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SUPPURATIONS DE LA RÉGION POSTÉRIEURE DU COU

Toutes les régions du corps ne sont pas également favorables à la méthode du lavage et de l’occlusion. Les unes se prêtent mal à l’emploi de ces moyens; les autres s’en accommodent à merveille. La région cervicale postérieure appartient à cette dernière catégorie. J’ai eu souvent occasion de reconnaître l’exactitude de ce fait, et, toutes les fois que je voyais arriver un malade portant un de ces abcès, je pouvais prédire presque à coup sûr que, moyennant le lavage et l’occlusion, la réunion primitive aurait lieu.

Obs. 417. — Abcès de la partie postérieure du cou. Ouverture , lavage, occlusion. Réunion primitive avec magma. - Casset (Eugène), 23 ans, chapelier, est entré le 3 août 1852 à l’hôpital Saint-Antoine.

Ce malade porte, à la partie postérieure et un peu latérale du cou, un abcès volumineux, qui a débuté il y a huit jours. C’est un abcès angioleucitique survenu à la suite d’un herpès du cuir chevelu. La peau qui le recouvre est rouge, mais non amincie. Incision qui permet l’évacuation d’une quantité assez considérable de pus. Lavage, occlusion.

Le lendemain, on ne trouve, la face interne de la cuirasse, qu’un peu de magma lymphatique-sanguin. Tolérance des parties à la pression. Réapplication de la cuirasse.

... 6 ~La Plaie> Pres(Iue entièrement cicatrisée, ne fournit plus qu’un liquide séreux, niant, blanchâtre. On renouvelle la cuirasse.

i . — La cicatrisation est complète. Exeat.

il 8. Abus angioleucitique de la région cervicale postérieure . Ouverture, lavage, occlusion. Réunion primitive avec magma. - Douchet (Ernest), IG ans, tourneur, est entre le IG novembre 1852 à l’hôpital Saint-Antoine, salle Saint-François, 34.

On constate, à la région cervicale'postérieure, l’existence d’un abcès angioleucitique du volume d’un œuf de poule, abcès ayant débuté il y a huit jours, et qui, ouvert, donne issue à un pus épais et phlegmoneux. Lavage, occlusion.

19 novembre. — Il s’est reformé du pus dans le foyer de l’abcès qui est encore douloureux à la pression. Lavage, occlusion.

20. — La pression exercée sur le foyer ne fait plus sortir qu’une faible quantité de magma lymphatique purulent, et ne donne plus lieu qu’à une douleur très-supportable.

2. — La cuirasse est sèche et la plaie entièrement cicatrisée. Exeat.

Lorsqu’une adénite suppurée de la région cervicale reconnaît pour cause une lésion qui survit à l’engorgement ganglionnaire, cette lésion doit être l’objet d’une surveillance toute particulière, afin que la même cause ne reproduise pas ou n’entretienne pas les mêmes effets.

Dans l’observation suivante, on verra que l’abcès survenu par suite d’une lésion siégeant au sommet de la tête était guéri alors que cette lésion suppurait encore. On pouvait craindre de voir se reproduire l’adénite sous l’influence du mal initial. Rien de semblable n’a eu lieu et le résultat a été doublement heureux. Peut-être la cause première avait-elle épuisé sa faculté propagatrice, mais il n’en est pas moins vrai, et c’est là notre règle invariable de conduite, que, toutes les fois que nous traitons un abcès de ce genre, c’est-à-dire, à cause persistante, et qui doil selon toute apparence survivre à la guérison de l’abcès, nous donnons une attention toute spéciale à la lésion qui joue le rôle d’agent initial el nous la surveillons avec un soin, particulier.

Obs. 419. — Adénite suppurée de la région cervicale postérieure. Lavage, occlusion. Guérison. — Un enfant de dix ans, nommé Magon, est entré le 15 février 1851 à l’hôpital Saint-Antoine.

Il y a trois semaines, cet enfant reçut sur la tête des plâtras provenant d’une cheminée à laquelle son père travaillait. Il résulta de cette violence une plaie longitudinale qui n’est pas encore cicatrisée. Quelques jours après, on s’aperçut que l’enfant portait à la partie postérieure du cou, et à gauche de la ligne médiane, une tumeur douloureuse à la pression et gênant les mouvements du cou.

Aujourd’hui, 15 février, la tumeur a le volume d’un œuf de poule. I.a peau n’est nullement amincie; mais elle est rouge, chaude, fort douloureuse au. toucher; fluctuation.

L’abcès est ouvert et vidé avec le plus grand soin par le lavage et l’aspiration avec la ventouse. Fortes pressions expulsives. Pansement par occlusion.

16 février. — A la consultation. La réunion des parois du foyer est effectuée. Nulle douleur ; un peu d’induration au pourtour du foyer. Point de traces de suppuration. Pansement par occlusion.

