ABCÈS DE LA SOUS-CLOISON DU NEZ
Parmi les abcès de la face qui ont le plus vivement attiré notre attention, nous mentionnerons, à cause de leur rareté et des difficultés de leur diagnostic dans certains cas, ceux de la sous-cloison du nez.
Il exisle ici des conditions anatomiques particulières, qui nous paraissent propres à rendre compte de l’excessive sensibilité dont sont accompagnés ces abcès; on sait que l’épine nasale sur la ligne médiane et sur i les côtés le bord tranchant de l’orifice externe des fosses nasales, con- t stiluent des bords anguleux cl tranchants dont le contact avec les tissus -j enflammés est de nature à produire une douleur presque insupportable; « aussi les malades témoignent-ils une crainte extrême à l’approche de la main qui explore cette région.
SECT. IV. - SUPPURATIONS DE L’APPAREIL OLFACTIF. 13 J
Le traitement qui nous parait le plus convenable, non-seulement parce qu’il a été suivi d’un succès rapide dans le cas dont nous allons parler, mais encore parce qu’il imite le procédé de la nature, dans l’ouverture de cet abcès, consiste à faire deux ponctions sur la concavité interne de chaque narine, en dirigeant ces ponctions de manière à les faire converger vers l’épine nasale.
Comme une ponction avec la lancette se fermerait trop facilement, nous regardons comme indispensable l’usage de deux petits tubes à drainage, que l’on place dans chacune de ces ouvertures.
Nous avons parlé de l’ouverture spontanée de ces abcès : elle se fait par une migration du pus, qui vient soulever de chaque côté la muqueuse de la cloison, le liquide ne pouvant se faire jour directement à la peau à cause de la densité des téguments.
Il y a lieu de s’étonner que l’ouverture de l’abcès ne se fasse pas dans la cavité buccale, derrière la lèvre supérieure ; mais il est à présumer que l’espèce de frein qui fait adhérer cette lèvre à l’os maxillaire est l’obstacle qui s’oppose à ce que cette migration ait lieu.
Voici, succinctement exposées, deux observations relatives à ces abcès de la sous-cloison.
Obs. 317. — Un tisserand, nommé Gaillard (Magloire), âgé de 78 ans, entre à l’hôpital Cochin le 19 août 1842. 11 existe depuis deux mois, à la lèvre supérieure, des douleurs vives et un gonflement qui s’était montré à la suite d’une chute sur les dents incisives supérieures. Celles-ci n’avaient pas été fracturées. La lèvre était excessivement douloureuse au plus léger contact. Il n’y avait aucune fluctuation. Toutefois, comme on avait diagnostiqué un abcès à la hase de la sous-cloison, on pratiqua sur la concavité postérieure de chaque narine une ponction profonde avec la lancette. Chacune dés ouvertures donna issue à une gouttelette de pus, ce qui prouva que des deux côtés on était arrivé dans le foyer. Une bandelette à séton fut placée dans chaque ouverture. La guérison était complète au bout de huit jours.
Obs. 318. — Sur un autre malade âgé de 25 à 27 ans, on observa un fait semblable. Mais ici le diagnostic était facile, parce que déjà le pus soulevait la muqueuse sur les deux côtés de la cloison à sa partie inférieure.
On pouvait aussi reconnaître parfaitement bien la fluctuation en plaçant à la fois dans chaque narine le petit doigt de chaque main, et en pressant alternativement. La ponction double avec la lancette donna également issue au pus des deux côtés. Introduction d’une bandelette. Guérison en trois jours.