‹ Traité pratique de la suppuration et du drainage chirurgicalChapitre 65 sur 264 · Sort guéri · texte numérisé non relu

Sort guéri

Il est peu de régions plus défavorablement disposées que la région sus-hyoïdienne pour une réunion immédiate après l’ouverture d’un ï1 grand abcès. En effet, les mouvements presque continuels et très-étendus > ! qu’exigent la déglutition, la mastication et l’exercice de la parole, semr blent devoir compromettre le travail de cicatrisation, qui, à la manière d’une cristallisation organique, exige avant tout le repos. Il est certain que, dans le commencement de nos recherches, ce sont ces abcès qui nous inspiraient le plus de défiance, eu égard aux chances de réussite B directe. Aujourd hui, ce sont ceux au sujet desquels nous sommes le p plus disposé à prévoir et à annoncer le succès. Nous avons, sous ce rap- I1 port, des exemples tout à fait remarquables, qui prouvent que dans des

cas évidemment mauvais, où nous avions contre nous les circonstances les moins heureuses : âge du malade, nature plus ou moins suspecte de la cause, engorgement concomitant très-considérable, rigidité, état coriace des parois après l’évacuation du pus, etc., nous avons obtenu des réussites aussi complètes qu’inattendues. Il paraît que si la région est défavorable par sa mobilité, elle doit aussi â la souplesse du plancher buccal, h la faculté de rapprochement spontané des parties écartées naguère par la collection de pus, à l’énergique vitalité qui caractérise les parties supérieures de l’individu, elle doit, disons-nous, â ces circonstances des conditions éminemment favorables pour une réunion immédiate.

Les abcès profonds de la région sus-hyoïdienne sont susceptibles de se propager au coussinet graisseux qui sépare la base de la langue de l’épiglotte et d’amener consécutivement un œdème de la partie supérieure du larynx. C’est dans le but de limiter le développement purulent et de prévenir les dangers qui pourraient résulter de cette extension des phlegmons sus-hyoïdiens que je pratique, comme on le verra dans l’observation qu’on va lire, une ponction en quelque sorte prématurée.

Obs. 398. — Phlegmon sus-hyoïdien. Ponction préventive. Guérison. — Dormoy (Léonie), 22 ans, couturière, est entrée le 6 septembre 1852 à l'hôpital Saint-Antoine.

Il y a huit jours, et sans cause connue, des douleurs ont commencé à se manifester dans la région sus-hyoïdienne qui s’est enflammée et est devenue le siège d’un gonflement considérable. Tous les mouvements de la région sont douloureux, bien qu’il n’y ait encore aucun signe précis de suppuration. On pratique au-dessus de l’os hyoïde une ponction profonde afin de prévenir l’extension de l’inflammation à l’orifice supérieur du larynx. La ponction ne donne lieu à aucun écoulement de pus. Canule en Y ; cataplasmes.

9 septembre. — Du pus s’écoule actuellement à travers l’incision ; il y a encore un peu de gonflement de la région sus-hyoïdienne; mais les douleurs sont à peu près nulles, et la liberté des mouvements est beaucoup plus grande.

14. — L’incision est cicatrisée. Le gonflement, la rougeur et les douleurs ont disparu .

La région sus-hyoïdienne est fréquemment le siège d’abcès adénitiques qui peuvent avoir pour origine un chancre des lèvres. Je n’hésite pas, dans des cas semblables, à recourir à l’emploi du drainage, en même temps que j’administre à l’intérieur les pilules de Sédillot et l’iodure de potassium. On trouvera un exemple de ces sortes de suppurations et du traitement qui leur convient dans l’observation suivante.

Obs. 399. — Abcès adénitique de la région sus- hyoïdienne, consécutif à un chann'e delà lèvre. — Pillon (Joseph- Baptiste), 65 ans, surveillant, est entré le 26 août 1856 à l’hôpital Lariboisière.

Depuis environ un mois, ce malade porte à la lèvre inférieure un petit ulcère qui, s’il datait d’une époque plus ancienne, en imposerait aisément pour un cancer épithélial. Mais l’existence d’une éruption de nature évidemment syphilitique, et régnant sur tout le corps, ne permet pas de douter qu’il ne s’agisse tout simplement d’un chancre labial.

Ce petit ulcère a amené une inflammation phlegmoneuse des ganglions sous maxillaires,

et c’est il cause île la tumeur rouge et fluctuante qui en résulte que le malade est venu réclamer les secours de l’art.

Le malade n’attribue pas son mal à un contact impur, mais à ce que, s étant coupe avec son rasoir, il a dû s’adresser à un coiffeur qui aurait fait usage pour le raser d’un pinceau malpropre. Telle est sa version. C’est à la suite de cette circonstance que serait survenue l’ulcération qui a déterminé l’adénite sus-hyoïdienne.

On pratique immédiatement le drainage de la tumeur. Cette opération donne issue à une quantité assez considérable de pus épais. A l’intérieur on prescrit les pilules de Sédillot Bains de sublimé.

Aucun accident n’est venu compliquer le traitement, et le malade est sorti guéri le 9 septembre 1856.

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