Cicatrisation complète. Guérison. Exeat
Si l’on pouvait douter des avantages qu’il peut y avoir à combattre le resserrement des mâchoires par l’emploi du dilatateur buccal, toute incertitude à cet égard cesserait en présence du fait suivant, dans lequel on verra que l’ouverture forcée de la bouche a permis de reconnaître l’existence, non-seulement d’une carie dentaire, mais encore d’une inflammation du tissu péri- dentaire, inflammation qui était le point de départ de tous les accidents.
Ous. 378. — Phlegmon sous-maxillaire lié à une carie dentaire. Resserrement des
SECT. VI. — SUPPURATIONS PÉRI-M AXILLAIRES
mâchoires. Emploi du dilatateur buccal. Drainage. Guérison. — Chanet (Michel), 39 ans, charron, est entré le l i mai 1856 à 1 hôpital Lariboisière.
Il y a six semaines environ, ce malade commença à ressentir dans la gorge et dans le fond de la bouche des douleurs d’abord peu accusées; mais bientôt il s’aperçut de l’existence, dans la région sous-maxillaire du côté droit, d’une tuméfaction qui prit en peu de temps des proportions assez considérables, et amena un îesseirement ties-piononeé des mâchoires.
Au moment de l’entrée du malade, on reconnaît un phlegmon occupant toute la région sous-maxillaire du côté droit.
25 mai. — On pratique l’opération du drainage qui donne issue à une quantité considérable de pus. On facilite en même temps l’écartement des maxillaires au moyen du dilatateur. Douches dans la cavité buccale. Gargarisme boracique.
31. — La bouche s'ouvrant plus facilement grâce à l’emploi du dilatateur, on s’aperçoit qu’une des molaires de la mâchoire inférieure du côté droit est malade et que cette j dent est encaissée par le tissu gingival enflammé. On procède aussitôt à l’extraction de la i dent.
3 juin. — L’ouverture spontanée de la bouche est de plus en plus facile. La masse phleg- I moneuse s’est considérablement affaissée. 11 y a toujours de la suppuration.
14. — La suppuration a cessé; le tube élastique est supprimé depuis quelques jours, i La guérison est complète. Exeat.
Le fait suivant m’a paru non moins remarquable en ce sens qu’il vient confirmer ce que j’ai dit de l’exiguïté de l’ouverture nécessaire pour la guérison des abcès sous-maxillaires. Il y a eu, en effet, chez le sujet de l’observation qu’on va lire, une si grande disproportion entre le volume du phlegmon, sa durée datant de quelques jours, les désordres et les infiltrations qu’il avait produits et la petitesse de l’ouverture qui a suffi pour amener la guérison, qu’on se demande quel autre moyen pourrait amener d’aussi bons résultats.
Ce fait, un des premiers dans lesquels j’aie employé les sétons perforés, m’a donné pleine et entière confiance dans un mode de traitement qui a pour avantage de ne laisser presque aucune difformité et de diminuer les chances qu’on aurait de blesser les organes au milieu desquels il faut porter le bistouri avant que la fluctuation ne soit très-manifeste.
Obs. 379. — Phlegmon sous -maxillaire odontopathique . Ponction profonde. Drainage. Guérison. — Cornet (Esthér), 22 ans, blanchisseuse, entre le 16 octobre 1849 à l’hôpital ■Saint-Antoine.
Vers le milieu de septembre, cette femme éprouva une inflammation phlegmoneuse occupant la moitié latérale droite de la joue et la région sous-maxillaire correspondante. Elle présentait sur l’arcade alvéolaire inférieure deux dents dont la couronne était presque complètement détruite. On ne sentait point de fluctuation distincte. Néanmoins je pratiquai au moyen d’un bistouri droit une ponction profonde qui atteignit la couche purulente, et je plaçai une canule en Y dans la cavité produite par la ponction. Des cataplasmes furent prescrits. A partir du moment où la ponction fut faite, les accidents furent ■' Pnra>és. Le gonflement avait envahi la région parotidienne tout entière et paraissait devoir s’étendre par delà l’oreille en arrière.
Pendant les jours qui suivirent, le mal resta stationnaire. Sans augmenter, il ne dispa- 1 raissaitpas. Les cataplasmes séchant facilement, le pus n’avait pas pour s’écouler toute la liberté nécessaire. On engagea la malade à entrer à l’hôpital.
Un tube à drainage fut placé dans le trajet üstuleux. On recouvrit les cataplasmes avec le taffetas gommé. Tous les matins une pression expulsive était exercée à l’entour de la plaie, et dans l'espace de huit jours la cicatrisation fut complète.
