CHAPITRE PREMIER
PHLEGMONS ET ABCÈS SUS-HYOIDIENS.
Les abcès de la région sus-hyoïdienne sont superficiels ou profonds. Dans le premier cas, ils siègent entre l’aponévrose et la peau et n’ont aucune tendance à gagner en profondeur. Dans le second, ils tendent à se porter vers la bouche par suite de la résistance que leur opposent les membranes aponévrotiques.
Dans les deux cas il faut noter, outre les symptômes communs à tous les abcès, la gène des mouvements de la mâchoire et de la langue, et parsuite la difficulté de la mastication, de la déglutition et de la phonation. Dans les abcès profonds, ce n’est quelquefois qu’à une époque trèsavancée de la maladie qu’il devient possible de percevoir la fluctuation. Souvent môme l’abcès s’est ouvert spontanément à l’intérieur de la bouche avant qu’on ait pu constater ce phénomène.
Nous renvoyons pour le traitement aux règles que nous avons posées pour les abcès sous-maxillaires.
Les périodes de début franchies et la suppuration une fois établie, il faut recourir à l’incision, que le foyer soit d’ailleurs superficiel ou profond. Ouvrir de bonne heure, préférer aux grandes incisions la simple ponction avec la pointe d’un bistouri, traiter le foyer purulent par le lavage, pratiquer le drainage dans le sens vertical, recouvrir la partie d’un linge cératé et de cataplasmes ou panser par occlusion : telles sont les règles qui nous guident dans le traitement de ces abcès.
Nous citerons les observations suivantes comme des exemples de réunion immédiate obtenue par le lavage et le pansement par occlusion.
Obs. 396. — Abcès de la région sus-lnjoïdienne. — Coqueau (Pierre), 45 ans, voiturier, rue Bafroi, 49, entré le 9 juillet 1851 au n° 15 de la salle Saint-François, hôpital Saint-Antoine.
Cet homme présente à la région sous-mentale un volumineux abcès chaud, dont la cause est assez difficile à déterminer.
Autour de la partie fluctuante existe un engorgement phlegmoneux très-dur et doulou reux, qui occupe toute la région sus-hyoïdienne. Rougeur vive. Pas de battements.
La voix du malade a un timbre extraordinaire. On lui en fait la remarque. 11 assure qu’elle est ainsi depuis son enfance.
10 juillet. — Incision donnant issue à un mélange de pus et de sang dont la quantité peut équivaloir à un demi-verre de liquide. Ventouses. Injections très-fortes avec l’irrigateur atmosphérique et avec la sonde à injections récurrentes. Pansement par occlusion.
Nous apprenons du malade que le phlegmon existe depuis une dizaine de jours et qu’il a succédé it une esquinancie datant de quinze jours avant l’apparition de l’abcès. Aujourd’hui il n'en existe plus aucune trace.
11. — Sensibilité presque nulle. On peut presser et percuter impunément la région sus-hyoïdienne à travers la cuirasse.
12. — Le malade va parfaitement. Insensibilité complète. On sent néanmoins, à travers la cuirasse, qu’il existe encore de la tuméfaction. On doute de la possibilité d’une réussite immédiate, d’autant mieux qu’au moment de l’incision, qui a eu près de 3 centimètres de longueur dans le sens vertical et sur la ligne médiane, on a senti que le bistouri ne divisait les tissus qu’avec un bruit de craquement comme s’il entamait une coque fibreuse ; en
outre, après l’évacuation du pus, les parois de l’abcès se soutenaient par leur rigidité propre, de manière à maintenir béante la cavité de 1 abcès.
13 — A la levée de la cuirasse, on trouve la réunion parfaite. Il existe a peine quelques’traces d’un magma purement lymphatique sans apparence de la moindre quantité
de pus. , , ..
14 La réunion tient toujours. Absence de plus en plus complète des symptômes inflammatoires.
IG. — Renouvellement de la cuirasse. La petite plaie de l’incision laisse écouler quelques gouttes d’une lymphe filante, d’une transparence parfaite, sans aucune trace de pus. Les parois de l’abcès dans toute leur étendue sont réunies solidement. Cuirasse. i7 Encore un peu de lymphe coagulai de.
18 et 19. — Guérison complète et sortie du malade qui, dès le lendemain de l’opération, prenait des potages et qui depuis plusieurs jours mange trois portions.
Les parois de cet abcès étaient tellement dures et coriaces, l’inflammation dirait une intensité si grande, que je ne pouvais croire à la possibilité d’un succès aussi marqué. Mais je l’ai déjà dit : Expliquée ou non, la facilité avec laquelle se guérissent ces abcès sus-hyoïdiens, est un fait d’observation sur lequel j’ai déjà insisté et dont j’ai cité d’autres I exemples.
ïlll
Obs. 397. — Abcès de la région sus-hyo'idienne . — Féry, 22 ans, ébéniste, entre le 23 janvier, salle Saint-François, 21 .
U y a huit jours, cet homme a ressenti à la région sus-hyoïdienne une douleur qui s’est accrue par les mouvements de la mâchoire, et surtout par le frottement d’une cravate de laine. Peu à peu s’est formée une tumeur qui, lors de l’entrée du malade, a le volume d’une grosse noix. La peau est rouge, tendue, un peu relevée dans un point. Fluctuation manifeste. Mouvements de la mâchoire inférieure très-douloureux.
Cet homme porte habituellement une cravate de laine grossière et sale, sa barbe est rude, ce qui a pu contribuer à la production de l’abcès.
24 janvier. — Ouverture, lavage, ventouse. Occlusion.
25. — Pansement externe, la douleur a cessé. Les mouvements de la mâchoire sont faciles. Appétit.
2G. — Aecollement des parois de l’abcès. Encore de l’induration. Nulle trace de suppuration. Pas de douleurs. Quelques gouttes de lymphe plastique par la plaie.