau et les parois du kyste au niveau de la partie externe. Je fis un pansement à plat; je conseillai à la malade de rester couchée, le pied malade étant renversé en dehors, de manière à faciliter l’écoulement du pus.
11 ne se manifesta aucun accident; la suppuration diminua de plus en plus, les douleurs disparurent, la cavité s’oblitéra et la petite plaie était complètement cicatrisée le quatorzième jour.
Il arrive assez souvent qu’à la suite de l’inflammation et de la suppuration des bourses sous-cutanées voisines des articulations du pied, la maladie se communique à la capsule synoviale. Le pus alors pénètre dans la cavité articulaire et y détermine des lésions qui exigent presque toujours l’amputation.
Art. ». — Abcès «lu pied par durillon froissé.
Les abcès du pied par durillon froissé, ne diffèrent pas quant à leurs caractères, à leur mode de développement et aux formes diverses qu’ils peuvent revêtir des abcès de môme nature que nous avons étudiés à la main.
Les abcès pédieux par durillon froissé, peuvent siéger aux faces dorsale et plantaire. A la face dorsale, c’est sur les orteils qu’on les rencontre le plus fréquemment; à la face plantaire, c’est le talon et la partie correspondante à la rangée des extrémités phalangiennes des métatarsiens qui en sont le siège le plus habituel.
C’est souvent après une marche forcée que se déclare l’inflammation phlegmoneuse à laquelle donne lieu, dans certains cas, le durillon froissé. Le fait suivant nous en fournira un exemple.
Obs. 787. — Durillon froissé phlegrnoneux du petit orteil gauche. Engorgement ganglionnaire inguinal consécutif. Perforation dermique. — ■ Gaudin (Théodore), tailleur de limes à Saint-Maur, est entré le 20 juillet 1853 à l’hôpital Saint-Antoine.
Ce jeune homme a ressenti, il y a cinq ou six jours, après une marche forcée, une grande douleur au petit orteil gauche sur lequel il existe un cor datant de trois mois. Les ganglions de 1 aine sont devenus tuméfiés, douloureux et il y a eu imminence d’angioleucite.
Au moment où le malade est entré à l’hôpital, M. Chassaignac constate l’inflammation phlegmoneuse du durillon et enlève circulairement avec des ciseaux toute la couche
770 PART. III. — l)E LA SUPPURATION DANS LES ORGANES.
épidermique. Cette excision inet à découvert le derme qui est perforé et l’ouverture résultant de cette perforation sphacélique laisse échapper quelques gouttes de pus.
Des cataplasmes, un pansement simple, ont suih pour amener la guérison de cet abcès.
On peut rencontrer au pied les trois formes que nous avons décrites, et sous lesquelles peut se présenter à la main le durillon froissé, savoir, la forme ampullaire, la forme phlegmoneuse et la forme sphacélique. Voici des exemples de chacune de ces formes.
Obs. 788. — Abcès du pied par durillon froissé; forme ampullaire. Excision de l’épiderme décollé. Débridement , cataplasmes. — Labiche (François), menuisier, 30 ans, rue de Montreuil, 84 est entré le 31 mai 1852 à l’hôpital Saint-Antoine, salle Saint-François, n<> 14.
Depuis plusieurs années, ce malade porte un durillon sous le talon gauche. 11 y a huit jours, sous l’influence d’une marche prolongée faite avec des chaussures neuves, une ampoule s’est formée au niveau du durillon. Le malade ayant continué à travailler, le talon se tuméfia bientôt et devint douloureux.
L'examen des parties malades montre que le durillon repose sur un fond rouge et tuméfié. A la circonférence de l’ampoule existe une petite ouverture fistuleuse qui livre passage à un liquide séro-purulent.
On excise circulairement l’ampoule, ce qui permet de voir à nu le derme ulcéré dans une assez grande étendue et présentant \ à 5 petites perforations infundibuliformes. C’est par ces orifices que le pus qui s’est formé dans le tissu cellulaire sous-cutané enflammé a pu trouver une issue au dehors. L’écoulement se fait avec peine. On débride avec le bistouri. Cataplasmes sur le talon.
2 juin. — La suppuration entraîne des lambeaux de tissu cellulaire sphacélé et on en extrait encore avec des pinces. Aucun accident.