Oits. 380. — Deux abcès oclontopathiques sous-maxillaires traités par le lavage et la réunion immédiate. Guérison. — Danaux (Adrien), imprimeur, âgé de 22 ans, demeurant rue Sainte-Marguerite, 3, entre à l’hôpital Saint-Antoine le 12 décembre 1 849, présentant à la partie latérale droite du cou, dans la région sous-maxillaire, un volumineux abcès avec rougeur des téguments et imminence de perforation à la peau. Un second abcès existe du côté gauche, mais beaucoup plus petit; l’abcès du côté droit présente deux bosselures, l’une sous-maxillaire, l’autre cervicale. Cet abcès paraît s’être développé sous l’influence d’une carie de la deuxième grosse molaire droite de l’os maxillaire inférieur. Je pratique à la bosselure la plus déclive une ponction avec la lancette, et je fais d’abondantes injections aqueuses jusqu’à ce que l’eau sorte à l’état de limpidité parfaite, après quoi je ferme exactement la petite plaie avec une cuirasse double de sparadrap taillé en bandelettes et le reste du pansement par occlusion, tel que je le pratique pour les plaies. Le lendemain, l’abcès est tendu et sensible. On enlève les bandelettes, il s’échappe du pus déjà mélangé de lymphe plastique ; je fais une nouvelle ponction dans celle des deux bosselures qui n’avait pas été ouverte, puis une injection d’eau, après quoi le pansement par occlusion estappliqué comme la veille. Cette fois il n’est suivi d’aucune tension, d’aucun gonflement, , d’aucune douleur, et quand, au bout de deux jours, on lève la cuirasse faite avec des bandelettes assez fines (cette dernière précaution est de rigueur dans une partie aussi mobile que la région sous-maxillaire), on trouve les deux ponctions complètement cicatrisées, la peau exempte de toute rougeur, souple, nullement douloureuse.
Le 18 décembre, l’abcès qui siégeait au côté gauche de la mâchoire inférieure, est soumis à une ponction suivie d’un lavage abondant et du pansement par occlusion.
Le 20, il n’y a dans la région du dernier abcès opéré aucun vestige de douleur ni de gonflement.
21. — Même disposition que le 20, le malade a de l’appétit; les 22 et 23 décembre aucune apparition de retour d’inflammation. Aucune trace de pus sous la cuirasse. La cicatrisation des piqûres est complète, elle paraît définitive. L’adhésion de la paroi cutanée aux parties profondes l’est également.
27. — La guérison se confirme sans aucun incident particulier. L’aspect du col a repris
son état normal. *
3 janvier. — Le malade, quoique guéri, a été retenu jusqu’à ce jour pour permettre de vérifier la solidité et la persistance de la guérison.
Réflexions. — Celte observation présente chez le môme sujet deux cas bien distincts et qui tiraient de leur simultanéité, ainsi que de la forme bilobée de l’un des abcès, aussi bien que de son volume qui était considérable, une certaine gravité au point de vue des chances d’une guérison immédiate. Sur un seul des abcès la guérison immédiate a lieu. L’abcès à deux bosselures exige, dès le lendemain, une ponction nouvelle suivie d’un second lavage. La guérison, dans ce dernier cas, n’est retardée que d’un jour. Ainsi, pour l’un des abcès, elle n fl lieu dès le lendemain, et, pour l’autre, elle n’a lieu que le surlendemain.
Une chose qu’on ne manquera pas de demander, c’est ceci : Pourquoi, dès le lendemain du jour où est opéré le premier abcès, le ponc- i tionncz-vous de nouveau sans attendre tout le résultat possible de votre première ponction ? Ceci tient à une remarque d’une extrême impor- ?
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tance, et n’est que la conséquence d’un principe qui doit servir de guide invariable dans l’emploi de la méthode de traitement dont nous posons les bases.
Cette remarque se confirme avec tant de constance qu’elle doit s’appliquer à un fait sinon absolu, du moins très-général ; la voici : Nous avons remarqué que, toutes les fois qu’un abcès est complètement vidé du pus qu’il renferme, lavé avec soin et protégé dans sa cicatrisation par une cuirasse de sparadrap, l’effet constant et invariable de l’élimination complète du pus/c’est la cessation complète de la douleur quelle que fût l’intensité de l’état phlegmoneux circonvoisin, cessation de douleur qui s’élève jusqu’à une tolérance parfaite, sous la pression et môme sous la percussion. Telle est, dans notre esprit, la liaison de ces deux éléments absence de la douleur et évacuation complète suivie de travail adhésif immédiat, que, dès qu’il y a persistance de douleur et de rougeur le lendemain de la petite opération, nous affirmons sans hésiter que la réussite n’est ni complète ni solide, et nous agissons à nouveau.
