La malade sort guérie
Ce qui nous fait ranger cet abcès dans la classe de ceux que nous désignons sous le nom d’interlobulaires, c’est l’absence complète de traces de lait dans le pus de l’abcès. Il est, en effet, à remarquer que la malade était récemment accouchée, et il est dès lors parfaitement admissible que si l’abcès eût intéressé les canaux galaclophores ou canalicules de la glande, il y aurait eu mélange de lait avec le pus. Nous croyons donc que toutes les fois que, dans de pareilles conditions, on ne trouve aucun indice de la présence du lait dans l’abcès, el quand, d’autre part, l’aspiration pratiquée sur le mamelon avec la ventouse n’amène pas la sortie du pus, il est très-probable, sinon certain, que la collection purulente a son siège dans les interstices celluleux qui séparent les lobules de la glande.
A l’égard des abcès interlobulaires, nous ferons remarquer qu’un certain nombre d’entre eux doivent être angioleucitiques ; mais comme il est à peu près impossible de démontrer cliniquement cette origine, ainsi qu’on peut le faire à l’égard des angioleucitiques sous-cutanés, nous n’admettons l’existence des angioleucitiques interlobulaires que par induction anatomique. En effet, non-seulement des réseaux lymphatiques existent à la surface de la glande et sous la peau, mais encore il y a des traînées de vaisseaux lymphatiques qui pénètrent dans les interstices des lobules, ainsi que cela paraît résulter des travaux de M. Sappev. Il est évident qu’à cet égard de nouvelles recherches cliniques sont indispensables.
Obs. 437. — Vaste abcès interlobulaire du sein droit. Ouverture. Lavage. Occlusion. Tentative infructueuse de réunion primitive. Placement des canules. Érysipèle intercurrent. Raccourcissement progressif des canules. Guérison. — Garnier (Augustine), 19 ans, brodeuse, entrée le 22 mars 1 853 à l’hôpital Saint-Antoine.
Cette malade porte au sein droit un vaste abcès dont le début remonte à environ deuv mois et demi. Elle aurait à cette époque reçu un coup sur le sein.
Le mamelon du côté malade semble avoir disparu, tant il est déprimé. A la partie interne du sein se voient deux orifices fistuleux par lesquels s’écoule le pus contenu dans la poche. A la partie externe, on observe une bosselure molle, fluctuante, au niveau de laquelle la peau est amincie. On plonge le bistouri dans ce point, et l’incision donne issue à la valeur d’un grand verre de pus environ.
La profondeur à laquelle est située la poche ne permet pas de douter qu’elle ne siège dans le parenchyme de la glande. D’une autre part, l’ahsence totale de stries blanchâtres
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et de grumeaux laiteux nous conduit à penser qu’il s’agit ici d’un abcès interlobulaire. Lavage ; ventouses ; occlusion. Pour pratiquer les manœuvres généralement assez douloureuses du lavage et de l’aspiration du pus par la ventouse, on a eu recours au chloroforme. . ,
25 mai. — On peut aujourd’hui presser le sein malade, percuter meme assez lorte-
mênt sur l’appareil de pansement, sans déterminer aucune douleur. Langue blanche. Eau de Sedlitz.
29. — On lève la cuirasse. Les parois du foyer sont réunies par première intention. Nulle trace de pus.
30. — Frissons. L’abcès s’est reformé. Le pus s’écoule par les incisions. Canules; cataplasmes; sulfate de quinine; alcoolature d aconit.
2 jUin. — Érysipèle s’étendant du sein malade au bras correspondant. La suppuration continuant, on établit des canules aussi longues que possible. Eau de Sedlitz.
5 L’érysipèle dure encore. La suppuration est très-abondante et s’écoule bien.
8. — Diarrhée, douleurs abdominales, gêne respiratoire, soif vive, langue blanche. Le pus continue à s’écouler. Eau de Sedlitz. On raccourcit les canules.
12. — État général meilleur. La suppuration a beaucoup diminué.
20. — L’écoulement purulent a presque cessé. La malade mange deux portions. Suppression des canules.