19. — Le malade est complètement guéri. Cependant la plaie de tête suppure toujours.

L’observation suivante est la preuve des dangers qui menacent la vie des malades dans les cas de suppurations ostéopathiques des lames postérieures des vertèbres. Par opposition à ce qui s’est passé dans le cas rapporté par Legendre, nous pourrions citer des exemples de nécrose des lames postérieures des vertèbres, exemples qui prouveraient

1 quelle est la puissance du drainage par les tubes contre des lésions qui déconcertent le chirurgien le plus vigilant, quand il se contente de recourir aux moyens ordinaires.

Une suppuration carieuse ou nécrosique dans le fond des gouttières vertébrales constitue l’un des problèmes les plus épineux de la chirurgie pratique. Irez-vous, à travers des masses musculaires partout mélangées de prolongements tendineux et aponévrotiques, inciser largement, pour mettre à découvert les parties osseuses malades? Vous ne ferez presque rien pour la libre élimination des produits purulents.

A peine le bistouri a-t-il tracé son sillon que celui-ci se referme presque immédiatement, sinon par adhésion, du moins par juxtaposition des tissus, et en tous cas de manière à rendre illusoire quant au résultat final la voie large et dangereuse qui vient d’ôtre parcourue.

Avec le drainage, au contraire, un ou deux tubes adossés aux os malades vous donnent un écoulement continu qui semble épuiser la production purulente, la réduit à des trajets inofiènsifs parfaitement supportés par le malade procurant à la fois la guérison, et du symptôme (stagnation purulente profonde), et de raffeclion principale et originelle, c’est-à-dire (de l’altération osseuse).

Obs. 420. — Abcès-sous périostique de la région cervicale postérieure. Mort. Autopsie. (Observation communiquée à la Société anatomique par Legendre, Bulletin d’août 1838.)

Un homme de 51 ans est entré à l’hôpital Saint-Louis, le 4 avril 1838, pour des douleurs qu’il ressentait depuis trois mois dans les épaules et dans la partie postérieure du cou.

À son entrée à l’hôpital, il présentait l’état suivant : engorgement assez dur de la partie postérieure du cou ; la tête est un peu fléchie en avant et inclinée sur l’épaule droite ; l'ace souvent injectée ; épistaxis fréquentes ; céphalalgie occipitale presque continuelle. Dans les premiers jours de juin, sentiment de faiblesse dans les jambes et dans les bras. 9 juin. — Paralysie complète du mouvement des membres supérieurs et inférieurs; respiration un peu gênée, mais s’opérant cependant encore par l’action des muscles intercostaux. La sensibilité du tronc et des membres est un peu obtuse, sans être abolie.

14. — Même état. Déplus, rétention d’urine et suppression des selles qui depuis deux jours étaient involontaires.

15. — Vers six heures du matin , le malade, dont les facultés intellectuelles étaient "" restées intactes jusque-là, perd connaissance, la respiration s’embarrasse et la mort arrive deux heures après.

Muscles de la nuque à l’état normal ; légère infiltration purulente des couches les plus profondes, des transversaires épineux et des' muscles inter-épineux. La face postérieure des lames des six dernières vertèbres cervicales est augmentée de volume en certains endroits, ce qui rend leur surface irrégulière. Le périoste est détruit presque partout; il est épaissi dans les points où l’on en trouve des traces. Le tissu osseux est devenu aréolaire, infiltré de pus, mais conserve sa résistance.

Le périoste qui revêt la face antérieure des lames vertébrales est épaissi, infiltré de pus, ce qui lui fait faire une saillie d’une demi-ligne dans l’intérieur du canal rachidien. Dette sadlie est la seule lésion qui puisse expliquer les symptômes de compression de la moelle ; le coidon nerveux, non plus que ses enveloppes, n’oflre pas la moindre lésion appréciable.

Immédiatement en arrière du trou occipital, et de chaque côté de la crête occipitale interne, le tissu osseux est percé de part en part dans une étendue de trois lignes de diamètre en tous sens, et remplacé par un tissu rougeâtre infiltré de pus, et sans saillie du côté de la face cérébrale de l’occipital. Du côté opposé, au contraire, ce tissu fongueux est saillant, il est formé par la réunion de petits lobules constitués chacun par de petites granulations rougeâtres qui, pour l’aspect, ressemblent beaucoup aux végétations syphilitiques. Les bords de la perte de substance de l’occipital sont irréguliers, tranchants et très-résistants. Les articulations des vertèbres entre elles sont saines; il en est de même des autres organes.

L’obscrvalion suivante est digne d’intérfit en ce sens qu’elle fournit un exemple des morts subites qui peuvent survenir dans les suppurations carieuses de la colonne cervicale.