Il n’y a pas dans tout l’arsenal de la thérapeutique un antiphlogistique comparable à l’extraction complète du pus de l’intérieur d’un phlegmon. C’est chose surprenante, bizarre, inattendue, contre laquelle on peut entasser beaucoup de raisonnements, mais cela est. Je ne l’affirme pas sur deux ou trois expériences; c’est après l’avoir constaté plus de cinquante, plus de cent fois que je maintiens l’exactitude du fait.
, Quiconque voudra le vérifier le pourra, en faisant ceci : sur un abcès j volumineux bien rouge, bien tendu, excessivement douloureux au moindre attouchement, entouré d’une base phlegmoneuse nettement accusée, sur cet abcès, pratiquez l’aspiration, le lavage, l’occlusion, et vous verrez si, en visitant votre opéré le lendemain, vous ne le trouvez i pas complètement exempt de douleur dans la partie qui a subi cette opéjfc ration.
Comme ce fait est la règle, comme il se vérifie quatre-vingt-quinze fois sur cent, il est assurément permis de penser que, dans les cas où la | chute de l’inflammation n’est pas complète, cela lient à ce que l’expullî sion du pus n’a pas eu lieu complètement. Je ne parle, bien entendu,
! que des abcès purement inflammatoires ; je ne parle pas de ceux où la production du pus est incessamment renouvelée par la persistance de la or cause qui l’a provoquée une première fois. Personne ne fera méprise à 1 cet égard, et ne croira qu’il puisse ôtre ici question d’un abcès entretenu W Par présence d’un os nécrosé, ou de tout corps étranger intolérable aux tissus vivants. Mais à part les collections purulentes de ce genre, et dans ce genre nous rangeons toutes celles dont la cause est incessante et r renouvelle 1 abcès à mesure qu’on le guérit, à part, dis-je, ces faits, I toutes les fois qu il y a évacuation complète, il y a cessation delà douleur
et des phénomènes inflammatoires. D’où il faut conclure que, toutes les lois que la disparition de la douleur n’a pas eu lieu, c’est qu’il n’y a pas eu évacuation complète ou que le pus a été reproduit et que c’est à recommencer.
Ce qui m’a surpris beaucoup dans les premiers temps, c’est que je voyais les choses se passer contrairement au raisonnement que voici :
Soit donnée une cause de phlegmon, coup, chute, violence, irritation quelconque exercée sur une partie du corps. La- suppuration s’établit : dès qu’elle a fait collection sur un point, j’ouvre sur ce point et je le purge de matière purulente. Mais la cause qui a déterminé la production du pus n’a-t-elle donc produit que ce seul foyer? d’autres points de la masse enflammée ne sont-ils pas pourvus du degré d’inflammation suffisant pour arriver inévitablement à l’état de suppuration, et dès lors, après l’évacuation du premier foyer, n’est-il pas à craindre qu’il n’apparaisse une éruption excessive de foyers secondaires? Eh bien! non, telle n’est pas la marche de l’immense majorité des phlegmons. — Il paraît qu’il y a un point qui résume à lui seul et qui concentre sur lui tout le travail suppuratif. Ce point traité et guéri, tout le reste se guérit. On comprend très-bien que des lésions spéciales comme le phlegmon diffus, dans lequel il n’y a pas un foyer, mais cinquante, et qui sortent complètement du mode ordinaire de production des abcès, ne sont nullement en cause dans ce que nous disons ici.
La masse indurée du pourtour des abcès, masse que l’on supposait destinée à suppurer inévitablement, est complètement exempte de ces petits foyers dont on croyait que la communication réciproque agrandissait la collection première; cette masse ne se fond pas en pus, elle se résout par absorption de fluides non purulents.
OiiS. 381. — Abcès phlegmoneux sous-maxillaire odontopathique. Double incision , ventouse aspiratrice, lavage, occlusion. Guérison. — Chabout (Élisabeth), marchande ambulante, rue des Terriers, 7, entre le 27 février 1851 à l’hôpital Saint-Antoine, au n° G de la salle Sainte-Marthe.
Cette malade porte à la mâchoire inférieure et du côté droit, une dent cariée et brisée, qui, il y a huit jours, à la suite de longues courses et de changements brusques de température, a occasionné dejvives douleurs ; c’est a la suite de ces accidents que s est formé sous le maxillaire inférieur, un engorgement phlegmoneux.
28 février. — La présence du pus près de l’os maxillaire n’est pas douteuse. Je fais ■ deux petites incisions au moyen desquelles la collection se vide. Ventouse aspiratrice, lavage, occlusion.