Obs. 421. — Suppuration carieuse de l’apophyse odontoïde ; destruction des ligament* odontoïdiens et du ligament transverse. Mort subite. (Observation présentée par M. Gariel à la Soc. anat., Bulletin d’octobre 183G.) — Macé, IG ans, ébéniste, est entré à l’hôpital Beaujon le 21 avril 183G.

Ce jeune homme rapporte qu’il y a deux mois, en montant un escalier, il éprouva subitement et sans cause appréciable une douleur assez violente à la partie latérale gauche du cou, derrière l’apophyse mastoïde. Aucun traitement ne fut dirigé contre cette douleur qui s’accompagna bientôt de renversement de la tête en arrière, et força le malade à suspendre son travail.

A son entrée à l’hôpital, il présente les symptômes suivants : décubitus dorsal ; tête immobile, inclinée à gauche et un peu en arrière ; mouvements latéraux du cou impossibles. Cou déformé, muscles sterno-mastoïdien et trapèze du côté droit fortement tendus et se dessinant sous la peau qui est également tendue ; les memes muscles du côté gauche sont relâchés et la peau qui les recouvre est froncée transversalement et d'avant en arrière. Proéminence de l’apophyse épineuse de l’axis. Douleur vive et continue dans ce point, s’exaspérant par le toucher et par les mouvements; déglutition gênée; parole lente, traînée, respiration intacte, circulation normale. Point de paralysie ni même d'engourdissement passager des membres. Deux moxas sur les côtés de l’apophyse épineuse de l’axis.

25 avril. — Décubitus sur le côté gauche; tête légèrement fléchie sur la poitrine ; face . rouge, exprimant la souffrance ; cris plaintifs; engourdissement et fourmillements douloureux aux extrémités. Mouvement et sensibilité conservés.

2G. — Même état. Dix sangsues â la nuque.

Deux heures après la chute des sangsues, le malade perd subitement connaissance et après quelques inspirations, il meurt en moins de trois minutes, sans convulsions.

Autopsie. — L’atlas vu par sa face antérieure semble avoir conservé tous ses moyens d’union avec l’occipital. 11 est au contraire presque entièrement mobile sur l’axis dans le sens antéro-postérieur. Sur la partie antérieure et latérale gauche de l’axis, existe un foyer du volume d’une petite noisette, exactement circonscrit, limité par une couche celluleuse, épaisse ; ce foyer contient une substance demi-solide, d’un jaune terne, dans laquelle on aperçoit des flocons purulents concrétés ; ce foyer communique avec l’intérieur du corps de Taxis par une ouverture d’une ligne de diamètre, située au niveau du foyer. Un stylet introduit dans cette ouverture, permet d’apprécier la perte de substance qu’a éprouvée le corps de Taxis ; la plus grande partie de la substance spongieuse a disparu : Ton rencontre au milieu du pus qui baigne cette cavité, de petites parcelles de celte même substance grenues, friables, ramollies par la suppuration.

Le cartilage de l’apophyse articulaire inférieure de l’atlas a été'détaché par la suppuration et flotlc librement dans l’articulation ; au-dessous de ce cartilage, l’os est rugueux, inégal.

La partie antérieure du canal vertébral ayant été mise â nu, voici ce qu’on observe. Le

ligament transverse a complètement disparu, ainsi que les deux ligaments odontoidiens et. les trousseaux fibreux qui assujettissent les surfaces articulaires du côté gauche. Les trousseaux fibreux du coté droit persistent seuls, ainsi qu’une faible partie du ligament commun antérieur et des ligaments atloïdo-axoïdiens.

L’apophyse odontoïde est mobile dans tous les sens, excepté en avant où elle est maintenue par l’arc antérieur de l’atlas. Elle est cariée dans toute son étendue, mais les couches osseuses les plus superficielles ont seules été détruites ; car elle a le même volume, et la même forme que dans l’état naturel.

Le cartilage qui contribue à former l’articulation odontoïdo-atloïdienne est seul conservé et parait avoir été soustrait l’action de la suppuration qui baignait toutes ces parties. La dure-mère, au niveau de l’apophyse odontoïde, ne présente aucune altération; la moelle au même niveau, et dans l’étendue d’un demi-pouce, paraît présenter un ramollissement blanc, non circonscrit, sans injection plus marquée de la portion qui en était le siège que du tissu environnant.

Parmi les signes différentiels de l’arthrite purulente des deux premières cervicales et du torticolis, nous avons à noter : 1° le sentiment d’imminence de la chute de la tête, sentiment qui porte le malade à la tenir entre les mains; 2° la douleur bi-mastoïdienne; 3° la difficulté extrême dans les mouvements horizontaux de la tête; 4° la liberté apparente des mouvements qui se passent dans les autres vertèbres cervicales.

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